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Full text of "Traité du déchaussement et de l'ébranlement des dents et des maladies des gencives"

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TRAITÉ 


DU DÉCHAUSSEMENT 

ET BE l’ÉBRAHlEHEHT DES DEHTS 




’ARANCIÈKE, 





TRAITÉ 

Dü 

DÉCHAUSSEMENT 

ET DE 

L’ÉBMNLEMEMENT DES DENTS 

ET DES 

MALABES DES GENCIYES 

PAR 

Auguste BERTIN, Dentiste 


PARIS 

CHEZ L’AUTEUR 

rue de la. Jussienne, 21 



4865 



A LA 


MÉMOIRE DE MON PÈRE 



Auguste BERTIN 




AVANT-PROPOS 


Lorsque, étant encore enfant, j’assis¬ 
tais mon père dans ses opérations, je fus 
frappé du grand nombre de dents par¬ 
faitement saines dont il était obligé de 
faire l’extraction. Je comprenais que l’on 
enlevât des dents cariées, trouées, mais 
je ne pouvais comprendre que Ton fût 
obligé de retirer des dents tout à fait in¬ 
tactes. Mon père me disait qu’il fallait 
les extraire parce qu’elles étaient dé- 



VIII — 


chaussées et ébranlées^ et qu’elles étaient 
déchaussées et ébranlées parce-^que les 
gencives étaient malades. 

Je ne cessai pas depuis lors de penser 
à ce sujet; me disant que celui qui trou¬ 
verait le moyen de remédier aux mala¬ 
dies des gencives, au déchaussement et 
à l’ébranlement des dents, et surtout de 
les prévenir, rendrait un grand service. 

Lors de la publication du mémoire 
de M. le professeur Marchai deCalvi sur 

gingivite eæpulsiDe,\Q me mis à l’œu¬ 
vre, et^ après bien des recherches, bien 
des essais, je finis par composer un éli¬ 
xir et une poudre, auxquels j’ai donné 
le nom diElixir solidifiant et de Poudre 
solidifiante, et que j’employai d’abord 
dans le cercle de ma clientèle ordinaire. 


— IX — 


puis, par le moyen des annonces, dans 
un cercle^de plus en plus étendu. 

Aujourd’hui, après six années consé¬ 
cutives de l’emploi de ces moyens^, avec 
un succès qui a dépassé mes espérances, 
j’offre au public ce traité, dans lequel 
j’expose et les diverses maladies des 
gencives qui occasionnent le déchausse¬ 
ment, l’ébranlement et la perte des dents, 
et les indications diverses de la poudre 
et de l’élixir solidifiants. 

Pour la rédaction de ce traité, en ce 
qui concerne les idées générales de mé¬ 
decine que l’on y trouvera, je dois beau^ 
coup à mon père, qui passa les dernières 
années de sa laborieuse et digne vie à 
lire les ouvrages des grands médecins 
anciens et modernes, donnant ainsi un 



•— X — 


libre cours à uue véritable passion que 
les circonstances ne lui avaient point 
permis de satisfaire plus opportuné¬ 
ment,, et à M. Marchai deCalvi, qui, oc¬ 
cupé d’autres travaux, n’a pas craint de 
me confier ses notes et de m’aider de 
ses conseils. Aussi, je les unis dans mes 
remercîments comme Je les confonds' 
dans ma reconnaissance. 



PREMIÈRE PARTIE 

Bü DÉCHAUSSEMENT ET DE L’ÉBRANLEMENT 
DES DENTS 



PBEiïilËRE PARTIE 

DU DÉCHAUSSEMENT ET DE l/ÉBRANLEMENT 
DES DENTS 


Le déchaussement et l’ébranlement 
des dents sont l’effet de l’inflammation 
des gencives; et cette inflammation se 
manifeste sous des formes diverses. Elle 
est suppurative, ulcérative;, avec ou sans 
décollement, consiste quelquefok en 
un simple engorgement, ou se présente 
à un degré encore plus léger, l’agace¬ 
ment des gencives, qui est tantôt pas¬ 
sager, et tantôt le prélude d’une affec¬ 
tion durable et croissante, qui amènera 


— 4 — 


les plus grands désordres : c’est même 
ce qui arrive le plus souvent. 

Ces formes différentes d’une seule 
et même maladie, l’inflammation des 
gencives, font le sujet du premier 
chapitre, où il est traité également des 
tumeurs consécutives à l’inflammation 
gingivale, et du tartre dentaire, qui est 
évidemment une des causes de cette 
inflammation, mais qui peut en être 
aussi bien l’effet. 

Le second chapitre traite séparément 
de la fluxion, des abcès et des fistules, 
dans leurs rapports avec rinfîammation 
des gencives et avec le déchaussement 
et l’ébranlement des dents. 

Le troisième chapitre est consacré au 
déchaussement et à l’ébranlement con¬ 
sidéré en eux-mêmes, et a deux effets 
très-caractérisés de l’ébranlement^ sa- 



voir l’allongement et la déviation des 
dents. 

Les aphtheS;, le scorbut, la carie 
dentaire et les accidents résultant de 
l’usage des pièces artificielles four¬ 
nissent la matière d’autant de chapitres. 

Enfin, le dernier chapitre de cette 
première partie a pour sujet un incon¬ 
vénient très-désagréable, très-pénible 
et très-préjudiciable des maladies des 
gencives : le mauvais goût de la bouche 
et la mauvaise odeur de l’haleine. 



CHAPITRE PREMIER 


DES FORMES DIVERSES DE lTNFLAMMATION 
DES GENCIVES QUI PRODUIT LE DÉCHAUSSEMENT 
ET L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 



CHAPITRE PREMIER 


DES FORMES DIVERSES DE L’INFLâMMATION 
DES GENCIVES QUI PRODUIT LE DÉCHAUSSEMENT 
ET DE L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 


ARTICLE PREMIER 

Agacement des gencives 

Il faut distinguer l’agacement des gen¬ 
cives de l’agacement des dents, qui a 
lieu, par exemple, quand on a mangé 
du citron, et qui suppose que les dents 
sont douées de sensibilité jusque dans 
l’émail, bien qu’on n’ait jamais pu 
suivre les filets nerveux au delà de la 
pulpe dentaire. L’agacement des genci- 

4 . 



— lo¬ 


ves peut paraître un symptôme insigni- 
fiant, et il est pourtant d’une véritable 
importance comme premier indice 
d’une lésion des gencives, qui pourra 
devenir plus grave. On éprouve le be- 
smn fréquent, surtout après les repas, 
d’exercer un mouvement de succion, 
avec les lèvres et la langue agissant de 
concert, sur un ou plusieurs espaces 
inter-dentaires, et d’y porter souvent le 
cure-dents, parce que la sensation qu’on 
ressent est pareille à eelle que ferait 
éprouver une parcelle alimentaire, 
telle, par exemple, qu’un morceau de 
viande. Il n’existe rien de pareil; c’est 
la gencive qui est plus ou moins tumé¬ 
fiée, et il n’est pas nécessaire qu’elle le 
soit beaucoup pour produire l’impres¬ 
sion d’un corps étranger. C’est de la 
même manière que de petits vaisseaux 
développés dans l’oeil, ou ce que les 



— 11 — 


oculistes appellent des granulations, 
donnent T idée d’un corps étranger, d’un 
grain de sable, par exemple, ce qui con¬ 
duit le sujet à se frotter les paupières et 
à exercer divers mouvements propres à 
expulser ce grain de sable imaginaire. 
Comme de raison, plus on frotte et plus 
le vaisseau se développe, et plus se pro¬ 
nonce la sensation pénible que l’on 
veut faire cesser. De même, plus on 
irrite, plus on déchiquette les gencives 
avec le cure-dents, plus on augmente 
l’agacement, c’est-à-dire l’inflammation 
dont il est le signe^ et plus on bâte le 
déchaussement des dents. Ce n’est pas à 
dire qu’il faille craindre de faire saigner 
les gencives enflammées : mais tout au¬ 
tre chose est le saignement méthodique 
par les scarifications, et tout autre 
chose le saignement par le moyen du 
cure-dents incessamment porté sur les 



- 12 — 


gencives. On raconte que îe fameux 
amiral protestant Coligny avait des 
cure-dents sur tous les meubles de ses 
appartements; on en peut conclure 
qu’il avait les gencives irritées, enflam¬ 
mées; car ce besoin constant du cure- 
dents, hors le moment des repas, n’in¬ 
dique pas autre chose que l’inflamma¬ 
tion des gencives entre les dents. 

^ Voilà surtout le cas où l’usage de 
1 élixir a des effets certains et admira¬ 
bles. Ici l’on peut promettre la guéri¬ 
son. Mais jamais le malade chez lequel 
on a prévenu une grave lésion par un 
sage traitement n’a l’idée du service 
qu’on lui a rendu. H faudrait qu’il pût 
voir un moment et sentir le mal qui 
tendait à se produire, au degré où ce 
mal serait parvenu sans traitement. 
Que quiconque a les gencives agacées, 
que quiconque a besoin du cure-dents 



— 13 — 


à tout instant^ comme s’il avait quelque 
chose entre les dents quand il n’y a rien 
que la gencive elle-même, que qui¬ 
conque a les gencives facilement sai¬ 
gnantes ou simplement engorgées, fasse 
usage de la poudre solidifiante et de 
l’élixir solidifiant; et le déchaussement, 
l’ébranlement qui auraient lieu infailli¬ 
blement, seront prévenus. Mais à quoi 
bon donner un conseil qui ne sera 
même pas entendu? Car, pour la plupart, 
ceux qui n’ont autre chose que cet aga¬ 
cement des gencives ne se doutent pas 
de ce qui les attend, ne croient pas 
avoir besoin de traitement et ne cher¬ 
chent pas à s’éclairer sur leur état. Ils ne 
se soignent pas, font usage, tout au 
plus, de vulgaires élixirs, qui sont gé¬ 
néralement d’autant plus mauvais qu’ils 
sont plus agréables, et arrivent ainsi au 
degré du ramollissement, de l’ulcéra- 



— 14 — 


tion^ du décollement des gencives et de 
l’ébranlement des dents, qu’ils auraient 
évités avec plus de réflexion et de dis¬ 
cernement. 



— 15 — 


ARTICLE DEUXIÈME 

Engorgement simple des gencives. 

Les gencives sont souvent engorgées, 
sans décollement, sans ulcération, sans 
ébranlement des dents; en un mot, tout 
se réduit à l’engorgement, et c’est pour¬ 
quoi je donne à cet état le nom d’engor¬ 
gement simple des gencives. 

Les gencives sont tuméfiées, c’est-à- 
dire gonflées, rouges, quelquefois d’un 
rouge violet, chaudes, et font éprouver 
une sensation de plénitude; rarement 
elles sont douloureuses, mais elles sont 
agacées, ce qui, à la vérité, est un com¬ 
mencement de douleur, ou, comme 
on dit en médecine, de sensibilité mor¬ 
bide. 



— 16 — 


L'haleine est chaude, âpre, et prend 
facilement de l’odeur, surtout le matin; 
du moins les personnes ainsi affectées 
sont obligées aux précautions les plus 
minutieuses pour éviter cet inconvé¬ 
nient si préjudiciable sous tous les rap¬ 
ports. 

Les causes de cette affection sont 
esssentiellement individuelles et diffi¬ 
ciles à pénétrer. Tout ce que l’on peut 
dire, c’est que le froid aux pieds, l’ha¬ 
bitude d’avoir la tête découverte à l’air, 
l’habitation au nord ou à l’est, dans des 
pièces que ne visite pas le soleil, la plei- 
nitude de l’estomac, en d’autres termes, 
l’alimentation trop abondante, sont 
autant de circonstances favorables à son 
développement. 

Cette affection n’a pas à beaucoup près 
la gravité de l’ulcération, du décolle¬ 
ment, en un mot, des altérations gingi- 



— 17 — 


vales qui entraînent la perte des dents. 
On voit des gens qui la portent indéfi¬ 
niment sans inconvénients notables, 
c’est-à-dire sans mauvais résultat pour 
la denture. Elle est simple et reste sim¬ 
ple. Il n’est pas moins vrai quelle est 
une gêne, un sujet d’ennui et souvent 
de préoccupation très-pénible pour ceux 
qui en sont atteints, à raison surtout de 
l’inconvénient qui en résulte ou peut en 
résulter pour l’haleine. 

Aussi nous ne saurions trop conseiller 
dans ce cas l’usage journalier de la 
poudre et de l’elixir solidifiants, qui 
trouvent ici une de leurs indications les 
plus formelles. La guérison est à ce prix, 
et je pourrais en citer plus d’un exemple, 
surtout celui d’un jeune homme du 
meilleur monde, que l’idée de ce mal 
incommode éloignait du mariage, con¬ 
tre le vœu le plus cher de sa famille. 



L effet résolutif de Télixir n’est pas 
douteux ; insensiblement les gencives 
se raffermissent, si elles étaient ramol¬ 
lies, et pâlissent, en même temps que 
Tépaississement inflammatoire se dis¬ 
sipe. 

Jusqu’ici nous n’avons eu en vue que 
l’engorgement simple avec fermeté àu 
tissu gingival. Il y en a une autre forme 
ou variété, c’est l’engorgement mou, 
avec saignement facile. Dans cette der¬ 
nière forme, comme dans la première, 
l’élixir est efficace, même davantage, 
s’il est possible; du moins l’effet est 
ordinairement plus prompt, ce qui peut 
paraître surprenant. 

Inutile de dire que, outre l’usage de 
la poudre et de l’élixir solidifiants, il 
faut se prémunir contre le froid, surtout 
contre le froid humide, et porter cons¬ 
tamment du coton dans les oreilles : 



— 19 — 


précaution d'une importance capitale. 
Je reviendrai sur ce point avec l’insis¬ 
tance nécessaire en traitant plus loin 
des causes des affections gingivales. 



— 20 — 


ARTICLE TROISIÈME 

Engorgement des gencives avec 
ébranlement des dents. 


Dans rarticle précédent, il s’agit de 
I engorgement simple; ici l’engorgement 
s’accompagne de l’ébranlement des 
dents, et par conséquent bien s’en faut 
qu’il soit simple. 

L’engorgement peut affecter une seule 
gencive, c’est-à-dire la gencive corres¬ 
pondante à une seule dent, ou plusieurs 
gencives, tant à la mâchoire supérieure 
qu’à la mâchoire inférieure, ou même, 
et le cas n’est pas rare, toute l’étendue 
des gencives supérieures et inférieures. 
C est parmi les gens du peuple, généra- 



— 21 — 


lement si peu soigneux de leur bouche 
comme de toute leur personne, que l’on 
constate, non sans répugnance, les cas 
de ce genre les plus graves. J’ai vu, 
dans les commencements très-modestes 
de ma pratique, les dents presque dis¬ 
parues sous l’accumulation du tartre 
et sous le gonflement des gencives. A 
moins d’en avoir été témoin, on ne peut 
se faire une idée d’une telle incurie. Il 
semblerait que, dans les classes infé¬ 
rieures de la société (qu’il faut plaindre 
et non pas accuser), il y ait un affaiblis¬ 
sement des sensations, qui empêche pen¬ 
dant longtemps de sentir et de reconnaî¬ 
tre le mal. Comme c’est dans ces classes, 
d’ailleurs, que la souffrance est la plus 
commune et la plus générale, cette 
espèce d’endurcissement ou d’indiffé¬ 
rence au mal n’est pas tout à fait un in¬ 
convénient. 



— 22 ~ 


Même chez les personnes qui pren¬ 
nent les soins convenables, l’engorge¬ 
ment des gencives peut acquérir un 
développement très-considérable. C’est 
surtout dans les languettes inter-den¬ 
taires que cet engorgement s’élève aux 
plus grandes proportions. 

Ce qui caractérise cette forme ou 
variété de l’engorgemeut, c’est l’ébran¬ 
lement, la chute des dents; mais il 
ne faut pas oublier que les gencives 
peuvent être énormément engorgées 
sans que les dents soient ébranlées. 

L’ébranlement des dents; dans ce cas, 
prouve que l’inflammation s’est propa¬ 
gée de la gencive au périoste aîvéolo- 
dentaire ou tissu fibreux intermédiaire 
à l’alvéole et à la dent et leur servant 
de moyen d’union. Cette transmission 
ou propagation de l’inflammation est si 



— 23 — 


facile;, à cause de l’extrême voisinage ou 
mieux de la continuité des deux tissus, 
que l’on est surpris quelle n’ait pas lieu 
constamment. Mais à cet égard il y a 
des exceptions très-curieuses ; ainsi une 
dent peut demeurer inébranlable au 
milieu de plusieurs autres très-vacil¬ 
lantes et prêtes à tomber. Ce sont les 
canines qui m’ont paru jouir le plus 
souvent de ce privilège. Je vois dans ce 
moment même un cas dans lequel elles 
sont seules demeurées solides à la m⬠
choire supérieure, dégarnie en partie, 
et en partie garnie de dents ébranlées 
au point qu’il serait absurde de songer 
à les consolider; tout ce qu’on peut es¬ 
pérer, c’est de les maintenir dans l’état 
où elles se trouvent, et je défie que l’on 
y parvienne autrement que par l’élixir 
solidifiant. Chose remarquable, les dents 
inférieures sont solides., quoique les 



gencives ne soient pas exemptes d’un 
léger degré d’ulcération. 

Si la poudre et l’élixir solidifiants sont 
indiqués contre l’engorgement simple, 
à plus forte raison est-il rigoureusement 
nécessaire d’y recourir contre l’engorge¬ 
ment avec ébranlement des dents. Ici, 
à cause de l’intensité du mal et du 
désordre irréparable qui peut en être 
la suite, il ne faut pas se borner au bain 
de bouche du matin et du soir ; il faut 
y revenir après chaque repas : l’abus 
n’est pas à craindre en pareille occur¬ 
rence, et, même de la part des malades 
les plus éclairés, c’est contre la négli¬ 
gence qu’on a lieu de se prémunir. 

Quand il s’agit d’un spécifique, on 
n’est que trop porté à supposer que l’au¬ 
teur est intéressé à le prôner outre me¬ 
sure et en toute occasion, avec ou sans 
utilité. Au lieu de s’attacher à discerner 



— 25 — 


la vérité à ses vrais caractères, qui ne 
trompent jamais et ne sauraient trom¬ 
per, on doute, on hésite, et le mal fait 
des progrès irrémédiables. 


2 



— 26 — 


ARTICLE QUATRIÈME 

Décollement. 

Il se produit^ sous l’influence de l’in¬ 
flammation^ une lésion des gencites très- 
insidieuse. La gencive se détache de la 
dent^ se décolle, et le sujet peut ne pas 
s’en apercevoir. Il voit bien que du pus 
fait issue entre la gencive et la dent^, mais 
il ne se doute pas de l’étendue verticale 
du décollement, et il est très-étonné de 
la profondeur à laquelle on peut faire 
pénétrer un instrument explorateur, tel 
que la lame étroite et mousse d’un petit 
bistouri. 

C’est pourquoi je dis que cette forme 
du dé(fliaussement est insidieuse. 

La dent est couverte de sa gencive, et 



— 27 — 


néanmoins elle est tout aussi déchaussée 
que si la gencive avait été détruite par 
Tulcération, attendu que la gencive ne 
la soutient plus. 

Cette forme est très-difficile à traiter. 
Il est rare que l’on puisse obtenir le re¬ 
collement. Presque toujours on est 
obligé d’exciser une portion de la gen¬ 
cive et de refouler le reste, de sorte que 
l’on substitue un déchaussement appa¬ 
rent au déchaussement latent. Du moins 
on procure ainsi la suppression de la 
sécrétion purulente, ce qui n’est pas à 
dédaigner, et l’on parvient quelquefois à 
rendre de la solidité à la dent. 

J’ai dit que l’on excise une partie de 
la gencive décollée et que l’on « refoule 
le reste. » Voilà comment il faut en¬ 
tendre ce dernier point. Au lieu d’em¬ 
porter avec le bistouri ou avec les ciseaux 
tout ce qui est décollé, on en laisse une 



— 28 — 


partie, clans l’espoir que cette partie se 
recollera, et, pour l’y aider, on la dé¬ 
prime légèrement, matin et soir, avec 
un pinceau trempé dans l’élixir pur. 

11 va sans dire que l’on seconde l’effet 
du traitement par l’usage scrupuleux des 
bains de bouche avec l’élixir solidifiant 
convenablement étendu d’eau tiède. 

J’ai vu plusieurs cas dans lesquels le 
décollement régnait dans toute l’étendue 
de la partie antérieure d’une gencive, 
de l’une à l’autre canine. Quand le sujet 
pressait le rebord alvéolaire avec le 
doigt posé transversalement, on voyait 
affleurer une ligne de pus à la marge de 
la gencive suivant l’étendue indiquée, 
et quand on tirait sur la lèvre de manière 
à la porter fortement en avant, la gen¬ 
cive se détachait en totalité et décou¬ 
vrait les dents correspondantes. 

J’ai réussi deux fois à obtenir le recol- 



— 29 — 


lement approximatif de la gencive en 
suivant le conseil de M. le professeur 
Marchai de Calvin qui prescrit d’inciser 
les gencives entre les dents, profondé¬ 
ment, dans toute l’étendue du décolle¬ 
ment. Les parties de gencive correspon¬ 
dantes aux dents et comprises entre deux 
incisions verticales se recroquevillent 
un peu, mais en même temps s’épaissis¬ 
sent, se raffermissent et se recollent dans 
une certaine proportion. Pour assurer 
le succès dans des cas aussi difficiles, on 
devra, comme je l’ai fait moi-même, in¬ 
sister sur l’usage de l’élixir solidifiant. 



— 30 - 


ARTICLE CINQUIÈME 

Ulcération. 

Dans Fulcération, les gencives sont 
comme rongées par un travail plus ou 
moins lent. 

Il en existe deux variétés : Tulcération 
simplCj, sans ébranlement^ et Tulcéra- 
tion avec ébranlement. 

Il semble impossible que les gencives 
puissent être ulcérées et par conséquent 
les dents découvertes en proportion, 
sans que ces dernières perdent de leur 
solidité et s’ébranlent; j’ai vu cependant 
plusieurs cas dans lesquels l’ulcération 
était assez avancée sans que les dents 
fussent aucunement vacillantes. Dans 
ces cas relativement heureux, l’usage de 



— 31 — 


Félixir, matin et soir, et même après 
les repas, avec le soin de bien débar¬ 
rasser les espaces inter-dentaires des 
moindres parcelles alimentaires, amène 
nécessairement la guérison en un temps 
variable. Au moins, je n’ai pas vu 
d’exemple dans lequel le traitement ait 
échoué. Seulement, quand des gencives 
ont été affectées de la sorte, et même, 
généralement, dans toutes les affections 
gingivales, on a lieu de craindre les re¬ 
chutes, particulièrement sous l’in¬ 
fluence de l’air humide; et au moindre 
signe de retour de la lésion, il faut que, 
de son côté, le malade revienne à l’usage 
de l’élixir. 

Le cas le plus ordinaire est que le 
travail ulcéreux, graduel, très-lent, mais 
irrésistible tant qu’on ne lui oppose pas 
le spécifique, amène l’ébranlement et 
la chute des dents. On est quelquefois 



— 32 — 


étonné de voir des dents, particulière¬ 
ment les incisives inférieures, tenir en¬ 
core, quoiqu’elles ne soient plus adhé¬ 
rentes que par l’extrême bout de leur 
racine. En cas pareil, très-évidemment, 
l’affection de la gencive a déterminé 
l’usure, résorption ou atrophie de l’al¬ 
véole, c’est-à-dire des parois osseuses 
de la cavité alvéolaire, D’après ce que 
J’ai observé, cette atrophie est toujours 
consécutive à l’affection gingivale. Assu¬ 
rément il n’est pas impossible que 
l’atrophie attaque primitivement les 
parois alvéolaires, comme elle peut 
attaquer d’autres organes, mais je ne 
l’ai jamais vu. Si le phénomène se pro¬ 
duit, ce doit être surtout chez les 
vieillards, attendu que dans la vieillesse 
il survient généralement une résorp¬ 
tion naturelle des éléments compactes 
ou calcaires des os, ce qui fait que les 



— 33 — 


fractures sont beaucoup plus faciles 
dans le grand âge que dans Tage adulte, 
qui est celui de la résistance. 

Lorsque la racine est découverte dans 
une grande étendue et que la dent ou 
les dents sont très-vacillantes, il est im¬ 
possible de promettre une guérison 
complète; mais, même dans ces mauvai¬ 
ses conditions, l’emploi de l’élixir peut 
maintenir le statu quo, et ce n’est pas 
un résultat à dédaigner, plus encore au 
point de vue de la forme que des fonc¬ 
tions, du moins de la mastication; car, 
pour l’articulation des mots, il n’est pas 
indifférent que les dents incisives, même 
ébranlées, soient conservées. Je pour¬ 
rais citer un personnage, remplissant 
un emploi qui le met en rapport avec 
beaucoup de monde et parlant souvent 
en public, qui, grâce à l’usage de l’élixir, 
sous forme de gargarisme ou plutôt de 



- 34 — 


bains de bouche, et parfois appliqué pur 
au moyen d’un pinceau, conserve, de¬ 
puis plusieurs années, ses dents incisives 
inférieures, très-découvertes par l’ulcé¬ 
ration progressive, et très-ébranlées. 



— 35 — 


ARTICLE SIXIÈME 

Tumeurs. 

Les tumeurs des gencives ont été dé¬ 
crites et confondues sous le nom géné¬ 
rique ^épulide, à^épulie ou à^épulis, du 
grec epi, sur^ et oulon, gencive. 

Les tumeurs ainsi rassemblées sous 
un titre commun sont cependant très- 
diverses ; il en est de bénignes, dont on 
vient à bout facilement et sans retour, 
et il en est de graves au premier chef, 
car on a été jusqu’à comprendre des tu¬ 
meurs fibreuses du périoste ou même 
des tumeurs cancéreuses sous la déno¬ 
mination d epulis. 

Il ne doit pas être question ici de 
ces tumeurs, qui réclament les soins 



— 36 — 


d’un chirurgien habile et expérimenté. 

Je ne ferai également que mentionner 
les tumeurs érectiles, qui sont fermes, 
élastiques, d’un rouge assez vif, dans 
lesquelles on sent des pulsations, et qui 
donnent en abondance un sang vermeii, 
si l’on a le malheur de les inciser. Il y 
faut ou la ligature, ou l’écrasement li¬ 
néaire, ou l’excision avec le bistouri, et 
par-dessus tout la cautérisation pro¬ 
fonde, au moyen du fer rouge, de la 
partie sur laquelle la tumeur était si - 
tuée. 

Les seules tumeurs gingivales qui con¬ 
cernent le dentiste sont celles qui sur¬ 
viennent par suite de la carie ou de la 
nécrose (mortification) d’une racine de 
dent. Elles sont molles, fongueuses, peu 
douloureuses ou même indolentes, sai¬ 
gnent facilement, et fournissent le plus 

souvent un suintement purulentetfétide. 



— 37 — 


On les voit rarement parmi les gens de 
la société^ qui ont soin de leur bouche ; 
mais on en trouve encore des cas parmi 
les individus qui, faute d’éducation et 
par ignorance de ce qu’ils se doivent à 
eux-mêmes, ne prennent aucun soin de 
leurs dents. C’est chez ces mêmes indi¬ 
vidus que l’on voit ces grands dépôts de 
tartre dont il va être question dans l’ar¬ 
ticle suivant. 

L’extraction de la dent ou de la 
racine altérée' est la première et indis¬ 
pensable mesure à prendre, ou, comme 
on dit en médecine, la première indica¬ 
tion; seulement il n’est pas toujours 
facile, ni même possible, de remplir 
cette indication, attendu que la racine 
malade peut être inaccessible, à moins 
d’une opération très-douloureuse, à la¬ 
quelle peu de gens sont disposés à se 
prêter. 


3 



— 38 - 


Tel était le cas d’un consultant de 
la province, qui avait la bouche en 
très-mauvais état, quoiqu’il appartînt à 
la classe aisée et qu’il eût le moyen de 
se soigner convenablement. La canine 
gauche, cariée, élait tombée par mor¬ 
ceaux et il n’en restait que la racine, très- 
profondément altérée et comme ense¬ 
velie sous la gencive, enflammée^ fon¬ 
gueuse, saignante, et présentant- deux 
ou trois végétations, dont une avait le 
volume d’un petit pois. J’essayai d’intro¬ 
duire l’instrument pour tâcher d’extrame 
la racine ; mais la douleur fut telle que 
le patient repoussa brusquement ma 
main, au risque de se blesser, et se re¬ 
fusa à toute nouvelle tentative du même 
genre. Je me bornai alors à exciser les 
végétations avec des ciseaux, et je con¬ 
seillai Tiisage des bains de bouche avec 
l’élixir solidifiant, autant de fois qu’il 



— 39 — 


serait possible de le faire dans la jour¬ 
née, ce qui fut exécuté. Plus tard, ce 
client arriva de lui-même à se toucher 
la gencive avec de l’élixir presque pur 
ou même pur ; et, finalement il guérit 
d’une manière complète, en ce sens qu’il 
ne se produisit plus de végétations, que 
la gencive se raffermit, et que la racine 
dentaire, devenue pour ainsi dire inof¬ 
fensive, cessa de donner lieu à des acci¬ 
dents. Voilà donc un succès très-remar¬ 
quable et très-particulier de l’usage de 
l’élixir solidifiant. 



— 40 — 


ARTICLE SEPTIÈME 

Tartre dentaire. 

Existe-t-il donc un remède contre le 
tartre dentaire? Sans aucun doute. Mais 
d’abord qu’est-ce que le tartre dentaire? 
C’est l’accumulation de tous les produits 
solides des sécrétions buccales, salive et 
mucus, sécrétions qui varient selon 
l’état de l’estomac et de la bouche, et 
auxquelles il semble même que la bile 
puisse se mêler, si l’on en juge par la 
couleur jaune de la langue dans certains 
cas. Un médecin micrograplie, M. Mandl, 
a reconnu que, le matin, la bouche 
renferme normalement les débris d’une 
foule danimalcules microscopiques, et 



— 41 — 


il est à croire que ces débris se retrou¬ 
vent en partie dans le tartre. 

Ainsi formé, ce produit se dépose 
sur les dents à partir de la marge des 
gencives. S’il est enlevé chaque jour, 
naturellement rien ne paraît; mais si 
l’on reste plusieurs jours sans se brosser 
les dents, ou si la brosse dont on se sert 
est trop douce, ou encore si l’on se sert 
d’eau pure sans poudre, les couches de 
tartre se superposent et peuvent acqué¬ 
rir, particulièrement sur la face interne 
des dents, une épaisseur considérable. 
Il est des cas, chez des gens peu soi¬ 
gneux, dans lesquels la couche de tartre 
est aussi épaisse que la dent; parfois on 
en enlève des morceaux si volumineux 
qu’au premier abord on se demande si 
l’on n’a pas enlevé un morceau de dent. 

Jusqu’à présent l’on n’a guère considéré 
le tartre que par rapport à ses effets fâ- 



— 42 — 


cheux sur les gencives. Peu de dentistes 
ont compris qu’à leur tour les gencives 
peuvent influer sur la production du 
tartre. 

Les liquides normaux de la bouche, 
salive et mucus, contiennent plus ou 
moins de matériaux solides, selon les 
individus, dans l’état le plus normal de 
la cavité buccale, notamment des gen¬ 
cives; certaines personnes en sont quittes 
pour un coup de brosse tous les matins; 
d’autres, au contraire, ne se garantissent 
de l’accumulation du tartre que par 
des frottements énergiques avec la brosse 
chargée d’une poudre appropriée; en¬ 
core souvent, il faut recourir au grat¬ 
tage pour faire disparaître le produit 
dont il s’agit; tout cela, je le répète, 
sans qu’il existe d’affection des parties 
molles de la bouche. 

Mais il faut reconnaître que l’in- 



— 43 — 


flammation des gencives influe nota¬ 
blement sur les proportions du tartre et 
sur la facilité aveclaqueUe il s’accumule 
autour des dents. Quiconque a un peu 
observé s’est assuré du fait. L’inflamma¬ 
tion des gencives, celle de la bouche en 
général, par l’échauftement auquel elle 
donne lieu, précipite plus abondamment 
les solides contenus dans les liquides 
buccaux, ou peut-être en augmente la 
proportion dans ces liquides. 11 faut 
alors beaucoup plus de soins et de 
,peine pour empêcher le dépôt de ces 
solides, c’est-à-dire du tartre; et l’on s’en 
aperçoit surtout quand, J’inflammation 
ayant disparu, il devient facile de main¬ 
tenir la propreté des dents à l’aide des 
simples soins ordinaires. 

Si l’inflammation des gencives influe 
sur la production du tartre et sur son 
dépôt à la surface des dents, il va de soi 



— 44 — 


que les moyens propres à combattre 
cette inflammation soient également, 
quoique indirectement, propres à com¬ 
battre l’accumulation du tartre. Voilà 
pourquoi je disais, en commençant cet 
article, qu’il existe un remède contre le 
tartre (du moins contre celui dont la 
production surabondante est due à une 
affection des gencives). Ai-je besoin 
d’ajouter, après tout ce que j’ai déjà 
dit, que ce moyen n’est autre que l’é¬ 
lixir? 

Un de mes clients, très-sOigneux en 
toute chose, ayant eu et ayant encore de 
magnifiques dents, mais ayant perdu les 
grosses molaires, sauf une, à la m⬠
choire supérieure, et menacé d’en 
perdre plusieurs autres tant en haut 
qu’en bas, par suite d’une disposition 
persistante à l’inflammation des gen¬ 
cives, ne parvient à se préserver de ce 



— 45 — 

malheur que par l’usage continu ou 
souvent repris de l’élixir; or, il a ob¬ 
servé que, primitivement, il avait beau¬ 
coup de tartre, particulièrement sur la 
face interne des incisives inférieures, 
d’où il l’extrayait lui-même, tous les 
mois ou même plus souvent, avec pré¬ 
caution, au moyen d’un canif, et que, 
depuis qu’il fait usage de l’élixir, c’est- 
à-dire depuis que ses gencives ne sont 
plus enflammées ou ne le sont plus que 
passagèrement, cet inconvénient a com¬ 
plètement disparu. 


3 . 



CHAPITRE II 


DE LA. FLEXION , DES ABCÈS 
ET DES FISTULES, DANS LEURS RAPPORTS AVEC 
l’inflammation DES GENCIVES ET AVEC 
LE DÉCHAUSSEMENT ET L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 



CHAPITRE II 


DE LA FLÜXION, DES ABCÈS 
ET DES FISTULES, DANS LEURS RAPPORTS AVEC 

l’inflammation des gencives et avec 

LE DÉCHAUSSEMENT ET L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 


ARTICLE PREMIER 

Fluxion. 

La fluxion est l’inflammation du tissu 
cellulaire qui double la muqueuse, soit 
aux gencives, soit dans la rainure for¬ 
mée, d’un côté, par l’os maxillaire, su¬ 
périeur ou inférieur, et de l’autre, par 
les joues; rainure où le doigt est arrêté, 
et qui se continue en avant avec celle 



— 50 — 


qui sépare les lèvres également des os 
maxillaires. 


\c^ 


La fluxion est, à proprement parler, 
ce qu’on appelle, en chirurgie, un 
^.legmon, c’est-à-dire le type de l’in-- 
J^'â'mrhatipn. 

/ Corn'rpgle phlegmon, la fluxion den«- 
la suppuration, et il est très^ 
èvMev cette terminaison. 

Toute fluxion dépend d’une dent, ott 
cariée, ou dénudée par suite de l’altéra*- 
tion d’une gencive. L’illustre médecin 


Chomel disait qu’il n’y avait pas de 
fluxion dentaire sans maladie d’une 
dent (il fallait ajouter ou d’une gencivel. 
Quiconque a une dent gâtée ou dé¬ 
nudée, c’est-à-dire déchaussée, doit 
craindre les fluxions. 

Quand une fluxion se produit au voi¬ 
sinage d une dent, et que très-positive¬ 
ment cette dent n’est point cariée, ce 




— 51 


qui est quelquefois difficile à recon^ 
uaître, regardez à la gencive, et vous 
la trouverez ulcérée ou décollée; en 
d’autres termes, vous constaterez un 
certain degré de déchaussement, et- par 
conséquent, de dénudation de la dent. 

H m’a toujours semblé que la fluxion 
d’origine gingivale (car je ne parle 
pas ici de la fluxion consécutive à la 
carie dentaire) se produisait parce que 
l’air avait glissé sous la gencive décollée, 
de manière à irriter le tissu cellulaire 
sous-giügival, déjà prédisposé par le fait 
même de l’affection des gencives ; mais je 
suis loin d’affirmer qu’il en soit toujours 
ainsi. 

Chez un de mes clients, orné des plus 
belles dents, mais dans la famille duquel 
règne le déchaussement avec ébranle¬ 
ment par suite de maladie des gencives, 
une fluxion fut la première révélation 



— 52 — 


de cette affection; et son étonnement 
fut au comble de se voir pris d’une 
fluxion, lui dont les dents étaient un 
sujet d’admiration. Il ne se rappela 
qu’ensuite et trop tard que sa mère et 
un de ses frères, de beaucoup son aîné, 
avaient été éprouvés de la même ma¬ 
nière. Sa confiance était telle, dans les 
premiers temps, qu’elle ne fut pas 
troublée, même par ce souvenir. Mais il 
ne tarda pas à s’apercevoir que la dent 
au-dessus de laquelle s’était faite la 
fluxion était ébranlée; elle s’ébranla de 
plus en plus, par moments s’allongeait 
par suite de l’inflammation consécutive 
du périoste alvéolo-dentaire, et, rencon¬ 
trant la dent correspondante, ce qui 
donnait lieu à une douleur vive, empê¬ 
chait ou du moins limitait la mastica¬ 
tion; en outre; le froid et le chaud 
pendant les repas occasionnaient des 



— 53 — 


souffrances aiguës, qui s’étendaient par¬ 
fois jusque dans la tempe avec la sou¬ 
daineté de l’éclair; l’impression était si 
violente qu’il était impossible au sujet 
de la cacher ; j’ai oublié de dire que la 
dent affectée était la première grosse 
molaire droite. Il fallut prendre un 
parti, et mon client, qui ne l’était pas 
encore, et qui ne connaissait pas l’élixir, 
alors à peine connu d’ailleurs, alla con¬ 
sulter un des dentistes les plus accré¬ 
dités de Paris, qui lui dit que l’on 
n’avait pas de remède contre cette affec¬ 
tion, et qu’il fallait extirper la dent. Le 
client qui, avec un pli de son mouchoir 
prenait vingt fois par jour l’empreinte 
de son mal sous la forme d’une lan¬ 
guette évidemment purulente, ce qui le 
contrariait à l’excès, dans la pensée où 
il était justement qu’il devait avaler du 
pus avec sa salive et ses aliments, et 



— 54 — 


s’étaDt aperçu, d’autre part, que son 
haleine, malgré tous les soins possibles, 
prenait parfois de l’odeur, suivit le con¬ 
seil qui lui était donné, et la dent fut 
arrachée. Mais voilà que bientôt la même 
dent du côte opposé s’ébranla sans 
fluxion, puis d’autres grosses molaires, 
tant d’un côté que de l’autre, toujours à 
la mâchoire supérieure, éprouvèrent le 
même sort, et finalement il ne lui resta 
à cette mâchoire qu’une seule grosse 
molaire, la dernière à gauche. 

J’ai été entraîné à plus de détails sur 
cette observation que le présent article 
n’en comporte; ce que je voulais faire 
ressortir c’est la formation d’une fluxion 
comme premier effet et premier indice 
d’une affection des gencives. D’autres 
fluxions se produisirent aux autres 
dents, mais ces dents étaient déjà 
ébranlées par le fait de l’inflamma- 



— 55 — 


tion gingivale, déclarée et confirmée. 

Le meilleur moyen de prévenir les 
fluxions, pour ceux qui ont des dents 
déchaussés ou cariées, c’est d’éviter avec 
soin les courants d’air et toute espèce 
de refroidissement, et de porter inva¬ 
riablement du coton au fond du conduit 
auditif. Ils doivent surtout redouter les 
vents d’est et de nord, et l’état froid et 
humide de l’atmosphère. 

J’ai vu des personnes qui m’ont 
affirmé avoir arrêté le développement 
d’une fluxion, tout au commencement^ 
par une pression forte et longtemps 
continuée au moyen du doigt, porté di¬ 
rectement sur le point sensible de la 
mâchoire, pression très-douloureuse, 
mais qu’elles avaient le courage de 
supporter. Une incision profonde faite 
sur ce point aurait un effet plus sûr, 
mais généralement le malade et le 



médecin reculent devant ce moyen. 

Une bonne méthode consiste à recou¬ 
vrir la joue^ au delà même du gonfle¬ 
ment, d’une couche d’enduit au collo- 
dion; elle est moins certaine, toutefois 
dans ses effets que si l’inflammation 
avait son siège dans le tissu qui double 
la peau; mais ce n’est pas une ressource 
à dédaigner et qui vaut mille fois 
mieux que le cataplasme. 

Mais avant tout et par-dessus tout, 
puisque la fluxion n’est jamais que con¬ 
sécutive à la carie ou au déchaussement, 
c’est la carie, c’est le déchaussement 
qu’il faut combattre, et quant à ce der¬ 
nier, il n est pas douteux que l’usage de 
1 élixir solidifiant n’ait la plus grande 
efficacité contre lui. 



ARTICLE DEUXIÈME 


Abcès. 


L’abcès est la conséquence, la fin de 
la fluxion. C’est l’inflammation qui 
aboutit, suivant l’expression consacrée. 
Dès que le pus est formé, la douleur si 
souvent intense, insupportable, portée 
au point d’empêclier le sommeit, cesse, 
ainsi que le battement. C’est le moment 
du plus grand développement de la tu¬ 
meur. Les malades qui ont déjà eu des 
fluxions savent bien que ce moment est 
enfin celui du calme et du bien-être, 
après tant de souffrances qu’expliquent 
la distension inflammatoire et l’écarte¬ 
ment de tissus dont quelques-uns sont 



-—58 — 


très-denses, par le sang et par le pus. 

On est étonné de l’extrême fétidité 
qu’exhale souvent le pus des abcès des 
gencives, et qui s’explique par l’action 
de l’air sur le foyer inflammatoire. Du 
reste, en dehors même de toute influence 
inflammatoire, une parcelle de viande 
qui séjourne pendant quelques heures 
entre deux dents, au contact de la gen¬ 
cive, contracte une mauvaise odeur. 

C est un fait déplorable, mais cer¬ 
tain, que la bouche, qui est le siège 
et 1 organe de fonctions et manifesta¬ 
tions si importantes et si variées, et le 
grand moyen de communication entre 
les hommes, ait une si grande tendance 
à la fétidité. Comment en être surpris 
quand on sait, par l’observation du doc¬ 
teur Mandl dont jl a déjà été question, 
que la bouche la plus saine, la plus 
fraîche, est le réceptacle d’un tas de 



— 59 — 


débris d’animalcules microscopiques, le 
matin, après le sommeil? 

L’abcès s’ouvre spontanément ou on 
l’ouvre avec l’instrument tranchant : une 
lancette suffit. Mais pour l’ouvrir il faut 
d’abord le reconnaître, ce qui est facile 
moyennant quelque habitude. On sent 
avec la pulpe du doigt un point ramolli 
Qi fluctuant, c’est-à-dire donnant l’im¬ 
pression d’un liquide que le doigt dé¬ 
prime. Cette impression est d’abord 
obscure, nécessairement, et seulement 
reconnaissable à un toucher exercé,, 
mais à la fin elle est de toute évidence 
pour le malade lui-même. Quelquefois 
cependant l’engorgement fluxionnaire 
est considérable et l’abcès très-petit; 
alors naturellement il est plus difficile 
de distinguer le foyer purulent. 

L’abcès s’ouvre parfois durant le 
sommeil, et le malade est réveillé par 



— 60 — 


un goût infect et par une affreuse âcreté 
à la gorge occasionnés par la présence 
du pus, qu’il se hâte d’expulser; ou 
bien il l’avale sans s’en apercevoir et 
sans se réveiller. J’ai vu un cas de ce 
genre dans lequel la malade (c’était une 
jeune femme) eut une garde-robe liquide 
d’une extrême fétidité, avec coliques 
courtes mais violentes, par suite de 
1 irritation que le pus avait déterminée 
dans la membrane interne de l’estomac 
et des intestins. 

Lorsquel’abcèsa été ouvert, artificiel¬ 
lement ou naturellement, les parois du 
foyer se rapprochent promptement, du 
moins en général, et la cavité puru¬ 
lente disparaît; elle se ferme. Nous 
verrons tout à l’heure que, par exception, 
il peut en subsister quelque chose. 

Pour aider au rapprochement des 
parois du foyer, on prescrit des garga- 



— 61 — 


rismes détersifs ; mais le meilleur gar- 
garismej’en ai faitTexpérience, consiste 
dans une gorgée d’eau tiède aiguisée de 
quelques gouttes d’élixir solidifiant, qui, 
outre son effet détersif, a la propriété de 
débarrasser la bouche du mauvais goût 
et de l’odeur que le pus y occasionne. 

11 existe un abcès très-particulier, et 
par son siège, et par ses caractères, et 
par sa gravité : c’est le petit abcès ou 
kyste purulent qui se forme souvent à 
l’extrémité de la racine dentaire, dans 
l’inflammation des gencives avec ulcéra¬ 
tion et décollement. 

Il se développe dans le tissu très-fin 
qui unit les vaisseaux et nerfs de la 
dent. 

Évidemment, on ne peut le reconnaître 
directement tant que la dent est en place; 
mais on le distingue généralement à la 
douleur soudaine et intense qui se fait 

4 



— 62 — 


sentir quand la dent presse sur le fond 
de l’alvéole^ soitdansla mastication, soit 
parce qu’on la pousse avec le doigt pour 
s’assurer de l’état des choses. 

li n’est guère possible d’agir directe¬ 
ment sur cet abcès; du moins il faudrait 
pour cela perforer l’os de la mâchoire, 
et je ne crois pas qu’on l’ait jamais 
tenté. 

Il faut extraire la dent. Quand elle 
est extraite, on aperçoit, à l’extrémité 
de la racine, un petit abcès fermé, c’est- 
à-dire un petit kyste ou sac contenant du 
pus. On comprend bien alors comment, 
dans l’action de mâcher et toutes les fois 
que la dent était poussée perpendiculai¬ 
rement, il devait naître une douleur vive 
et soudaine, 1 abcès se trouvant pressé 
tout à coup entre la racine dentaire et le 
fond de l’alvéole. 

On pourrait espérer d’ouvrir l’abcès 



— es¬ 


par rupture eu poussant fortement et 
brusquement là dent contre le fond de 
la cavité alvéolaire; mais il en résulte¬ 
rait une douleur horrible, et il pourrait 
s’ensuivre une inflammation violente ; 
d’ailleurs l’abcès contre lequel on aurait 
agi de la sorte, étant un effet de l’in¬ 
flammation propagée de la gencive, se 
reproduirait infailliblement. C’est donc, 
en résumé, contre l’inflammation de la 
gencive qu’il faut diriger les moyens 
appropriés, et le plus sûr de ces moyens, 
je le déclare, c’est encore et toujours l’é¬ 
lixir solidifiant. 



ARTICLE TROISIÈME 


Fistules. 


Ordinairement, comme je l’ai dit, les 
parois de l’abcès se rapprochent, et la 
cavité qui a contenu le pus disparaît par 
l’adhésion réciproque de ces parois ; il 
ne reste plus trace du foyer. Mais il peut 
arriver,et il arrive même assez souvent, 
que l’occliision du foyer ne soit pas com¬ 
plète, et qu il subsiste un pertuis, une 
ouverture, qui continue à fournir du 
pus : c est ce qu’on appelle un pertuis 
fistuleuæ, une ouverturefisiuleuse.Vom. 
qu’il y ait fistule proprement dite, il faut 
que le pus parcoure un certain trajet, 
en d’autres termes qu’il y ait un canal 



— 65 — 


d’îine certaine longueur : c’est ce que 
nous verrons plus loin. 

La persistance d’une ouverture fistu- 
lease suppose la persistance delà cause 
qui a donné lieu à la fluxion et à l’abcès : 
carie dentaire ou inflammation de la 
gencive. La cause se maintenant, il est 
bien facile de comprendre que l’effet se 
maintienne aussi dans une certaine me¬ 
sure. 

Chez une personne qui vient de me 
consulter, il existe un pertuis assez ap¬ 
parent, qui donne constamment du pus 
et du sang, et qui est entretenu par la 
présence de la racine d’une deuxième 
incisive entièrement cariée. Il faudrait, 
pour tarir la fistule, extirper la racine 
altérée, mais cette extraction serait labo¬ 
rieuse et douloureuse, et le sujet recule 
devant cette épreuve. 

L’abcès qui donne lieu à la fistule, ou 

4 . 



mieuxj à l’ouverture fîstuleuse, est quel^ 
quefois très-petit et passe alors, le plus 
souvent, inaperçu ; il est aussi très-lent 
à se former, du moins généralement. 
C’est une élevure arrondie comme une 
lentille, d’abord dure, qui se ramollit, 
s’ulcère et fournit du pus par une ou^ 
verture située à son centre, laquelle se 
ferme de temps à auü’e; et alors, gén4 
râlement,il y a gêno, sensibilité, ou même 
douleur. 

Le traitement de la fistule est celui de 
la cause qui lui a donné naissance. Si 
cette cause est une carie dentaire, il faut 
enlever la dent ou la racine cariée; si 
c’est une maladie des gencives, il faut lui 
opposer l’usage suffisamment prolongé 
de l’élixir solidifiant. 

Lorsque la fistule est entretenue par 
une dent ou racine cariée et que l’on 
peut pratiquer l’extirpation de cette dent 



— 67 — 


OU racine, tout aussitôt la fistule se fer¬ 
me ; il n’y a pas d’effet plus prompt. 

Lorsque la fistule est entretenue par 
une affection gingivale, le traitement n’a 
plus et ne peut avoir l’instantanéité d’une 
opération mécanique. 

Un moyen qui m’a réussi quelquefois 
consiste à faire pénétrer dans le pertuis 
flstuleuxle bout d’une allumette conves- 
ûubleraent effilé et entouré d’ouate de 
coton, trempée dans l’élixir solidifiant 
pur. On pousse cette espèce de pinceau 
Jusqu’à ce qu’il soit arrêté, avec précam 
tion, pour ne pas violenter les parties et 
provoquer une douleur inutile. On re» 
commence tous les matins, sans préju¬ 
dice, bien entendu, des bains de bouche 
avec l’eau tiède aiguisée d’élixir. 

On peut parvenir de cetté manière à 
modifier la dent malade ou la gencive 
altérée qui occasionne et entretient la 



fistule, et à faire cesser la cause en même 
temps que l’effet. 

Mais ce n’est pas un résultat sur lequel 
on puisse toujours compter, et toutes les 
fois que l’on peut mettre la main sur la 
cause et la supprimer radicalement, 
c’est-à-dire toutes les fois qu’il s’agit 
d’une dent ou d’une racine cariée, il 
faut procéder par l’avulsion et s’efforcer 
d’amener le sujet à prendre son parti, 
dût-on s’aider du chloroforme, en se 
conformant aux règles établies par la 
chirurgie, surtout en évitant d’employer 
le grand anesthésique, le sujet étant assis. 

La fistule dentaire la plus sérieuse et 
la plus désagréable est celle qui vient 
s’ouvrir sur un point du visage. J’en ai 
vu plusieurs exemples, Une artiste aussi 
remarquable par son talent que par sa 
beauté, en a été affectée, et l’on a été 
très-longtemps à reconnaître que l’affec- 



— 69 — 


üon dépendait d’une dent cariée. On 
avait employé tous les moyens possibles 
pour obtenir la cicatrisation de la petite 
ouverture fistuleuse, qui était située vers 
le milieu de la joue. Rien n’avait réussi, 
même momentanément, et rien ne pou¬ 
vait réussir, attendu qu’on ne peut rien 
contre l’effet quand la cause persiste.On 
s’avisa enfin que la fistule pouvait dé¬ 
pendre d’une dent, et l’on reconnut par 
la percussion avec un corps dur que la 
seconde petite molaire avaitune sensibi¬ 
lité exagérée. Il fallut décider la jeune 
artiste à faire le sacrifice de cette dent, 
qui paraissait saine, et qui était admi¬ 
rable dans toute la partie qu’on en pou¬ 
vait voir, comme d’ailleurs le reste de 
la denture, une des plus jolies que l’on 
puisse rencontrer.La racine seule était al- 
térée,etiln’y avait jamais eu de douleur, 
de crise dentaire, à proprement parler. 



- 70 — 


Dès le lendemain de l’extraction, le per- 
tuis fistuleux ne donnait plus de pus; le 
surlendemain il était fermé; à peine en 
aperçoit-on la trace aujourd’hui, et, 
pour le peu qu’on en voit, en y regardant 
de près, on dirait la légère cicatrice d’un 
grain de petite vérole volante. 

Je n’ai eu connaissance de ce cas 
qu’après coup, et je ne comprends pas 
que des hommes de l’art consommés 
comme ceux qui furent consultés n’aient 
pas reconnu plus tôt la nature de cette 
petite et très-fastidieuse ettrès-ennuyante 
affection ; car on se fait facilement une 
idée de la peine et de l’obsession que 
peut causer l’existence d’une ouverture 
suppurante au visage, toujours répu*^ 
gnante, quelque soin que l’on puisse 
prendre, et qui nécessite le renouvelle¬ 
ment fréquent du taffetas dont on se sert 
pour la dissimuler. 



— 71 — 


Je dis que ]e ne puis pas comprendre 
que l’on ait été si longtemps à reconnaî¬ 
tre qu’il s’agissait d’une fistule parce 
qu’il existe un signe tout à fait caracté¬ 
ristique de cette variété majeure de fis¬ 
tule dentaire. 

Ce signe consiste dans la présence 
d’jine sorte de cordon dur s’étendant de 
la dent malade à la partie où s’ouvre la 
fistule. Ce cordon n’est autre que le trajet 
fistuleux; c’est le conduit parcouru par 
le pus, doublé intérieurement par les 
tissus irrités, enflammés et épaissis; on 
le sent tout de suite avec le doigt; c’est 
comme une bride plus ou moins résis¬ 
tante. En suivant cette bride ou cordon, 
on arrive, d’une part, jusqu’auprès de 
l’orifice externe de la fistule, dont le siège 
varie, et, de l’autre, jusqu’à la dent dont 
l’altération est le point de départ de 
l’affection; et l’on comprend combien 



— 72 — 


cette dernière circonstance est impor¬ 
tante en ce qu'elle désigne exactement la 
dent à extraire. Il n’en faut pas moins, 
avant d’opérer, examiner cette dent avec 
attention, tant au point de vue des taches 
ou ulcérations qu’elle peut présenter 
qu’au point de vue de la sensibilité exa¬ 
gérée dont elle peut être douée, sans 
autres altérations apparentes. 

M. le professeur Marchai de Calvi, à 
qui nous devons presque tout ce que 
nous savons sur les maladies des gen¬ 
cives, et auquel je m’empresse de témoi¬ 
gner ici ma reconnaissance pour les 
renseignements et notes qu’il a bien 
voulu me fournir, m’adressa, il y a trois 
ans, un jeune homme fort distingué, 
attaché à une grande administration pu¬ 
blique, chez lequel il avait reconnu une 
fistule dentaire, procédant de la carie 
d’une molaire, qu’il me chargea d’ex- 



73 — 


traire. La fistule s’ouvrait sur les côtés 
du nez et donnait assez de pus pour qu’on 
fût obligé de renouveler plusieurs fois 
par jour le taffetas d’Angleterre. Le cor¬ 
don dur, dqnt il est question plus haut, 
était très-marqué; on pouvait le pincer. 
M. Marchai (de Galvi) avait eu l’idée de 
le couper par le milieu et d’y faire une 
perte de substance de manière à établir 
une fistule interne, qui eût amené la 
cicatrisation de l’ouverture fistuleuse 
externe ; mais la crainte de voir cette 
fistule interne se fermer malgré ce 
qu’on aurait pu faire pour la maintenir 
lui fit préférer l’extraction de la dent, le 
malade ne faisant d’ailleurs aucune 
difficulté de s’y soumettre. La dent ex¬ 
traite, le pertuis fistuleux se ferma, et 
la cicatrice n’est apparente que pour 
ceux qui savent que le mal a existé; le 
cordon dur qui marquait le trajet de la 



— 74 — 


fistule a aussi presque complètement 
disparu^ comme j’ai pu m’en assurer, le 
sujet ayant continué à se présenter à mpn 
cabinet pour les soins ordinaires de la 
bouche. 



CHAPITRE III 

DU DÉCHAUSSEMENT, DE L’ÉBEANLEMENT 
DE l’allongement ET DE LA DÉVIATION DES 
DENTS 



CHAPITRE III 


DU DÉCHA,USSEMENT, DE L’ÉBRANLEMENT, 

DE l’allongement ET DE LA DÉVIATION DES DENTS 


ARTICLE PREMIER 

Du Déchaussement. 


En traitant de l’engorgement/ de l’ul- 
cération^ du décollement, nous traitions 
implicitement du déchaussement et de 
l’ébranlement. En effet, que la gencive 
soit engorgée, c’est-à-dire enflammée, 
ses liens avec la dent seront détruits,^ 
et l’ébranlement s’ensuivra. Il existe 
toutefois une variété d’engorgement 


— 78 — 


avec conservation de la solidité de 
la dent. De même, que la gencive soit 
décollée, ulcérée, il est clair que la 
dent sera moins soutenue, et que Fé- 
branlement en sera l’effet; non pas 
cependant Feffei nécessaire et inévitable; 
car on voit des cas exceptionnels dans 
lesquels le décollement, l’ulcération de 
la gencive se concilient avec la solidité 
de la dent. J’en ai un exemple chez un 
de mes clients, homme d’une cinquan¬ 
taine d’années, qui a de magnifiques 
dents, blanches et fortes, et dont les deux 
incisives supérieures sont déchaussées 
dans l’étendue de deux à trois milli¬ 
mètres, avec décollement et suppuration 
peu abondante, sans que les deux dents 
aient rien perdu de leur solidité. 

Le déchaussement, l’ébranlement, 
sont des effets ; la maladie, c’est l’ulcé- 
ration, l’engorgement, ou plutôt i’inflam- 



mation qui produit Fulcératlon et 1 en¬ 
gorgement. Au-dessus de toutes ces 
lésions, de toutes ces variétés, il y a un 
fait unique, mais un très-grand fait, qui 
varie à l’infini dans ses degrés et dans 
ses formes ; l’inflammation. Retirez l’iii- 
flammation, et vous n’aurez plus de 
maladies des gencives, de celles du moins 
que soignent les dentistes; car, encore 
une fois, il n’est pas question et il ne 
peut-être question ici des tumeurs érec¬ 
tiles, des tumeurs fibreuses du périoste 
et des tumeurs cancéreuses. 

Il existe deux grandes variétés du 
déchaussement ; la variété apparente et 
la variété cacliée ou insidieuse, au sujet 
de laquelle je me suis déjà expliqué. 

Que la gencive se retire, comme on 
dit vulgairement, qu’elle se détruise par 
ulcération lente, et la racine de la dent 
sera découverte en proportion : le dé- 


— 80 — 


chaussement est apparent; les dents s’al- 
longent ou plutôt paraissent allongées: 
c’est la première variété. 

Dans la seconde variété, la gencive 
n’est pas détruite; elle recouvre encore 
la dent sans en laisser aucune partie à 
nu, mais elle est décollée ; du pus se 
produit entre les deux, et le sujet en 
avale toujours plus ou moins avec sa 
salive et surtout avec ses aliments, quel¬ 
ques précautions qu’il prenne, parce que 
la sécrétion de cette humeur est cons¬ 
tante. La dent est aussi déchaussée que 
si la gencive n’existait plus; elle n’est 
plus soutenue, et le résultat est le même 
dans les deux cas. 

Il peut arriver et il arrive souvent que 
la dent ne soit déchaussée que d’un côté; 
il est même assez rare qu’elle le soit éga¬ 
lement dans tout son pourtour. J’ai vu 
des dents déchaussées d’un côté jusqu’à 



— 81 — 


la pointe de la racine. 11 en était ainsi 
chez un de mes clients, docteur en 
médecine, qui faisait basculer le bout 
de la racine dans la boucbe, de manière 
à le sentir avec la langue. C’était la pre¬ 
mière petite molaire gauebe qui était 
ainsi déchaussée. L’extraction n en fut 
que plus facile, et même tout à fait 
exempte de douleur. 

Rien de plus facile à reconnaître que 
la première variété ou décollement ap¬ 
parent, c’est-à-dire avec perte de subs¬ 
tance de la gencive l'il n’y a qu’à regarder. 
11 peut être méconnu toutefois s’il affecte 
les dents postérieures, une grosse mo¬ 
laire, par exemple ; mais encore il faut 
que le sujet soit bien inattentif, car il 
lui est facile de sentir avec sa langue 
que sa dent est plus découverte que les 
autres, plus longue, comme on dit. 

La seconde variété est plus difficile à 


— 82 — 


reconnaître comme déchaussement. Je 
m’explique: on voit bien/et le malade 
voit lui-même que la gencive estdécollée, 
mais il ne se rend pas compte que c’est 
comme si la dent était déchaussée; et 
c’est pourtant la pire espèce de déchaus¬ 
sement, car on arrête bien plus facile¬ 
ment 1 ulcération qu’on ne parvient à 
obtenir le recollement. II est nécessaire 
de s assurer dès l’abord de la profondeur 
du décollement au moyen d’un instru¬ 
ment approprié, tel que la lame d’un 
petit bistouri, et il faut le faire au vu et 
au su du malade, soit en pratiquant cette 
exploration devant une glace, soit en lui 
montrant la lame sur laquelle la trace 
encore humide du pus marque l’étendue 
verticale du décollement. De cette ma¬ 
nière chacun sait à quoi s’en tenir, et 
1 homme de Fart n’a pas à craindre 
d’injustes récriminations. 



Le déchaussement est le fléau des 
dents et des gencives ; il était tel, du 
moins, avant la découverte de Télixir 
solidifiant, qui est, très-positivement, un 
moyen sûr de le prévenir et un moyen 
efficace, le seul efficace connu, de le 
combattre. 

Malheureusement, qui songe à préve¬ 
nir les maladies? Pour le déchaussement, 
pour ce que M. Marchai de Calvi appelle 
la gingivite expulsive, ce serait pourtant 
chose possible et meme facile, puisque 
ces affections sont le plus souvent hé¬ 
réditaires et que, par conséquent, on est 
averti. 

Je connais une famille de trois géné¬ 
rations, dans laquelle les dents tombent 
de bonne heure par suite d’altération des 
gencives; le grand-père a un dentier, le 
fils et la fille sont dans le cas d’en avoir 
un, et l’on ne prend pas garde aux dents 


— 84 — 


du petit-fils, jeune collégien de treize à 
quatorze ans, qui a déjà les gencives 
rouges et gonflées par places. Telle est 
Tincurie humaine, regrettable quand il 
s’agit d’individus ayant l’âge de raison, 
mais véritablement blâmable à l’égard 
des enfants, qui sont ignorants de ce qui 
les attend et incapables d’y pourvoir par 
eux-mêmes. 

Non-seulement on ne fait rien pour 
prévenir la maladie, mais encore on 
attend souvent, si ce n’est le plus sou¬ 
vent, qu’elle soit très-avancée pour con¬ 
sulter . Et 1 on s’étonne de ne pas guérir • 
et 1 on accuse les moyens les plus éprou¬ 
vés, si même on ne met pas en doute la 
sincérité de ceux qui les ont découverts 
et expérimentés mille fois. Que peut-on 
attendre et exiger cependant d’un moyen 
quelconque lorsque le désordre est porté 
à son comble, quand les dents sont dé- 



— 85 — 


chaussées profondément, quand les 
gencives sont ulcérées jusqu’à l’extrémité 
de la racine dentaire, quand la mem¬ 
brane alvéolo - dentaire est ramollie, 
quand le pus flue de tous les alvéoles, 
quand l’état fongueux est arrivé à son 
dernier degré, quand les dents sont 
vacillantes au point qu’il suf&t du 
simple souffle de la parole pour les 
mettre en branle, en un mot, quand la 
désorganisation est complète? Que peut 
le meilleur médecin, le plus savant et 
le plus ardent à guérir, dans la phthisie 
pulmonaire, lorsque les poumons sont 
creusés de grandes cavités suppurantes 
ou cavernes? Il ne peut que soulager et 
prolonger la vie dans certaines limites. 
De même, dans le cas que je viens de 
supposer, et que je n’ai rencontré que 
trop souvent, la seule chance du dentiste 
est d’arrêter le mal, de déterger les 



parties, d'apaiser rinflammation, de raf¬ 
fermir quelques points de gencive, de 
consolider quelques dents, en imposant 
le sacrifice de celles qui ne peuvent, 
dans l’état où elles se trouvent, qu’entre- 
tenic le mal en réagissant sur toute la 
bouche.] 

C’est dans ces cas déplorables qne le 
praticien prudent représentera au sujet 
toute l’étendue des désordres, et l’en 
fera Juge, pour ne pas s’exposer à des 
mécomptes et à des reproches qui n’in¬ 
combent qu’au malade lui-même. 



— 87 — 


ARTICLE DEOXIÈME 

De l’Ébranlement. 

Les dents peuvent être ébranlées par 
suite d’une violence extérieure, chute, 
coup, et, généralement, cette sorte d’é¬ 
branlement guérit beaucoup plus faci¬ 
lement que celui qui est la suite d’une 
maladie des gencives. 

J’ai vu plusieurs exemples d’ébranle¬ 
ment traumatique, c’est-à-dire par vio¬ 
lence extérieure, notamment chez un 
jeune homme d’une vingtaine d’années, 
qui, en jouant avec ses camarades, avait 
reçu un coup de tète sur les dents. Un 
fort craquement s’était fait sentir, et 1 une 
des incisives avait été ébranlée. Après 
s’en être assuré avec précaution, on la 



laissa en repos; le jeune homme évita 
pendant quelque temps de s’en servir en 
mâchantles aliments^ et^ insensiblement, 
elle se raffermit. Peut-être y avait-il eu 
en même temps fracture de la racine. 
Aujourd’hui, plusieurs années après 
l’accident, il n’y a aucune différence 
pour la solidité et pour l’usage, entre 
cette dent et les autres, qui sont parfai¬ 
tement saines et même remarquable¬ 
ment belles. 

On comprend d’autant mieux qu’une 
dent ébranlée par accident, sans maladie 
préalable de la gencive, soit susceptible 
de reprendre sa solidité, que des dents 
arrachées et remises en place aussitôt 
ont pu contracter adhérence et servir, 
au bout de quelque temps, comme si 
elles n’avaient éprouvé aucune vio¬ 
lence. 

C’est un cas particulier de ce que l’on 



— 89 — 


appelle, en chirurgie, la greffe animale. 

De la même manière des parties molles 
complètement détachées par morsure on 
autrement, le bout du nez, une portion 
de la pulpe du doigt, réappliquées sans 
délai, après avoir été nettoyées, et ensuite 
'convenablement maintenues par les 
moyens appropriés, ont pu contracter 
adhérence et rétablir la forme naturelle 
des organes.L’ill ustre professeur V elpeau 
a rassemblé un grand nombre de cas de 
ce genre qu’on lit avec le plus grand in¬ 
térêt. 

Les ouvrages des dentistes, nos devan¬ 
ciers, fourmillent d’exemples de dents 
empruntées à des tiers et substituées 
avec succès à des dents gâtées dont on 
venait de pratiquer l’extraction. Il y avait 
même une cruelle industrie fondée sur 
cet usage, et les dents d’emprunt étaient 
appelées dents de Savoyard. Si chose 



— 90 — 


pareille pouvait avoir lieu, et certes 
c’est un grand sujet d’étonnement, à plus 
forte raison comprendra-t-on qu’une 
dent simplement ébranlée par cause 
externe puisse reprendre adhérence. 

L’ébranlement par suite de maladie 
des gencives est extrêmement commun. 
Les incisives inférieures y sont surtout 
disposées,et chez beaucoup de personnes, 
même dans la jeunesse, ces dents sont 
ébranlées sans qn’on s’en doute. Que de 
fois il m’est arrivé de causer un pénible 
étonnement à des consultants, en leur 
apprenant, comme c’était mon devoir, 
pour les mettre en garde contre les 
progrès du mal, que les dents dont il 
s’agit n’avaient plus chez eux toute leur 
solidité! 

Une circonstance qui m’a paru pré¬ 
disposer à 1 ébranlement, c’est le chevau¬ 
chement des dents. liaison de plus pour 



veiller avec le plus grand soin à la bonne 
disposition delà denture chez les jeunes 
sujets, et pour la rectifier, soit en ex¬ 
trayant des dents quand la mâchoire est 
trop petite, soit au moyen des appareils 
convenables. 

line autre circonstance qui peut agir 
commue cause d’ébranlement, c’est l’iso¬ 
lement d’une dent et le défaut d’appui, 
quand on est forcé d’extraire la dent 
voisine. On est souvent bien embarrassé 
à ce sujet, car, si l’on respecte la dent 
ébranlée, la maladie qui a déterminé 
son ébranlement peut se communi¬ 
quer à la gencive de la dent voisine qui 
en sera ébranlée à son tour; et, d’un 
autre côté, si Ton extrait la dent primiti¬ 
vement attaquée, on peut craindre que 
la dent saine, faute d’appui, ne s’ébranle 
à son tour. Il faut se décider pourtant en 
raison du danger le plus probable, qui 



— 92 — 


est la propagation de la maladie d’une 
gencive à l’autre, d’autant plus que l’on 
a le secours d’une dent artificielle pour 
soutenir celle qui reste. Malheureuse¬ 
ment, car souvent tout est difficulté, ce 
moyen de soutenir une dent peut être 
aussi un moyen de l’ébranler. 

L’ébranlement présente des degrés à 
l’infini, depuis celui qui ne peut être 
reconnu que par un toucher exercé et 
surtout par un moyen nouveau que 
je ferai connaître dans un instant, 
Jusqu à celui qui est tellement avancé 
que la dent flotte, pour ainsi dire, au 
moindre mouvement de la langue, et, 
comme je le disais tout à l’heure, au 
souffle de la parole. On est étonné sou¬ 
vent de voir se maintenir des dents qui 
tiennent à peine par la pointe de la ra¬ 
cine. Dépareilles dents peuvent tomber, 
non-seulement au plus faible choc en 



— 93 — 


mangeant, mais encore d’elles-mêmes, 
par leur propre poids, ou par l’effet 
d’un mouvement involontaire, pendant 
le sommeil, ce qui pourrait être l’occa¬ 
sion d’un grave danger, si l’on en croit 
des cas qui ont été publiés par les jour¬ 
naux de médecine et dans lesquels des 
individus ont été asphyxiés par la chute 
d’une dent artificielle ou autre dans les 
voies aériennes. 

On comprend cependant que des per¬ 
sonnes qui ont les dents à ce point 
ébranlées, tiennent encore à les conser¬ 
ver, quand il s’agit des dents de devant, 
ou quand ces dents servent d’appui 
précaire à une pièce artificielle, ce qui 
est une condition déplorable. On plaint 
souvent des gens qui sont bien moins à 
plaindre que ceux qui se trouvent dans 
ce cas. 

L’ébranlement, pour peu qu’il soit 



prononcé^ est facile à reconnaître parle 
sujet lui-même au moyen de la langue 
ou des doigts, et le sujet n’est que trop 
disposé à s’en assurer à chaque instant, 
surtout avec la langue, ce qui ne fait 
qu’augmenter l’ébranlement. 

Un moyen de diagnostic proposé par 
M. Marchai de Galvi consiste à percuter 
légèrement\(i. dent ou les dents suspectes 
avec un corps métallique de peu d’épais¬ 
seur, comme le stylet des chirurgiens, 
ou avec l’ongle; s’il y a ébranlement, 
la dent percutée rend un son sourd très- 
différent de celui que rendent les dents 
restées solides. 

L ébranlement coïncide souvent avec 
le déplacement ou la déviation dont il a 
été question dans un autre article ; et 
quelquefois la dent se consolide, tandis 
que la déviation persiste. 

La possibilité de la consolidation des 



— 95 — 


dents ébranlées dépend du degré de l’é¬ 
branlement et de l’espèce de maladie de 
gencive qui lui a donné lieu. 

L’ébranlement avec ou par décolle¬ 
ment est le plus difficile à traiter et 
exige un plus long usage de l’élixir so¬ 
lidifiant. Il est plus facile d’arrêter, de 
cicatriser l’ulcération, et d’obtenir en 
même temps le resserrement, le raffer¬ 
missement de la gencive. 

Quant au degré de l’ébranlement, il 
est évident qu’arrivé à un certain point, 
comme quand la dent flotte, pour ainsi 
dire, au moindre souffle, l’ébranlement 
est irrémédiable, et tout ce qu’on peut 
espérer de l’élixir, c’est qu’il empêche 
pour un temps la dent de tomber et l’al¬ 
tération de se propager, ce qui, du reste, 
on le comprend bien, n’est pas sans 
importance. Au-dessous de ce degré 
extrême, il y a encore des ébranlements 



— 96 — 


tellement avancés qu’il n’est pas possible 
d’espérer mieux; seulement, on est as¬ 
suré de conserver les dents plus long¬ 
temps, et l’on parvient quelquefois à leur 
réndre leur usage dans la mastication. Il 
m’est arrivé plus d’une fois, et encore ré¬ 
cemment chez une femme âgée, qui avait 
perdu une dent par maladie des gencives 
et dont la dent voisine (la seconde petite 
molaire) était assez notablement ébran¬ 
lée et ne pouvait souffrir la pression de 
la dent* correspondante dans l’action de 
mâcher les aliments même de faible 
consistance, il m’est souvent arrivé, dis- 
je, d’être étonné moi-même du résultat 
que j avais obtenu. La dame dont je 
viens de parler se sert de sa dent depuis 
plusieurs mois, sans douleur, et en toute 
sécurité, sans même y songer, quoique, 
chose plus étonnante encore, la dent ait 
eontinué à branler, seulement un peu 



plus solide qu’avant l’usage de l’élixir, 
mais très-peu plus. Au surplus, il est 
déjà fort heureux que l’ébranlement ait 
été arrêté et que l’usage dans la masti¬ 
cation ait été rétabli, ce dont la dame 
en question ne cesse de se féliciter. 

Un homme de quarante-cinq ans, fort 
instruit, même en médecine, quoiqu’il 
n’ait pas le diplôme et n’exerce pas^ 
avait, dans le cours de plusieurs années 
perdu sept molaires, notamment toutes 
les grosses, sauf une, la dernière du 
côté gauche, à la mâchoire supérieure; 
il a encore toutes celles de la mâchoire 
inférieure, dont une seule, la dernière 
à droite, est légèrement ébranlée, avec 
saignement facile de la gencive lorsqu’il 
se sert du cure-dents. 11 était donc déjà 
fort éprouvé, ayant perdu, comme il 
dit plaisamment, les dents des huîtres, 
des champignons et des truffes, ces co- 



— 98 -- 


mestibles ayant, en effet, besoin d’être 
broyés pour donner toute leur saveur 
et être facilement digérés. Malheureuse¬ 
ment, il n’était pas, comme on dit, au 
bout de ses peines, et voilà que la grandè 
incisive inférieure droite s’ébranle à son 
tour et se dévie légèrement, assez sensi¬ 
blement toutefois, en se portant en haut 
et un peu en dehors par le bord externe. 
Grand désespoir, d’autant plus que jus¬ 
qu’alors, malgré la perte de tant de 
molaires, la bouche, à raison de sa 
petitesse et de la régularité des dents 
restantes, incisives, canines et premières 
molaires, était demeurée fort belle. L’u¬ 
sage de l’élixir longtemps continué, ou 
même non interrompu jusqu’à ce jour, 
a fait miracle, sans préjudice, toutefois, 
de quelques petites saignées locales que 
j ai appris au sujet, très-adroit et très- 
soigneux, à pratiquer lui-même. De 



— 99 — 


temps à autre encore^ sous l’influence 
des temps humides et froids^, particuliè¬ 
rement lorsque ce client s’expose au re¬ 
froidissement de la tête ou lorsque^ par 
extraordinaire, il oublie de mettre du 
coton dans ses oreilles, la gencive se 
gonfle et la dent s’ébranle très-légère¬ 
ment ; mais tout aussitôt la petite saignée 
locale et l’usage plus souvent réitéré de 
l’éiixir, soit étendu et en bains de 
bouche, soit appliqué pur sur la gencive 
engorgée, en amènent aussitôt la conso¬ 
lidation : de sorte qu’aujourd’hui, après 
diverses épreuves du même genre tou¬ 
jours heureusement terminées, mon in¬ 
téressant client est complètement ras¬ 
suré, certain, dit-il, d’avoir passé la pé¬ 
riode des saerifices. 

Je viens de parler des petites sai¬ 
gnées locales; elles sont souvent néces¬ 
saires. L’emploi de l’instrument tran- 



— 100 — 


chant est de beaucoup préférable à la 
saignée par le moyen des sangsues, dont 
l’application est longue, fastidieuse, 
répugnante et ne se fait pas toujours 
dans le point voulu; il y a longtemps 
que j’y ai renoncé. 

L’instrument le plus convenable pour 
pratiquer les petites saignées dont il s’a¬ 
git est un bistouri à lame étroite; mais 
on peut se servir d’un canif à petite lame 
bien aiguisée. 11 faut éviter de contondre 
la gencive, si peu que ce soit, en l’in cisant. 

L’opération peut être faite par le sujet 
lui-même, comme on vient de le voir; 
-mais d’abord il faut prendre l’avis d’un 
homme de l’art, et y revenir au besoin. 

Il no faut pas craindre d’aller un peu 
loin dans les incisions ou scarifications, 
qui sont un moyen de ranimer la vitalité 
de la gencive en même temps qu’un 
dégorgement. 

- % 


Quelques personnes croient que l’on 
peut se contenter du saignement qui 
s’opère par l’action de la brosse à dents; 
c’est une erreur. Les incisions ou scari¬ 
fications sont nécessaires^ au moins dans 
la plupart des cas. 

Il est indispensable de veiller à l’ex¬ 
trême propreté des dents ébranlées ou 
menacées d’ébranlement ; on ne doit pas 
y souffrir la présence de la plus petite 
proportion de tartre, et à'cet effet, tou¬ 
tes les semaines, tous les quinze jours, 
plus ou moins, on doit les nettoyer avec 
un instrument approprié, ou les faire 
nettoyer, mais cela avec la plus grande 
précaution, c’est-à-dire en les soutenant 
avec un doigt, tandis qu’on y porte 
l’instrument. On peut Affirmer que le 
nettoyage de la bouche tel qu’on le pra¬ 
tique généralement, sans ménagement 
ou même avec brutalité, est un danger 



— 102 — 


pour les dents, surtout dès qu’il existe 
le plus faible degré d’ébranlement. 

Lorsque l’ébranlement est absolu¬ 
ment irrémédiable, ou peut se voir 
forcé de procéder à l’extraction de la 
dent ou des dents qui en sont atteintes, 
attendu que, comme j’ai eu plusieurs 
fois l’occasion de le dire , les dents 
malades ou plutôt les gencives affectées 
à l’entour des dents vacillantes, réagis¬ 
sent sur le reste de la bouche, y entre¬ 
tiennent rinflammation et empêchent 
l’action de l’élixir sur les parties qui 
pourraient guérir. C’est ainsi que fon 
peut être amené à la nécessité indis¬ 
pensable de conseiller le sacrifice de 
plusieurs dents pour pouvoir conserver 
les autres. 



— 103 — 


; ARTICLE TROISIÈME 

De l’Allongement des dents. 

Ce phénomène, qui est très-commun^ 
et dont la signification n’a pas été com¬ 
prise^ est produit par Finflammation du 
tissu intermédiaire à la racine dentaire 
et à l’alvéole. Ce tissu, appelé périoste, 
(membrane fibreuse qui recouvre les os 
et qui a la propriété de les nourrir et 
même de les reproduire), et qui est le 
moyen d’union de la racine et dc- l’al¬ 
véole, car on pense bien que les dents ne 
sont pas implantées dans les os maxillai¬ 
res comme un clou est implanté dans un 
mur; ce tissu, dis-je, ne peut pas s’en¬ 
flammer sans s’épaissir. Or, en s’épais¬ 
sissant, il rétrécit nécessairement la pe- 



— 104 — 


tite cavité réservée à la racine^ et par 
conséquent celle-ci, ayant moins de 
place, tend à sortir de son alvéole, et 
alors il semble que la dent s’allonge. 
Je dis qu’il semble qu’elle s’allonge, 
attendu qu’en réalité elle n’est pas 
allongée, et qu’elle est seulement ou 
descendue ou remontée suivant qu’elle 
appartient à la mâchoire supérieure ou 
à l’inférieure, et dépasse les autres. Il 
suffit d’un très-petit allongement de la 
dent (je continue à me servir de cette 
expression, qui est consacrée et qu’il 
suffit d’avoir expliquée), pour que la 
mastication soit rendue très-difficile, 
surtout s’il y a douleur, ce qui est l’or¬ 
dinaire. On comprend, en effet, que, la 
dent étant allongée, la pression par suite 
du rapprochement des mâchoires est 
plus forte sur elle que sur les autres. 
En outre, la dent allongée empêche que 



— 105 — 


les autres dents se rapprochent et divi¬ 
sent ou triturent les aliments. Parfois 
quand les mâchoires se rapprochent 
brusquement, il y a chevauchement de 
la dent allongée, avec production d’un 
bruit sourd; les dents, comme disent les 
malades, passent l’une sur l’autre. Un 
de mes clients affecté de ce genre de lé¬ 
sion, me disait ; Je mange ma dent. En 
somme, l’allongement des dents est un 
accident très-incommode, outre que, 
malheureusement, il fait souvent pré¬ 
sager la chute de la dent ou des dents 
allongées, plus ou moins tôt, plus ou 
moins tard. 

Il n’a été question jusqu’ici que de 
l’inflammation et de l’épaississement du 
périoste, comme cause de l’allongement 
des dents. Une autre cause de cet allon¬ 
gement consiste dans l’inflammation de 
la pulpe qui se trouve à l’extrémité ou 



— 106 — 


P ointe de la racine^ et qui est formée par 
les vaisseaux et nerfs de la dent, reliés 
par un peu de tissu cellulaire. Lorsque 
cette inflammation existe, la dent au lieu 
d’être chassée par le périoste enflammé 
et épaissi, la pressant de toutes parts, 
est poussée directement du fond de 
l’alvéole dans le sens de son bord libre. 
Mais il est rare, et on le conçoit facile¬ 
ment, que cette inflammation de la 
pulpe dentaire existe isolément et le 
plus souvent elle coïncide avec rin-> 
flammation du périoste alvéolo-den¬ 
taire, de sorte que la dent se trouve 
à la fois chassée par pression sur le 
pourtour de la racine et poussée par le 
sommet. 

Le cas le plus rare est celui où l’in¬ 
flammation se modère et où la dent re¬ 
prend à peu près son niveau. Le plus 
souvent l’allongement persiste, et alors 



— 107 — 


l’homme de i’art est obligé de prendre 
un parti. La dent allongée est-elle en 
même temps très-ébranlée^ Findividn 
qui la porte demande lui-même à en 
être débarrassé. Si, au contraire, elle 
offre encore assez de solidité, on ne 
peut ni on ne doit songer à l’extraction, 
et il en faut venir à la lime : c’est alors 
une nécessité absolue, et il n’y a pas à 
reculer; mais c’est une nécessité f⬠
cheuse, parce qu’il est difficile que l’o¬ 
pération n’ajoute pas, au moins momen¬ 
tanément, à l’ébranlement de la dent. 
Toutefois, des dents limées se sont main¬ 
tenues pendant des années et même in¬ 
définiment. 

Si quelque chose'peut faire rétrogra¬ 
der l’inflammation, avant ou après 
l’opération par la lime, c’est l’usage de 
l’élixir solidifiant et de la poudre soli¬ 
difiante : j’en parle d’après plusieurs 



— 108 — 


observations qui ne m’ont laissé aucun 
doute sur leur efficacité dans ce cas par 
ticulier. 



— i09 — 


ARTICLE QUATRIÈME 

De la Déviation des dents. 

Cest à peine si la déviation des dents^, 
par suite de maladie des gencives^, a été 
signalée par les dentistes. 

Il arrive, par exemple, qu’une dent 
se tourne de manière à présenter en 
ayant un de ses côtés. C’est ce que je 
vois sur un homme qui a eu la première 
incisive inférieure droite ébranlée et 
très-légèrement allongée; elle se pré¬ 
sente en avant par son bord latéral 
droit, tandis que précédemment elle 
était très-régulièrement disposée; elle 
s’est d’ailleurs consolidée sous l’in - 
fluence des légères scarifications et de 
l’usage de l’élixir solidifiant. Chez un 



autre individu, jeune homme de vingt- 
deux ans, fils d’un diabétique mort à 
soixante-dix ans privé de toutes ses dents 
par le ramollissement fongueux des gen¬ 
cives propre au diabète, les incisives 
inférieures se sont éloignées par le haut 
de manière à circonscrire une sorte de 
V. 11 tâche de les maintenir rapprochées 
au moyen d’un fil; mais il est à croire 
que, faute d’un traitement persévérant, 
elles ne tarderont pas à tomber. Quel¬ 
quefois c’est une molaire qui s’éloigne 
en totalité de la dent voisine, de 
manière à laisser entre elles un sillon 
large et profond où le sujet peut 
faire passer le bout de la langue, et qui 
permet de porter les médicaments ou 
i instrument sur la gencive inter-den¬ 
taire. L exemple le plus curieux de dé¬ 
viation dentaire par suite de maladie 
des gencives est celui d’un homme du 



— 111 — 


monde, très-soigneux de sa bouche, âgé 
de quarante-huit ans, et dont la mère 
et deux sœurs sur trois ont perdu les 
grosses molaires vers l’âge de quarante 
ans par l’effet d’une affection gingivale. 
Lui-même perdit deux grosses molaires 
de chaque côté à la mâchoire supé¬ 
rieure; et, de plus, les deux secondes 
petites molaires de cette même m⬠
choire, ébranlées et douloureuses, se 
dévièrent, de manière à se porter forte¬ 
ment en avant, comme des défenses, et 
à présenter dans ce sens leur surface 
mamelonné et triturante, qui soulève 
visiblement la lèvre dans les points cor¬ 
respondants et change assez apprécia- 
blement le caractère de la bouche. Par 
cette déviation les dents précitées échap¬ 
pent à la pression des dents correspon¬ 
dantes de la mâchoire inférieure, et la 
douleur qui résulterait de cette pression 



— 112 — 


est ainsi évitée. Il semblerait qu’il y ait 
dans la dent une sorte d’instinct salu¬ 
taire qui la fait se dévier du côté où il 
n’y a pas de pression et de douleur à 
craindre. 

La personne dont je viens de parler 
et qui d’abord ne connaissait pas l’élixir 
solidifiant^ s’en est servie avec per-sévé- 
rance, et il en est résulté que les deux 
dents déviées se sont du moins consoli¬ 
dées; et, en définitive, bien que déviées 
et ne poiivant guère aider à la mastica¬ 
tion, ces deux dents servent du moins 
à maintenir les aliments en dedans des 
arcades dentaires; et, en outre, par cela 
même qu elles sont portées en avant, 
elles dissimulent le vide que les grosses 
molaires ont laissé, de sorte qu’il y a 
une sorte de compensation au défaut de 
conformation qui résulte du déplace¬ 
ment dentaire. 



CHAPITRE IV 


DES APHTHES 



CHAPITRE IV 


DES APHTHES 


Le mot aphthe vient du ^VQcaphthai, 
de aphteirij brûler. Il désigne une pe¬ 
tite affection bien connue des gens du 
monde comme des médecins, parce 
qu’elle est très-commune. Elle consiste 
en une petite ulcération à fond blanc, 
assez douloureuse pour gêner la masti¬ 
cation et même jusqu’à un certain point 
l’articulation des mots, quand elle est 
située aux lèvres. 

La partie blanche et tenace de 1 aphthe 
n’est autre chose qu’une petite portion 



— 116 — 


de membrane muqueuse formant es¬ 
chare. 

Il existe une forme de l’angine, dans 
laquelle les amygdales sont criblées 
d’aplithes, et quelquefois les malades ou 
leurs proches en sont effrayés, à cause 
de la couleur blanche des ulcérations, 
qui donne l’idée de la terrible angine 
couenneuse. 

Il existe aussi une fièvre aphtheuse, 
dont j’ai vu un exemple dans ma propre 
famille, qui m’avait effrayé en me fai¬ 
sant croire à une fièvre typhoïde. Je fus 
heureusement dissuadé; néanmoins la 
maladie dura assez longtemps, avec des 
symptômes qui ne laissaient pas d’être 
fort alarmants. 

Il ne saurait être question ici de ces 
maladies aphtheuses, dans lesquelles les 
petites ulcérations en question sont, 
comme on dit en médecine, confluentes. 



— 117 — 


Je veux parier seulement de Taphthe 
discret. Son siège le plus fréquent est la 
rainure dans laquelle la membrane mu¬ 
queuse des gencives se continue avec 
celle des lèvres, ou, plus simplement, 
à la jonction des lèvres et des gencives. 

Certaines personnes y sont extrême¬ 
ment sujettes, et Ton peut supposer que 
l’état de l’estomac n’y est pas étranger. 
Quelquefois ou les voit se produire après 
l’usage de la cbair faisandée ou de 
poisson qui n’était pas frais. L’abus de 
la charcuterie ou peut-être sa mauvaise 
qualité (chose si commune), influent 
aussi sur la production de cette petite 
ulcération. 

J’ai rarement vu l’aphthe sur la gen¬ 
cive même, et si je me suis arrêté à en 
dire quelques mots, c’est à cause d un 
fait, unique à la vérité, dans lequel 
l’usage de l’élixir solidifiant, en bains de 



— 118 — 


bouche, selon la méthode que je préco¬ 
nise, a paru faire cesser une disposition 
très-marquée à la production de cette 
affection; du moins la personne qui 
m’a donné l’occasion de faire cette ob¬ 
servation, et qui se sert de l’élixir soli¬ 
difiant pour un léger déchaussement 
des incisives inférieures, a remarqué 
elle-même qu’elle n’a plus d’aphthes, 
tandis que, précédemment, elle en avait 
très-souvent. On comprendra facilement, 
au surplus, pour peu qu’un ait usé de 
ce moyen, qu’il puisse changer favora¬ 
blement l’état de la membrane muqueuse 
buccale, la raffermir et la rendre, moins 
susceptible à l’action des causes mor¬ 
bides, internes ou externes. 



CHAPITRE V 


DU SCORBUT 



CHAPITRE V 


Dü SCORBUT 


Le scorbut est une maladie générale 
da sang produite par la privation de lé¬ 
gumes frais et de fruits^ par Tusage des 
salaisons, et par l’humidité froide ou 
chaude. L’affection des gencives, dans le 
scorbut, n’est qu’un effet de la maladie 
générale, mais cet offet est désastreux 
en ce qu’il peut amener des désordres 
irréparables et à proprement parler le 
démantellement de k bouche. 

Les gencives se gonflent, se ramol¬ 
lissent, deviennent comme fongueuses. 



— 122 — 


saignent au moindre attouchement ou 
même sans provocation, fournissent un 
suintement d’une fétidité repoussante, 
s’ulcèrent et se détruisent; les dents s’é¬ 
branlent et tombent l’une après l’autre. 

L’inflammation fongueuse des gen¬ 
cives avec ébranlement et chute des dents, 
telle que nous l’observons dans notre 
climat, n’est pas sans rapport avec le 
scorbut, toute proportion gardée, bien 
entendu. 

Je tiens pour certain que l’usage de 
l’élixir solidifiant préviendrait le scorbut 
des gens de mer, ou, tout au moins, en 
diminuerait beaucoup les effets, même 
au milieu des circonstances fâcheuses 
d’alimentation et d’intempéries qui peu¬ 
vent le plus favoriser son développe¬ 
ment. J’en parle, non pas au hasard, 
mais d’après des officiers de marine qui 
1 ont expérimenté et qui ne manquent 



— 123 — 


jamais de s’en munir dans leurs longues 
traversées. 

Je n’ai impersonnellement le scorbut 
proprement dit qu’une seule foTs. C’était 
chez un jeune officier qui avait fait cam¬ 
pagne dans le Sénégal, où il avait été 
privé pendant plusieurs mois de légu¬ 
mes frais, et mouillé plusieurs fois 
par jour par des averses torrentielles, 
sans avoir la possibilité de changer de 
vêtements. Ses habits, son linge séchaient 
sur lui, puis il était mouillé de nouveau, 
et ainsi de suite. Sous cette double et 
pernicieuse influence,il contracta le scor¬ 
but. Il avait des taches livides et des tu¬ 
meurs sur diverses parties du corps. On 
le fit rentrer en France et il vint à Paris, 
où il consulta les sommités de la science. 
On lui fit prendre de bons aliments, du 
vin généreux, du quinquina, du fer, du 
cresson à tous les repas, des bains de Ba- 



— 124 — 


l’éges, et sa santé se remit assez rapide¬ 
ment et complètement. Il recouvra les 
forces de son âge, qui avaient singuliè¬ 
rement ITéchi, au point qu’un trajet d’un 
demi-kilomètre l’exténuait. Mais la 
bouche, qui avait fortement ressenti les 
effets du scorbut, ne se remettait pas en 
proportion du reste. Loin de là, les gen¬ 
cives étaient toujours gonflées, surfont 
entre les dents, ulcérées par places, 
molles, saignantes, plusieurs dents 
étaient ébranlées; et ce qui désolait sur¬ 
tout le malade, c’était de s’apercevoir 
que, malgré tout ce qu’il pouvait faire, 
son haleine conservait de la fétidité! 
Très-bien né et très-bien élevé, homme 
du meilleur monde, et ayant de très- 
belles relations, il ne ponvait snpporter 
lidee d’avoir une infirmifé répugnante 
eUi difficile à dissimuler. Dans l’espace 
d’un mois, grâce à l’élixir solidifiant. 



— 125 — 


employé avec l’assiduité qn’on pouvait 
attendre d’un homme possédé d’im si 
ardent désir de guérison, les gencives 
s’amendèrent au point de se trouver 
dans l’état normal, sauf de légères pertes 
de substance autour d’une ou deux dents. 

Il fallut, en outre, faire le sacrifice d’une 
grosse molaire, trop déchaussée et trop 
ébranlée pour que l’on pût espérer de 
la voir se consolider, et qui, par l’irri¬ 
tation dont elle était entourée, réagissait 
sur le reste de la bouche. Je ne dis pas 
que la continuation du traitement gé¬ 
néral n’ait puissamment contribué à la. 
guérison, mais ce qui est bien positif 
c’est que Jusque-là il avait eu très-peu 
d’effet sur la bouche, et que tout au 
moins l’action de l’élixir l’a énergique¬ 
ment secondé. 

Depuis cette époque J’ai considéré 
l’élixir solidifiant comme le meilleur 



— 126 — 


moyen de prévenir le scorbut chez 
les marins et de venir en aide au traite¬ 
ment médical lorsque l’affection s’est 
développée ; et il serait bien à désirer, 
dans l’intérêt de ceux qu’elle peut at¬ 
teindre, que ce fait fût plus générale¬ 
ment connu. 



CHAPITRE VI 


DE LA CARIE DENTAIRE 



CHAPITRE VI 


DE LA. CAEIE DENTAIRE 


Le sujet de ce chapitre est en quelque 
sorte déplacé dans une étude sur les 
maladies des gencives, mais le lecteur 
va voir que j’avais une raison de l’y 
comprendre. 

Je n’avais aucunement l’idée que 1 é- 
lixir solidifiant pût exercer une influence 
curative sur la carie dentaire, contre 
laquelle il me semblait établi que l’ob¬ 
turation par le plomb ou par 1 or fût 
le seul remède efficace. 

Je m’aperçus cependant que, chez cer- 



tains individus qui avaient des caries 
dentaires en même temps qu’une affec¬ 
tion gingivale, et qui faisaient usage de 
Félixir pour cette dernière affection, 
l’altération dentaire cessait de faire des 
progrès : ce qui est le seul mode de 
guérison possible de cette affection, 
puisqu’il n’y a pas à songer à réparer 
la perte de substance occasionnée par 
l’ulcération osseuse. 

Mais il ne suffit pas d’un petit nombre 
de faits pour légitimer une espérance 
comme celle qui venait de naître dans 
mon esprit. 

J’attendis donc patiemment avant de 
conclure sur un point aussi important. 

Un exemple qui me paraît avoir le 
caractère de la certitude acheva de me 
convaincre. 

C’est celui d’une Jeune dame qui avait 
subi 1 aurification d’une petite molaire 



— 131 — 


pour une carie qui ne dépassait pas les 
dimensions d’un grain de mil. Soit que 
l’opération eût été faite prématuré¬ 
ment^ et avant que la carie eut été suf¬ 
fisamment modifiée^ soit pour toute 
autre raison, cette jeune dame, d’ailleurs 
très-nerveuse, pâle comme les per¬ 
sonnes qui n’ont pas le sang assez riche, 
en outre sujette aux névralgies, fut 
prise, aussitôt après l’aurification, de 
douleurs névralgiques horribles qui ne 
lui laissaient pas un moment de repos. 
Il fallut sans retard retirer l’or de la 
dent malade, ce qui ne fut pas une be¬ 
sogne facile et indifférente, il s’en faut. 
Une fluxion survint, l’abcès se forma, 
s’ouvrit naturellement, car la malade, 
excédée, se refusa catégoriquement à 
l’emploi de l’instrument tranchant, et 
la dent cariée commença à se déchausser. 
C’est alors que cette jeune dame me fut 



— 132 — 


adressée et se mit à i’usage de l’éiixir 
solidifiant. Elle-même fit la remarque 
que sa dent perdait sa sensibilité, eu 
même temps que la gencive reprenait 
son niveau ; du reste, le déchaussement 
était peu prononcé, et Félixir avait 
été employé surtout en vue de Favenir. 
De son propre mouvement, mon inté¬ 
ressante cliente eut Fidée de mettre à 
demeure dans la dent, plusieurs fois par 
jour, un peu de coton imbibé d’élixir 
pur : très-peu, car la cavité carieuse 
était fort petite. Le résultat a été, finale¬ 
ment, et pour ne pas multiplier inuti¬ 
lement les détails, que, depuis dix-liuit 
mois, la dent cariée n’a pas été doulou¬ 
reuse un seul instant, et que la carie n’a 
pas augmenté si peu que ce soit, de 
sorte que ion peut croire qu’elle est 
arrêtée, ce qui est Fa vis de la personne 
la plus intéressée. 


— 133 — 


Ainsi, non-senlement l’élixir solidi¬ 
fiant est excellent contre les maladies 
des gencives, mais encore il est efficace 
contre la carie dentaire. 

Je n’entends pas dire, et l’on ne me 
prêtera pas cette prétention excessive, 
que l’on doive renoncer à l’aiirification 
ou au plombage pour l’élixir, qui de¬ 
viendrait ainsi la panacée et le spéci¬ 
fique de la carie: Je m.e borne à établir 
d’après les faits, seules preuves admis¬ 
sibles en médecine dentaire comme en 
médecine générale, que les personnes 
qui, pour une raison ou pour l’autre, 
ne peuvent se soumettre àl’aurification, 
ou qui, s’y étant soumises, ne peuvent 
la supporter, trouveront un moyen 
convenable et inespéré dans l’élixir soli¬ 
difiant, que Je conseille avec assurance 
à tous ceux qui, en vertu de l’hérédile 

nu d’autres causes, ont à craindre la carie 
8 




— 134 — 


dentaire, et notamment anx femmes 
grosses, dont les dents sont sujettes à 
s’altérer, chose beaucoup plus fré¬ 
quente qu’on ne croit et contre laquelle 
on a le plus grand tort de ne pas les pré¬ 
munir. 

En y réfléchissant bien, j’ai fini par 
comprendre et le lecteur comprendra 
comme moi, j’espère, qu’il n’y a rien 
de surprenant, en définitive, à ce que 
les mêmes moyens qui réussissent contre 
les affections des gencives aient de l’ef¬ 
ficacité contre les affections des dents, à 
cause des rapports étroits de contiguïté 
qui unissent les dents et les gencives, 
et de la communauté d’origine des nerfs 
et vaisseaux qui leur portent la nourri¬ 
ture et la sensibilité. 

D’un autre côté, n’est-il pas évident 
qu’une même circonstance générale, le 
froid humide, agit aussi défavorable- 


— 135 — 


ment sur les uns et sur les autres^ et 
dès lors qu’y a-t-il d’étonnant à ce que 
le même agent soit capable de remédier 
à ce que la même cause est capable de 
produire? 



CHAPITRE VII 

DES ACCIDENTS BÉSULTANT DE L'OSAGE DES 
PIÈCES ARTIFICIELLES 


CHAPITRE VII 


DES A.CCIDENTS RÉSULTANT DE L’USÂGE DES DENTS 
ARTIFICIELLES 


L’usage des dentiers et des pièces 
même les plus simples expose les gen¬ 
cives à réchauffement et à l’inflamma¬ 
tion, par suite de la pression. Il se 
produit de petites écorchures, des ulcé¬ 
rations généralement superficielles et 
peu étendues, des aphthes, et la mastica¬ 
tion devient douloureuse, difficile et in¬ 
complète; en outre, l’haleiue contracte 
une mauvaise odeur, inconvénient au¬ 
quel les personnes assujetties à l’usage 
des pièces artificielles ont tant de peine 


— 140 — 


à se soustraire. L’emploi de l’élixir soli¬ 
difiant remédie sûrement à ces accidents 
légers par eux-mêmes, mais très-incom¬ 
modes et très-pénibles; car c’est vérita¬ 
blement une situation déplorable que 
d’avoir perdu ses dents, d’avoir souffert 
horriblement pour les perdre, d’être 
astreint pour manger, c’est-à-dire pour 
vivre, à la nécessité de porter de fausses 
dents, et, pour comble, de ne pouvoir 
les supporter. Les gens ainsi éprouvés 
vont et viennent, font leurs affaires, ont 
l’apparence de la santé, et l’on n’est pas 
disposé à tenir compte de leur mal, 
tandis qu’en réalité iis sont plus à 
plaindre que tel individu gravement ma¬ 
lade, qui donne des inquiétudes, mais 
qui, l’épreuve terminée, n’en conservera 
que le souvenir, grâce auquel il n’appré¬ 
ciera que mieux son bien-être présent. 
Infirmité est souvent pire que maladie. 


— 141 — 


Telle était la condition d’une femme 
de qualité^ qui me fut adressée par son 
médecin, dont je regrette de n’avoir pas 
conservé le nom. Cette dame avait 
perdu une grande partie des dents de la 
mâchoire supérieure par suite du ra¬ 
mollissement fongueux des gencives, 
notam.ment toutes les molaires, grosses 
et petites, du côté droit, de sorte que, de 
ce côté, le dentier n’avait pas d’appui ; 
car depuis longtemps déjà elle portait 
un dentier. En même temps plusieurs 
dents de la mâchoire inférieure, et en 
premier lieu toutes les incisives étaient 
ébranlées plus ou moins par l’effet de 
la même affection. Chose remarquable, 
exceptionnelle, que je note en passant, 
jamais chez cette dame je ne me suis 
aperçu que Thaleine fût altérée. Le den¬ 
tier, comme je l’ai dit, n’ayant pas 
d’appui à droite, vacillait et tombait de 



— 142 — 


ce côté chaque fois qu’elle pariait ou 
riait, et il en résultait une telle gêne, 
une telle appréhension, que cette per¬ 
sonne, pleine de mérite et de savoir, et 
dont la conversation était à la fois bril¬ 
lante et substantielle, avait perdu gra¬ 
duellement l’habitude de causer. Mais, 
en outre, il se produisait constamment, 
sous le dentier, des érosions, des gon¬ 
flements, et même de petits abcès qui 
la mettaient au supplice, parce qu’elle 
était forcée de retirer l’appareil, de ne 
pas recevoir et de ne pas sortir. Les 
choses en étaient là lorsque cette res¬ 
pectable dame me fut adressée. Je me 
bornai à prescrire l’usage de l’élixir soli¬ 
difiant en bains de bouche de la durée 
de cinq minutes, quatre fois par jour, 
le matin, le soir, et après chaque repas. 
A partir du jour où cette hygiène (car 
je n’ai pas la prétention que l’élixir soit 


— 143 — 


autre chose qu’un moyen hygiénique, 
mais le plus rationnel et le plus efficace 
possible), à partir de ce jour, dis-je, les 
accidents ne survinrent plus que de loin 
en loin et seulement lorsque le moyen 
était négligé par oubli. Mais voici, en 
outre, ce qui arriva, et qui n’est pas 
sans intérêt : le dentier, devenu trop 
large, dut être remplacé; or, pourquoi 
le dentier était-il devenu trop large? 
Tout simplement parce que, sous Tin- 
fluence de Télixir, la gencive en totalité 
s’était dégorgée et avait diminué d’épais¬ 
seur en même temps qu’elle s’était raf¬ 
fermie : rien ne prouve mieux l’effica¬ 
cité du moyen employé. 

Je tire de ce fait et d’autres analogues 
cette conséquence, que Ton ne doit 
jamais prendre la mesure d’un dentier 
avant d’avoir modifié les gencives et de 
les avoir réduites au moindre degré pos- 



— 144 


sible de gonflement : je raisonne, bien 
entendu, dans Thypotbèse que les dents 
sont tombées par suite d’une inflam¬ 
mation gingivale. Depuis que je prends 
cette précaution, il est extrêmement 
rare que j’aie besoin de retoucher à 
une pièce que je pose, et ce n’est pas 
un médiocre avantage, tant pour le 
dentiste que pour le client. 



.CHAPITRE YIlî 


pu MAUVAIS GOUT DE LA BOUCHE ET DE LA MAU¬ 
VAISE ODEUR OU FÉTIDITÉ DE L’HALEINE 



GHAPITE YIII 


DU MAUVAIS GOUT DE LA BOUCHE ET DE LA MAUVAISE 
ODEUR OU FÉTIDITÉ DE L’HALEîNE 


Ces deux pheuomènes vont de pair et 
ne font qu’iiii. Le mauvais goût res¬ 
senti par le sujet devient mauvaise 
odeur pour les personnes qui sont à sa 
portée. 

Le mauvais goût existe souvent seul, 
indépendamment de toute mauvaise 
odeur; mais ce n’est pas dans les mala¬ 
dies de la bouche qu’il en est ainsi ; 
c’est, par exemple, dans certains états 
nerveux, où le malade trouve un mau¬ 
vais goût à tout ce qu’il mange, comme 



— 148 — 


une personne de ma connaissance qui 
trouvait tout amer. 

Dans les maladies bilieuses la boucbe 
est amère, en même temps que lalangue 
est jaune; et il est facile de comprendre 
que c’est la bile qui produit l’un et 
l’autre effet. 

Le mauvais goût particulier aux 
affections des gencives a un caractère 
spécial, mais difficile à définir; tout ce 
qu’on peut dire, c’est qu’il donne au 
sujet l’idée de la corruption. 

Ce mauvais goût existe au plus haut 
degré dans le sang des gencives engor¬ 
gées, qu on le fasse sortir par succion ou 
par le moyen d’un instrument tran¬ 
chant; en même temps le sang est or¬ 
dinairement plus foncé que dans l’état 
normal; quelquefois, je l’ai trouvé 
presque noir. 

ü suit de là que l’on peut, en ce cas. 


— 149 — 


attribuer le mauvais goût (et la mau¬ 
vaise odeur)' à une altération du sang 
déposé dans les gencives par l’irrita¬ 
tion ; et cette altération est due selon 
toute apparence à Faction de l’air. 

J’ai vu des personnes se plaindre ex¬ 
trêmement de ce symptôme (le mauvais 
goût). C’est une véritable obsession pour 
une dame d’une quarantaine d’années 
que je traite en ce moment^ et qui, 
dans les soins qu’elle est venue chercher 
auprès de moi, a pour principal mobile 
de s’en débarrasser, ce qui ne tardera 
pas, grâce à l’usage suffisamment réitéré 
de l’élixir solidifiant et aux scarifica¬ 
tions. 

La mauvaise odeur de Fhaleine est 
aussi difficile à définir que le mauvais 
goût. 

C’est une odeur de corruption, de 
pourriture, parfois comme de gan- 



— 150 — 


grène. Eüe est sui generis, c’est-à-dire 
particulière, et se rapproche de celle de 
la viande gâtée, sans être tout à fait la 
même. 

Elle a des degrés, tantôt légère, soit 
que l’affection qui lui donne lieu ait 
elle-même une faible intensité, soit que 
le sujet prenne des soins extrêmes pour 
la pallier; tantôt insupportable, ren¬ 
versante. Je lui ai reconnu parfois 
comme une sorte d’acidité. 

On croit communément que la mau¬ 
vaise odeur de l’haleine vient souvent 
de l’estomac. J’ai consulté, à ce sujet, 
plusieurs médecins éclairés et expéri¬ 
mentés, qui m’ont assuré que cette opi¬ 
nion n’était pas fondée. 

Sans avoir la prétention d’être compé¬ 
tent en pareille matière, je dois dire 
cependant que j’ai connu et que je con¬ 
nais intimement nombre de personnes 


souffrant beaucoup de l’estomac, ayant 
constamment de mauvaises digestions, 
et n’ayant aucune espèce de mauvaise 
odeur de i’haleine. 

On m’a raconté que le célèbre docteur 
Marjolin, quand il soupçonnait un can¬ 
cer de l’estomac, avait l’habitude de 
flairer la bouche du malade, au point 
d’y introduire le nez, et qu’il avait cru 
reconnaître que, dans le cancer stoma¬ 
cal, l’haleine était acide. Mais évidem¬ 
ment, pour que l’on soit obligé de pro¬ 
céder de la sorte, il faut que l’odeur soit 
bien peu caractérisée, et ce cas ne ren¬ 
trerait pas dans la fétidité de l’haleine 
proprement dite. = 

En définitive, l’opinion qui attribue à 
l’estomac une grande part dans la pro¬ 
duction du phénomène dont il s’agit me 
paraît très-exagérée. 

Ce qui est vrai, c’est que chez les per- 



— 152 — 


sonnes qui ont des affections des genci¬ 
ves, et, par suite, une mauvaise haleine 
le fâcheux état de l’estomac, occasionné 
par la surabondance de l’alimentation, 
augmente la congestion et l’irritation 
habituelle des gencives, et, natureîie- 
inent le symptôme infiniment désagréa¬ 
ble qui en est la conséquence. 

11 existe une fétidité de l’haîeine qui 
vient des poumons. 

Les médecins décrivent une affection 
grave, mais non constamment mortelle, 
oans laquelle l’air contracte, dans ces 
organes, une fétidité'horrible : c’est la 
gangrène pulmonaire, dont il ne doit 
pas être question ici avec détail ; je n’en 
parle que pour montrer que la féditité 
de 1 haleine peut provenir de diverses 
sources. L’angine gangréneuse, la gan¬ 
grène de la bouche ne vont pas non 
plus sans la fétidité du souffle. 



— 153 — 


Un des médecins que j’ai consultés 
sur ce sujet, regarde la fétidité, tant de 
l’haleine et du nez que de la sueur, 
comme étant souvent le produit d’une 
exhalation particulière et comme un 
symptôme constitutionnel, analogue, 
par exemple, aux symptômes de la scro¬ 
fule. 

Il a vu une famille dans laquelle tous 
les enfants, au nombre de six, étaient 
affectés ; trois garçons et une fille sont 
morts de la poitrine ; deux filles survi¬ 
vent : Tune est atteinte de punaisie 
(puanteur du nez), et l’autre de sueur 
fétide des pieds. Ce sont là des faits 
d’une importance capitale pour la mé¬ 
decine, mais qui ne doivent pas nous 
arrêter plus longtemps. 

Revenons à la fétidité de l’haleine par 
suite de maladie de l’appareil dentaire, 
lequel comprend les gencives et les dents. 

9 . 



— 154 — 


Les dents gâtées donnent peu d’odeur. 
Que de personnes qui les ont cariées, 
détruites en partie, noires, évidées 
rongées, et dont l’haleine est irrépro* 
-diable! On cite la duchesse de Bour¬ 
gogne comme ayant été dans ce cas, et 
chacun connaît des exemples pareils. 

Gela pourra sembler paradoxal, et 
pourtant j’ose affirmer que les dents, 
par elles-mêmes, à quelque degré d’al¬ 
tération qu'on les suppose, sont rare¬ 
ment, très-rarement, cause de fétidité. 

Il n’en est pas de même si les gencives 
sont malades, coïncidemment ou plutôt 
consécutivement. 

La grande cause de la fétidité de l’ha- 
leine, en effet, ce sont les maladies des 
gencives. 

On en a déjà la preuve dans la puan¬ 
teur quelquefois horrible du pus des 
abcès de ces parties. J’en ai vidé un der- 



— 155 — 


nièrement qui m’a forcé à ouvrir les 
fenêtres démon cabinet; le malade lui- 
même en était suffoqué. 

Les personnes qui portent des pièces 
artificielles, des dentiers, sont très-ex¬ 
posées à ce grave inconvénient. 

Et pourquoi? Encore à cause des gen¬ 
cives, que les pièces échauffent, irritent, 
excorient, ou même ulcèrent; mais il 
suffit du simple échauffement, par suite 
de l’application prolongée de la pièce. 

Je connais pourtant une dame âgée, 
qui porte une pièce a demeure, un den¬ 
tier à la mâchoire supérieure, et dont 
l’haleine n’est aucunement altérée. C’est 
qu’il y a peu de règles sans exception, 
et je ne conseillerais à personne de 
compter sur le bénéfice d’une exception 
aussi rare et aussi surprenante. 

La présence des parcelles alimentai¬ 
res entre les dents, chez les personnes 



— 156 — 


atteintes d'inflammation des gencives 
est une cause accessoire et éventuelle de 
mauvaise odeur. 

Du reste, tout ce qui augmente Tin- 
flammation des gencives, le froid hu¬ 
mide, par exemple, augmente nécessai- 
t^ement ce symptôme; aussi est-il très- 
variahle, tantôt moins fort, tantôt plus 
accusé. 

L’existence du symptôme que nous 
étudions, dans ce chapitre, n’est que 
trop facile à reconnaître pour les étran¬ 
gers; mais il est très-ordinaire que le 
sujet lui-même ne s’en doute pas. 

Autant certaines personnes en sont 
préoccupées outre mesure et véritable¬ 
ment obsédées, quelquefois sans cause, 
autant d’autres en sont ignorantes et 
portent avec aisance, sans craindre de 
s approcher beaucoup trop près de leurs 
interlocuteurs, un inconvénient qui les 


fait fuir et qu’on leur pardonne d’autant 
moins qu’elles sont plus tranquilles et 
plus imperturbables. 

U serait pourtant bien facile de com¬ 
prendre qu’un état d’engorgemenb d’ul¬ 
cération, de suppuration de la bouche, 
n’est guère compatible avec la pureté de 
l’haleine, et que, quand on a un mauvais 
goût dans la bouche, il y a grande 
chance pour que ce soit une mauvaise 
odeur pour les voisins. 

En introduisant entre les dents un 
pli du mouchoir que l’on presse sur la 
gencive malade, et en le retirant aussi¬ 
tôt imprégné de matière sanieuse, on 
reconnaît bien vite que cette matière a 
une mauvaise odeur; c’est une épreuve 
que beaucoup de personnes font d’elles- 
mêmes; comme aussi elles flairent le 
cure-dents ou le doigt dont elles se sont 
servies dans la même intention; et elles 



~ 158 — 


en prennent si bien Thabitude que quel- 
quefoiS;, sans s’en apercevoir^ elles le 
font devant le monde. 

Un des mes clients avait une singu¬ 
lière façon de s’assurer de son état à 
cet égard. Il rapprochait ses deux mains 
en creux, en formant une cavité dans 
laquelle il soufflait et odorait coup sur 
coup. 

Je ne connais pas d’application plus 
sûre que l’emploi de l’élixir solidifiant 
dans le cas dont il s’agit. Seulement, il 
y faut revenir plusieurs fois par jour, 
et prolonger le plus possible le bain de 
bouche. 

Mais puisque la mauvaise odeur de 
l’haleine peut être attribuée au sang 
qui engorge les gencives et s’y corrompt 
sous l’influence de l’air, il est indispen¬ 
sable de le faire sortir par le moyen 

des scarifications, renouvelées aussi 



— 159 — 


souvent que la persistance ou la repro¬ 
duction de l’engorgement l’exigent, tous 
les deux jours, ou même chaque jour. 
D’une manière générale, il ne faut pas 
supporter que le sang stagne dans les 
gencives. 

On n’a rien à redouter des scarifica¬ 
tions; bien loin delà, on ne peut qu’y 
gagner, et pour la guérison ou l’atténua¬ 
tion de l’engorgement, et pour la vitalité 
des gencives, qui on est augmentée. Il 
semble que les gencives reprennent par 
les scarifications comme les arbres lan¬ 
guissants quand on remue la terre à 
leurs pieds. 



DEUXIÈME PARTIE 

DES CAUSES DE L’INFLAMMATION DES GEN¬ 
CIVES AVEC DÉCHAUSSEMENT ET ÉBRANLEMENT 
DES DENTS 



DEUXlÈiE PARTIE 


des causés de l’inflammation des 
gencives avec déchaussement et ébranle¬ 
ment DES dents 


Toutes ces formes diverses, ulcéra¬ 
tion, décollement, engorgement des 
gencives, qui aboutissent au décliausse- 
ment età l’ébranlement des dents, et qui 
ont pour effet leur allongement appa¬ 
rent, leurs déviations etc., toutes ces 
formes, dis-je, dépendent de l’inflam¬ 
mation. 

Il n’y a pas d’affection des gencives 

QUI NE SOIT PRIMITIVEMENT UNE INFLAMMA= 

TioN ; j’entends toujours parler, bien 



— 164 — 


entendu^ des affections gingivales dont 
le traitement incombe aux dentistes 
laissant de côté les tumeurs propre¬ 
ment dites, fibreuses, cancéreuses, etc. 

Dès que tout revient à rinflammation, 
dans ces affections si variées et si com¬ 
munes, 011 comprendra tout de suite 
quels fâcheux effets doivent produire 
tant de poudres acides et tant d’élixirs 
composés de substances stimulantes, tel¬ 
les que le quinquina, etc. 

C est un point que je ne fais que si¬ 
gnaler en ce moment, et ^sur lequel je 
reviendrai avec insistance, dans cette 
partie même, en étudiant les causes du 
déchaussement et de l’ébranlement des 
dents, ou mieux de l’inflammation gin¬ 
givale, simple, suppurative ou ulcéra- 
tive, qui occasionne ces tristes effets. 

Les causes connues, un grand pas est 
fait pour le traitement. Principiis ohsta, 



— 165 — 


c’est la loi suprême. Prenez le mal au 
début, ou même quand il menace; voilà 
le véritable service à rendre. Plus tard, 
quand la menace s’est réalisée, quand le 
mal s’est produit, la besogne est autre¬ 
ment difficile. 

Recherchons donc, étudions les cau¬ 
ses avec le plus grand soin; c’est le pre¬ 
mier devoir de l’homme de l’art, et il ne 
saurait trop s’y appliquer, sa peine dùt- 
elle être perdue en grande partie; car 
il est dans la nature de l’homme de né¬ 
gliger les plus salutaires avertissements 
et de ne s’occuper du mal que quand il 
existe. 



CHAPITRE PRExMIER 

DE LA. PEÉDISPOSITiON HÉBÉDITAIRE 
A L’iSFLAMMAXrON DES GEKGIVES, AU DÊGIÎAÜSSEMENT 
ET A l’ébranlement DES DENTS 



CHAPITRE PREMIER 


DE LA PRÉDISPOSITION HÉRÉDITAIRE A 

l’inflammation des gencives, au déchaussement 

BT A L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 


La cause principale essentielle^ de 
l’inflammation des gencives, du déchaus¬ 
sement et de l’ébranlement des dents 
consiste dans une disposition que le su¬ 
jet porte avec lui. 

De deux individus placés identique¬ 
ment dans les mêmes conditions de 
froid et d’iiumidité, l’un sera affecté 
d’une inflammation persistante, spé¬ 
ciale, des gencives, avec toutes les con¬ 
séquences qu’elle comporte, déchausse- 



— 170 — 


ment^ ébranlement, perte des dents; 
Tautreen sera exempt, ou s’il éprouve 
quelque chose d’analogue, ce sera légè¬ 
rement. 

Pareillement, de deux individus qui 
n’auront aucun soin de leur bouche, 
qui laisseront le tartre s’accumuler sur 
leurs dents à la marge des gencives, 
l’im sera affecté et l’autre ne le sera pas, 
ce qui ne l’empêchera pas, toutefois, 
d’avoir une bouche répugnante et le 
pi us souvent une altération de l’haleine. 

Pourquoi cette différence? Parce que 
l’un est disposé, et que l’autre ne l’est 
pas : rien de plus simple et de plus ma¬ 
nifeste. 

Mais pourquoi cette disposition per¬ 
sonnelle? s’est-elle produite chez le sujet 
lui-même, sans antécédents de famille? 

11 est difficile de le penser. 

Cette disposition est le plus souvent 


- 171 — 

héréditaire, ün très-grand nombre de 
faits le démontrent jusqu’à l’évidence. 

Bon nombre de personnes ignorent 
quel était l’état des dents et des genci¬ 
ves chez leurs ascendants médiats^ c’est- 
à-dire chez leurs grand-pères et grand’ 
mères paternels et maternels; or, la dis¬ 
position dont il s’agit, comme toutes 
les dispositions morbides héréditaires, 
comme le cancer, la goutte, par exemple, 
ménage souvent, ou, comme on dit, 
saute une génération. Il pourra donc 
arriver et il arrive que l’affection sem¬ 
ble s’être développée sans antécédents 
de famille. Mais cela ne prouve rien 
contre les faits nombreux qui attestent 
l’influence de l’hérédité. Je résume ici 
quelques exemples de ce genre, choisis 
dans une foule d’autres que J’ai notés. 


I. Mère d’une cinquantaine d’années 



— 172 — 


ayant perdu cinq grosses molaires et 
une incisive inférieure, toutes saines, 
je veux dire exemptes de carie, dans 
l’espace d’environ dix ans. 

Père ayant de bonnes dents et les gen¬ 
cives saines. 

Deux filles, dont l’une, âgée de vingt- 
deux ans, a les gencives rouges, engor¬ 
gées, saignantes, avec un peu de décol¬ 
lement au niveau des incisives inférieu¬ 
res, sans ébranlement des dents. 

L’autre fille, cadette, tient du père, et 
a les gencives et les dents en bon état. 

Autant que je puis croire, d’après les 
renseignements qui m’ont été fournis, 
la forme de rinflammation, chez la mère, 
était ulcéreuse. Chez la fille, la forme 
de rinflammation est plutôt celle de l’cii- 
gorgement avec décollement : à la vé¬ 
rité, le décollement n’est pas sans quel¬ 
que rapport avec riilcération. 



— 173 — 


L'élixir solidifiant a amené une nota- 
file amélioration, Ton pourrait presque 
dire la guérison, chez la fille, qui n’a 
garde d’en cesser T usage, par mesure de 
précautioiL et qui a compris très-sen¬ 
sément qu’il vaut mieux, en tout état de 
cause, se servir d’un élixir qui peut 
prévenir le mal ou son retour que d’un 
élixir simplement agréable (quand il 
n’est pas nuisible). 

Il a fallu, toutefois, pratiquer quel¬ 
ques scarifications, et chaque fois le sai¬ 
gnement a été fort abondant. Les pre¬ 
mières fois, le sang était très-foncé et 
d’une saveur désagréable; insensible¬ 
ment ces caractères ont disparu, ce qui 
était déjà une preuve d’amélioration. 

II. Grand-père ayant perdu presque 
toutes les dents de la mâchoire supé¬ 
rieure, par suited’une inflammation des 

40 . 



gencives. Les dents perdues étaient sai¬ 
nes, àLexception de deux, qui étaient 
atteintes de carie, en même temps que dé¬ 
chaussées et branlantes. 

Le sujet avait consulté un grand nom¬ 
bre de dentistes et fait une foule de re¬ 
mèdes; il avait notamment, sur le con¬ 
seil d’un de ses amis, ancien marin, 
contracté l’habitude de garder un peu de 
tabac dans sa bouche. 

Tout cela n’avait pas empêché les 
dents de s’ébranler de plus en plus et 
de tomber; peut-être quelques-uns des 
moyens employés ne furent-ils pas sans 
contribuer au résultat final. 

Finalement, il avait fallu en venir à 
l’usage d’un dentier, sans compter que 
la mâchoire inférieure était bien loin 
d’être dans un état satisfaisant. 

Cet homme avait un fils et une fille. 

Le fils avait déjà perdu quelques mo- 


— 175 — 


laires,et, déplus, toute la gencive in¬ 
férieure, vis-à-vis des incisives et des 
canines, était profondément décollée; 
en pressant avec son doigt posé trans¬ 
versalement au-dessous de cette gen¬ 
cive, il en faisait sortir une ligne de pus, 
et il se plaisait à en donner la démons¬ 
tration, fùt-ce pendant les repas. 

La fille, âgée de plus de quarante ans, 
avait aussi les gencives dans un pitoya¬ 
ble état, et portait une pièce de plu¬ 
sieurs dents à la mâchoire supérieure ; 
et son fils, âgé d’environ quatorze ans, 
avait déjà les gencives rouges et engor¬ 
gées, sans ébranlement des dents. 

C’est pour ce dernier que je fus con¬ 
sulté, et c’est ainsi que je fus mis au 
courant des antécédents de famille. 

J’entrepris le traitement par les sca¬ 
rifications et l’élixir solidifiant ; mais il 
fallait quelque persévérance, et la mère 



— 176 — 


se lassa au bout de peu de temps; à plus 
forte raison le jeune garçon. 

Ce qui en résultera est facile à pré¬ 
voir, à moins que la coquetterie légi¬ 
time du jeune homme ne répare la né¬ 
gligence de la mère et de Fenfant, mais 
il sera déjà un peu tard. 

/ 

ni. Mère ayant perdu la plupart des 
grosses molaires, de Fâge de quarante à 
cinquante ans. 

Elle avait commencé par éprouver 
cet agacement des gencives qui se fait 
sentir surtout dans Fintervalledes dents 
et porte les personnes ainsi affectées à 
tirer sur l espace inter-dentaire par un 
mouvement de succion qui se fait avec 
bruit, comme pour entraîner une par¬ 
celle alimentaire; agacement de mau¬ 
vais augure, comme je Fai expliqué. 

Cette dame avait fait aussi, suivant 



l’ordinaire, grand usage du cure-dents; 
et se plaignait d’avoir les gencives faci¬ 
lement saignantes. 

Depuis la perte des grosses molaires, 
elle ne souffrait plus, les gencives étant 
saines dans le reste de leur étendue, 
et les dents de devant étant même par¬ 
faitement. régulières et remarquable¬ 
ment belles et fortes, comme d’ailleurs 
celles qui étaienttombées. 

Je noie expressément qu’elle avait 
beaucoup souffert des bémorrhoïdes, 
circonstance que j’ai plusieurs fois ob¬ 
servée chez les individus affectés d’in¬ 
flammation des gencives, et qui avait 
été également constatée par M. Marchai 
deCalvi, au point que ce professeur re¬ 
garde la gingivite expulsive comme 
ayant un véritable rapport avec 1 état 
hémorrhoïdaire. 

La dame dont je parle ici a eu trois 



— 178 — 


filles et un fils, tous remarquables par la 
beauté de leurs dents. 

Des trois filles, l’ainée, âgée aujour¬ 
d’hui déplus de soixante ans, les a con¬ 
servées intactes et n’a jamais souffert 
des gencives. 

Les deux autres filles (57 et 47 ans) 
ont successivement perdu la plupart des 
grosses molaires, non sans de vives et 
longues souffrances, la plus jeune plus 
tôt que la cadette, et il en est résulté, 
ainsi que chez la mère, une dépression 
sensible des joues, qui sont creuses, 
comme on dit vulgairement. 

Enfin, le fils, âgé aujourd’hui de qua¬ 
rante-neuf ans, a perdu toutes les grosses 
molaires de la mâchoire supérieure, 
sauf une, la dernière à gauche, qui 
avait été ébranlée et s’est raffermie de¬ 
puis 1 extraction des dents voisines, qui 
entretenaient 1 irritation ; en outre, il a 


— 179 — 


été menacé de perdre une des incisives 
inférieures, et la dernière grosse mo¬ 
laire inférieure droite est légèrement 
ébranlée. C’est vers l’âge de quarante 
ans que le désordre a commencé. 

Je n’ai eu connaissance de tous ces 
faits que par le fils, qui avait consulté 
les principaux dentistes de Paris, et n a 
trouvé de soulagement et de guérison 
que par l’usage persévérant de l’élixir 
solidifiant, plus quelques scarifications 
selon le besoin, surtout au niveau de 
l’incisive inférieure menacée. 

Le père, homme très-robuste et doué 
d’une grande force musculaire, n’avait 
jamais de sa vie souffert des gencives et 
avait les dents courtes et très-solides, au 
point qu’il lui arrivait souvent, par 
bravade ou par suite d’un pari, de 
soulever des poids très-lourds avec ses 
dents. 



— 180 — 


Des quatre enfants, un seul, la fîHe 
aînée, avait hérité de cette solidité de la 
denture, avec cette circonstance singu¬ 
lière et contradictoire que les dents 
avaient la longueur, la beauté et, en 
tous points, la disposition de celles de la 
mère. Les trois autres enfants, malheu¬ 
reusement, avaient pris du côté mater¬ 
nel, et chez tous, chez lès enfants comme 
chez la mère, Taffection s"est particu- 
iièiement concentrée sur les grosses 
molaires de la mâchoire supérieure. 

Je possède un grand nombre de faits 
du même genre; mais ceux que je viens' 
de rapporter sommairement suffisent 
pour donner une idée de l’influence de 
1 hérédité sur la production des affec¬ 
tions qui font le sujet de cette étude, et 
une plus lonjgue énumération serait su¬ 
perflue. 


— 181 — 


La connaissance de cette grande in¬ 
fluence de rhérédité n’est pas un objet 
de simple curiosité scientifique, et je n’y 
aurais pas tant insisté s’il n’en découlait 
pas une conséquence pratique de la plus 
haute importance. 

Il est toujours difficile, assurément, 
de détruire une disposition native; 
pourtant on y peut parvenir, et, dans 
tous les cas, on peut l’affaiblir extrême¬ 
ment, au grand avantage de celui qui la 
porte, et la maintenir à l’état de dispo¬ 
sition sans effet sensible, ce qui est déjà 
un beau résultat. 

Dans le cas particulier dont il s’agit, 
le moyen de prévenir les conséquences 
de l’hérédité consiste à avoir le plus 
grand soin de la bouche au point de vue 
de la propreté, et à faire usage de l’élixir 
solidifiant dès l’enfance. 

b«’est-ce donc pas un grand avantage, 
11 



— 182 — 


pour des parenis^ de savoir qu'il existe 
un moyen d'empêcher leurs enfants de 
souffrir de Faffection qui les a tant tour¬ 
mentés et obsédés? 

Car l’expression n’est pas trop forte 
et souvent, je dirai même générale¬ 
ment, les maladies des gencives avec, 
déchaussementetébranlementdes dents, 
mauvais goût de la bouche et mauvaise 
odeur de Fhaleine, causent .une vérita¬ 
ble obsession, qui trouble la vie de ceux 
qui en sont affectés, agit sur leur moral 
très-péniblemeiii et les attriste. ■ 
Comment concevoir, dès lors, qu’une 
pareille disposition chez l’enfant puisse 
être négligée par . les parents?- A quoi 
leur sert leur propre expérience? Est-ii 
possible qu’ils laissent ceux qui- leur 
sont le plus chers exposés à des souf¬ 
frances et à des ennuis dont ils ne con- 
naisssent que trop Famertiime? 



— 183 — 


Encore s’il s’agissait d’opérations dou¬ 
loureuses, de l’application d’appareils 
difficiles à supporter! Mais non; tout se 
réduit à maintenir la propreté des dents 
et à prendre, matin et soir, ou au moins 
le matin, un bain de bouclie de quelques 
minutes, avec l’élixir solidifiant etendu 
d’eau tiède. 

Souvent on reconnaît la disposition 
existante, même dans le jeune âge, à la 
rougeur et à un léger engorgement des 
gencives. 

Mais le contraire peut avoir lieu, 
c’est-à-dire que les gencives peuvent 
être admirablement saines, tandis que 
la disposition existe positivement et écla¬ 
tera dans la jeunesse ou l’âge mûr. 

Aussi, le plus sûr, lorsque la maladie a 
sévi sur lesascendants, est-il de soumettre 
les enfants indistinctement aux simples 
précautions que je viens d’indiquer. 


CHAPITRE II 


DE l’influence DU FROID, DU FROID HUMIDE 
ET DU CLIMAT, 

SUR LA PRODUCTION DE lTnFLAMMATION DES GEN¬ 
CIVES , ET SUR LE DÉCHAUSSEMENT 
ET L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 



CHAPITRE II 


DE l’influence UÜ FROID, DU FROID HUMIDE 
ET DU CLIMAT, 

SUR LA PRODUCTION DE l’INFLAMMATION DES GENCIVES, 
ET SUR LE DÉCHAUSSEMENT 
ET L’ÉBRANLEMENT DES DE,NTS 


Voilà encore une influence dont peu 
de personnes se rendent compte^ et con¬ 
tre laquelle^, par conséquent, on se met 
rarement en garde. Volontiers même on 
plaisanterait ceux qui lui accordent 1 im¬ 
portance qu’elle mérite. 

On expose sa tête nue aux intempéries, 
on reçoit, par tous les temps et toutes 
les saisons, l’air à flots sur le visage. 



— 188 — 


dans les promenades en voiture décou¬ 
verte; on se chausse légèrement, et l’on 
a toujours, invariablement, les pieds 
froids; et, comme il n’en résulte rien 
de fâcheux pour le moment, on conti¬ 
nue, et l’on se moque des avertissements. 
Puis viennent les caries dentaires, les 
fluxions, les abcès, les maladies des gen¬ 
cives, le déchaussement, l’ébranlement 
des dents, et l’on s’en étonne et l’on 
prétend qu’on ne sait à quoi les attri¬ 
buer! Car il y a bien peu de gens qui 
sachent rattacher les effets à leurs causes, 
même les plus évidentes. 

Il est bien certain que le froid hu¬ 
mide n’agit pas de la même manière sur 
tout le monde, et que bon nombre d’in¬ 
dividus n en ressentent pas l’influence 
défavorable. C’est même ce qui trompe, 
et ce qui fait qu’on ne croit pas à cette 
influence et qu’on la brave. Mais il en 



— 189 — 


est de même de toutes les causes de ma¬ 
ladie; aucune n’agit indistinctement sur 
tous ceux qui s’y exposent. Dans une 
épidémie, tous les habitants respirent le 
même air, et tous ne sont pas atteints 
par le fléau. 

C’est ici qu’intervient la prédisposi¬ 
tion, et voici comment il faut le com¬ 
prendre. Un individu prédisposé à la 
carie dentaire ou aux maladies des gen¬ 
cives, subira plus tôt ou plus tard, légè¬ 
rement ou gravement, ou même pourra 
ne pas subir du tout les effets de cette 
prédisposition, probablement hérédi¬ 
taire, suivant qu’il s’exposera aux causes 
dites occasionnelles ou déterminantes 
qui peuvent la développer, ou qu’il les 
évitera avec soin. 

M. le professeur Marchai de Calvi 
attribue une si grande importance au 

froid humide, qu’il regarde la maladie 
11 . 



— 190 — 


comme catarrhale, ainsi qu’on le verra 
plus loin, par un extrait que je lui em¬ 
prunterai, c’est-à-dire comme étant ana¬ 
logue, par exemple, à ces angines et à 
ces bronchites qui se développent et se 
reproduisent sous l’influence des intem¬ 
péries. 

L’influence du froid humide se montre 
avec la plus grande évidence et sur une 
grande échelle, dans certaines contrées, 
sur des populations entières. En basse 
Normandie, particulièrement sur les 
côtes, où j ai eu occasion de faire divers 
séjours en été, j’ai été frappé du grand 
nombre d individus, même jeunes, qui 
ont les dents et les gencives en mauvais 
état; on pourrait avancer que c’est le 
fait général dans cette belle et riche pro¬ 
vince. 

J ai entendu attribuer ce fait à l’usage 
du cidre; mais il n’existe pas dans d’au^ 


— 191 — 


très pays où cette boisson est usuelle 
également, à Franconvilie, par exemple, 
tout près de Paris, où le pommier à 
cidre est aussi en honneur qu’en Nor- 
m.andie, aussi abondant, aussi chargé 
de fruits, et où l’on fait grande consom¬ 
mation de cidre, qui est la boisson de 
tous les jours pour un grand nombre 
de familles. 

D’autre part, je pourrais citer plu¬ 
sieurs localités du nord ou du centre, 
de grandes villes, remarquables par 
l’humidité qui y règne, et d’où il me 
vient journellement des consultants 
pour maladies des gencives, déchausse¬ 
ment et ébranlem.ent des dents. C’est 
même une circonstance qui m’a beau¬ 
coup frappé et qui a appelé mon atten¬ 
tion d’une manière toute spéciale sur ce 
point, ■ - 

Ceux qui seraient disposés à contester 



— 192 — 


rinfluence du froid humide sur le dé¬ 
veloppement de raffection en auront la 
preuve à leur détriment s'ils viennent 
à être atteints personnellement, attendu 
que, nécessairement, la même circons¬ 
tance qui concourt à produire le mal 
est très-efficace pour l'entretenir et l'ag¬ 
graver. Ainsi, dès qu'une gencive est af¬ 
fectée, comme lorsqu'une dent est ca¬ 
riée, si le sujet s’expose à un refroidis¬ 
sement, la fluxion survient avec une 
promptitude, on pourrait dire, une sou¬ 
daineté tout à fait démonstrative, et le 
pire, c est que 1 affection gingivale, si 
c’est elle qui préexistait, en est singu¬ 
lièrement aggravée. Une dent est légè¬ 
rement dénudée par suite d’une inflam¬ 
mation encore très-circonscrite de la 
gencive, mais elle n'est aucunement 
ébranlée; une fluxion se produit, un 
abcès se forme, et tout aussitôt on s’a- 



— 193 — 


perçoit que la dent, qui était solide, 
vacille manifestement. Or, pourquoi la 
fluxion s’est-elle produite? Parce que 
Pair froid a agi sur la gencive malade, 
et que, par suite, rirritation s’ést éten¬ 
due au tissu cellulaire voisin. 

Voici deux cas que je cite, parce que 
je viens de les observer, mais il s’en 
présente tous les jours: de pareils en 
grand nombre. 

Un de mes clients, qui a une grosse 
molaire (la première) déchaussée, va 
dîner à la campagne, et il est placé à 
table de. manière à recevoir l’air d’une 
fenêtre ouverte sur la joue du côté ma¬ 
lade; le lendemain, il sent de la raideur 
dans cette joue, un peu de sensibilité à 
la pression sur l’os de la mâchoire au- 
dessus de la dent déchaussée, et le sur¬ 
lendemain il a une grosse fluxion s’é- 



— 194 — 


tendant jusqu’à la paupière, qui est 

gonflée, et rétrécit l’ouverture de 

ïœil, ■ 

üii autre de mes clients, dans le 
même cas que le précédent, va, du sa¬ 
medi au lundi, faire une visite à sa fa¬ 
mille, aux bains de mer. Il fait une pro¬ 
menade en voiture découverte et revient 
le soir tard; il reçoit pendant plus 
d’une heure le vent de mer sur le côté 
du visage correspondant à une dent dé¬ 
nudée et déjà'vacillante. La nuit même, 
il est réveillé par une douleur qui, de 
ce point, s’étend jusqu’à l’oreille, et,'le 
lendemain, la fluxion est déclarée. L’ab- 
eès se forme, et, à partir de ce moment, 
ou plutôt de l’ouverture de l’abcès, qui 
se fait spontanément, la dent s’ébranle’ 
de plus en plus et se déchausse irrépa¬ 
rablement. 


— 195 — 


Voilà^ certes, des cas dans lesquels la 
cause est aussi évidente que possible. 
Mais que peuvent les exemples les plus 
probants contre l’incurie et l’impru¬ 
dence, et contre cette apathie qui em¬ 
pêche l’esprit de saisir avec force les 
rapports les plus simples des faits entre 
eux? 

On ne peut douter que le froid qui 
entre par les oreilles n’ait souvent une 
influence très-marquée sur les inflam¬ 
mations des gencives. J’ai eu cent occa¬ 
sions de le constater. 

Cé n’est pas que l’air lui-même puisse 
pénétrer par les oreilles, puisque la 
membrane du tympan, tendue à l’extré¬ 
mité du conduit auditif, lui ferme her¬ 
métiquement l’accès. 

C’est même, je le dis en passant, un 
sujet d’admiration pour la nature pré¬ 
voyante ou plutôt pour celui qui la 



— 196 — 


créée, de voir avec quel soin merveilleux 
Toreille interne, où réside le nerf si 
délicat qui reçoit l’impression des son.^ 
a été garantie du contact immédiat de 
l’air extérieur, et par là des vicissitudes 
atmosphériques. En efifet, c’est par l’in¬ 
térieur, par la trompe d’Eustache, qui 
s’ouvre d’une part dans l’oreille, et, de 
l’autre, dans l’arrière-gorge, que l’air, 
déjà chauffé et à une température cons¬ 
tante, entre dans l’oreille, comme il est 
facile de s’en assurer par le moindre 
mouvement de déglutition, en avalant sa 
salive, ce qui donne lieu à un petit cla¬ 
quement que l’on entend des deux côtés 
de la gorge et qui annonce l’entrée de 
i air dans les deux trompes, une pour 
chaque oreille. 

Ainsi, 1 air froid n’entre pas dans les 
oreilles; mais impression du froid 
pénètre, ce qui n est que trop suffisant 



— 197 


et influe extrêmement, suivant l’opinion 
de M. Marchai de Calvi, sur laquelle il 
appuie avec insistance, tant sur les 
maux de gorge et sur les névralgies de 
la tête que sur les maladies des gen¬ 
cives. 

L’indication qui résulte de cette cir¬ 
constance est facile à déduire, et il est 
aussi’ facile d’y satisfaire, comme je le 
dirai dans la troisième partie de ce 
Traité. 

Je me suis arrêté assez longuement à 
parler de l’influence pernicieuse du 
froid, spécialement du froid humide, 
soit sur le développement des maladies 
des gencives, soit, quand elles se sont 
développées, sur leur aggravation et 
leurs progrès, et il me semble que je ne 
l’ai pas fait encore avec assez de force et 
de détails, tant je suis suis convaincu que 
c’est une des principales causes du dé- 



— 198 — 


chaussement et de rébranlement, toute¬ 
fois après la prédisposition, qui est la 
première, et pour ainsi dire la cause es¬ 
sentielle. 

Que d’affections des gencives seraient 
prévenues, ou, une fois produites, se¬ 
raient arrêtées ou modérées dans leur 
marche, si ceux qui y sont disposés ou 
en sont atteints, voulaient bien se péné¬ 
trer de cette vérité et y conformer leur 
conduite par de sages précautions! 

Ce que j’en dis est bien clans l’intérêt, 
et uniquement dans l’intérêt des ma¬ 
lades, car la cause dont il s’agit est très- 
positivement une de celles qui procu- 
lent à la profession le plus d’occupations 
et le plus de profits. 


CHAPITRE III 


DE l’influence DU DIABÈTE 
SUR LES MALADIES DBS GENCIVES, SUR LE DÉCHAUS¬ 
SEMENT ET l’ébranlement DES DENTS 


CHAPITRE HT 


de l’influence du DIABETE 
SUR LES MALADIES DES GENCIVES, SUR LE DÉCHAUS¬ 
SEMENT ET l’Ébranlement des dents 


L’inflammation fongueuse^ ulcéreuse, 
suppurante, le ramollissement des gen¬ 
cives, avec déchaussement, ébranlement 
graduel et définitivement chute des 
dents, intactes ou par morceaux, sont 
communs dans le diabète. On en Jugera 
par l’extrait que J’emprunte à l’ouvrage 
de M. Marchai de Calvi, sur le diabète, 
ouvrage que Je ne me permettrai pas de 
louer, mais qui sera bientôt dans les 
mains de tous médecins, et que beau- 



— 202 — 


coup de gens du monde voudront con¬ 
naître (J). 

Je cite textuellement : 

« De toutes les lésions de la bouche, 
liées au diabète, la plus ordinaire et la 
plus tranchée est ce ramollissement fon¬ 
gueux des gencives qui fait tomber les 
dents les plus saines, et que Bardsley 
avait signalé dès ^80T. C’est, sans nul 
doute, un des accidents les plus com¬ 
muns du diabète. D’abord, Ja n’avais 
pas été frappé de son extrême fréquence; 

('!) Recherches sur les accidents diabétiques et Essai 
d'une théorie générale du diabète, parle docteur Marchal 
DE Calvi, agrégé à la Faculté de médecine de Paris, ex¬ 
professeur et ex-médecin principal à l’hôpital de perfec¬ 
tionnement du Val-de-6râce, etc. Gr. in-8° de 6S8 pages, 
chez Asselin , place de l’Ëc61e-de-Médecine. L’auteur 
expose dans la première partie l’histoire des' accidents 
gangréneux diabétiques, qu’il a découverts, et développe, 
dans la seconde, une théorie basée sur les faits, dans la¬ 
quelle il démontre l’assimilalion du diabète à la goutté et 
à la gravelle. 


— 203 — 


aujourdluii j’ai eu tant d’oceasions de 
rokerver que, lorsqu’il se présente, je ne 
manque jamais d’examiner les urines. 

« 3’avais été trèsdié avec un homme 
qui a occupé une grande position dans 
le monde des arts, et dont la perte a été 
un deuil public. Très-actif, donnant une 
quantité considérable de travail d esprit 
dans divers genres, il était doué d un 
bel appétit. (Le grand appétit, est un 
symptôme fréquent du diabète.j Depuis 
plusieurs années, il maigrissait, sans 
autre lésion apparente qu’une gingivite 
expulsive, qui le tourmentait beaucoup. 
Habitué à se rendre compte de toutes 
choses, et n’étant pas sans avoir lu quel¬ 
ques livres de médecine, il considérait 
celte maladie comme une sorte cie 
plitbisie des gencives. Ses dents s’ébran¬ 
laient et tombaient. Vivant dans un au ti e 
quartier que le sien et dans un autre 


— 204 — 


milieu, j’avais été longtemps sans ie 
I en contrer, lorsque j’appris qu’il était 
parti pour Nice, où il ne tarda pas à 
succomber à la phthisie pulmonaire dia¬ 
bétique. Si l’on avait su ce que l’af- 
fection gingivale pouvait signifier, on 
aurait sans doute, par le traitement anti¬ 
diabétique, prolongé de quelques années 
la vie d’un homme éminent. 

« Tout récemment, un individu, âgé 
de quarante ans environ, gras, peu co¬ 
loré, me consultait pour un ramol¬ 
lissement fongueux des gencives avec 
ébranlement de plusieurs dents, et ne 
me parlait pas d autre chose; je l’in¬ 
terrogeai , néanmoins, dans le sens 
ûii diabète, et il m’apprit qii’effective- 
ment il avait depuis longtemps une 
grande laiblesse musculaire et avait 
coif outre mesure : ses urines conte¬ 
naient 55 grammes de glyeose par litre. 



— 205 — 


« Il est inutile de rappeler ici tous les 
cas que nous avons rapportés à d’autres 
titres et dans lesquels existait l’affection 
gingivale dont il s’agit. On se rappelle, 
entre autres, celui du colonel C..., sujet 
de la belle observation de M. Gimelle. 
L’affection peut subsister après la chute 
même des dents, comme on l’a vu chez 
la femme Houssard, sujet de la deuxième 
observation de M. Leudet. 

« Si fréquente que soit l’inflamma¬ 
tion fongueuse des gencives chez les dia¬ 
bétiques, ce serait une erreur de croire 
quelle se lie toujours, ou même dans 
le plus grand nombre des cas, au dia¬ 
bète. C’est une espèce morbide très-com¬ 
mune, si commune qu’après l’âge de 
quarante ans elle fait certainement per¬ 
dre plus de dents que la carie dentaire, 
mais dont il existe plusieurs variétés 
étiologiques, parmi lesquelles la variété 



— 206 — 


diabétique, quoique très-fréqiieute, ne 
serait pas la plus fréquente. 

En d’autres termes, j’ai vu très-souvent 
le ramollissement fongueux des genci¬ 
ves dans le diabète; mais je l’ai vu encore 
plus souvent sans le diabète. Dans ce 
dernier cas, il existe généralement chez 
des individus qui ont souvent les urines 
chargées, des hémorrhoïdes ou des ma¬ 
nifestations dartreuses, se montre très- 
particulièrement héréditaire, et revêt, 
en outre, un caractère catarrhal décidé, 
en ce sens que le froid, surtout le froid 
humide, l’influencent de la manière la 
plus tranchée. 

« Le ramollissement fongueux ou in¬ 
flammation fongueuse des gencives, ou 
gingivite expulsive, donne lieu à des flu¬ 
xions, s’accompagne d’une exsudation 
purulente continuelle entre les dents et 
les gencives [pforrkét alçêoh-dëntaire 


— 207 — 


de M. Désirabode), produit la mauvaise 
odeur de la bouche, occasionne généra¬ 
lement de vives souffrances, gêne tou¬ 
jours et quelquefois extrêmement la 
mastication, entraîne la chute des dents 
les plus saines, et souvent démantelle 
littéralement là bouche. Contre une telle 
affection, dont, en outre, les effets sont 
déplorables au point de vue de la forme, 
et à laquelle beaucoup de gens préfére¬ 
raient les chances d’une maladie dange¬ 
reuse, il n’existait, à proprement parler, 
aucun traitement. J’en eus la preuve en 
accompagnant un de mes clients, qui en 
était atteint, chez le dentiste le plus ac¬ 
crédité de Paris, lequel ne lui laissa au¬ 
cun espoir et lui déclara même, après 
lui avoir extrait deux grosses molaires 
parfaitement intactes, quoique profon¬ 
dément déchaussées et vacillantes, que 
probablement toutes ses dents tombe- 


— 208 — 


raient ou devraient être extraites l’une 
après l’autre. 

M. Marchai de Calvi revient sur l’état 
des gencives chez les diabétiques dans 
l’une des propositions qui terminent son 
ouvrage et que voici ; 

« Tout homme gras et rolauste, qui 
mange et boit bien, qui est sujet aux fu¬ 
roncles, qui, surtout, a eu des anthrax, 
dont le caractère change, qui a les genci¬ 
ves ramollies, qui a souffert de la gra- 
velle, du lombago, de la sciatique, est 
suspect d avoir le diabète, et l’on ne peut 
trop se hâter de s’en assurer; à plus 
forte raison s’il maigrit et s’affaiblit. » 

Depuis que mon attention a été appe¬ 
lée sur ce point important, j’ai eu occa¬ 
sion de voir plusieurs individus affectés 
d inflammation fongueuse des gencives 
avec déchaussement et ébranlement des 
dents, et qui étaient en même temps dia- 



— 209 -- 


bétiques, sans que leur santé générale 
parût attaquée, et sans que l’on pût se 
douter et qu’eux-mêmes pussent avoir 
ridée qu’ils portaient en eux un si re¬ 
doutable ennemi : redoutable quand on 
ignore sa présence; car, autrement, d’a¬ 
près les faits rapportés par l’auteur, la 
maladie est parfaitement curable, à la 
seule condition d’une certaine alimen¬ 
tation dont on peut même se relâcher 
au bout de quelque temps, lorsque la 
maladie a été maîtrisée ; quitte à recher¬ 
cher de temps à autre si le sucre ne re¬ 
paraît pas dans les urines ; car, comme 
le dit M. Marchai, aucune maladie n’est 
plus insidieuse que le diabète, et « dans 
aucune, l’apparence n’est plus trom¬ 
peuse ; dans aucune, la mort n est plus 
habile à dissimuler ses coups. » 

L’affection des gencives avec perte des 

dents existait dans le cas suivant, com- 
42 . 



— 210 — 


muiiiqué à M. Marchai de Caivi par 
M. le docteur Alquié, membre du Conseil 
de santé, médecin inspecteur des eaux 
de Vichy. 

«Je donne des soins depuis vingt ans 
à une dame aujourd’hui octogénaire, 
qui a le diabète, et dont le cas vous in¬ 
téressera doublement, attendu qu’elle a 
été longtemps et qu’elle est encore affec¬ 
tée de cette inflammation suppurative et 
ulcéreuse des gencives, avec ébranle¬ 
ment et perte des dents, que vous avez 
décrite sous le nom de gingivite expul- 
sive. La malade a un fils de cinquante 
ans, également diabétique. » 

On voit par ce fait que le diabète, lors¬ 
qu’il est reconnu et convenablement 
traité, n’empêche pas toujours les ma¬ 
lades de parvenir à un grand âge, et l’on 



— 211 — 


y voit aussi que cette affection, qui n’a 
paru si grave que parce qu’on la mé¬ 
connaissait habituellement, peut être 
héréditaire; ce dont l’auteur rapporte 
diviers exemples. 

Dans le cas de M. le docteur Gimelle, 
rapporté par M. Marchai, et dont il est 
question plus haut, cas dans lequel, sous 
l’influence du diabète longtemps mé¬ 
connu, un pied tout entier tomba pièce 
à pièce par l’effet d’une ulcération à 
pic le détruisant dans toute son épais¬ 
seur (t), voici cè qui eut lieu du côté de 
la bouche : 

« Les gencives devinrent molles, rou- 


(1) Ces faits de destruction par l’ulcération, par l’in¬ 
flammation gangréneuse, par la gangrène, sont la grande 
découverte dont la science est redevable à M. Marchai de 
Calvi, comme elle lui doit aussi la véritable théorie du 
diabète. 



— 212 - 


geâtres; la salive était épaisse et peu 
abondante; la bouche exhalait une odeur 
fétide. Ni les toniques, ni les excitants 
ne purent empêcher la marche long¬ 
temps progressive de ces accidents. Les 
dents.tombaient successivement d’elîes- 
mêmes et sans douleur. » 

Dans un autre cas communiqué à M. 
Marchai de Calvi par M. Leudet, profes¬ 
seur de TÉcole de médecine de Rouen, 
la maladie des gencives persistait après 
la chute des dents, chose rare et excep¬ 
tionnelle; « la mastication était difficile 
pour les corps solides, les dents de la 
femme Houssard étaient tombées long¬ 
temps avant la maladie actuelle, et les 
gencives n’étaient pas assez fermes pour 
permettre la mastication. » 


Le fils d’un diabétique qui était mort 



— 213 — 


après avoir perdu toutes les dents sous 
l’influence du diabète, et cela depuis 
longues années, avait les gencives infé¬ 
rieures engorgées, molles et saignantes, 
au niveau des incisives, et ses dents 
étaient écartées et déjà vacillantes. Ce 
jeune homme, âgé seulement de vingt 
ans, n’était aucunement diabétique, il 
avait donc hérité de la disposition lo¬ 
cale, et non de la disposition générale : 
du moins, quant à cette dernière, il n’y 
paraissait pas encore. Ce cas a été ob¬ 
servé par M. Marchai de Calvi, qui a bien 
voulu m’adresser le malade. 

En résumé, toutes les fois que 1 on se 
trouve en présence d’un cas de ramol¬ 
lissement des gencives, avec ébranle¬ 
ment ou perte des dents, et quoique 
cette affection existe souvent, même le 
plus souvent sans le diabète, il faut pen- 



— 214 — 


ser à la possibilité de cette dernière 
maladie, et procéder aux interrogations 
et investigations nécessaires. Seulement 
ceci concerne le médecin et non le den¬ 
tiste, qui ne peut que diriger l’attention 
du consultant sur cette possibilité, avec 
ménagement et précaution, pour ne pas 
Finquiéter outre mesure. Il vaut mieux, 
dit justement M. Marchai, multiplier les 
investigations négatives que de négli¬ 
ger un seul cas où la recherche du sucre 
aurait donné un résultat positif et fait 
reconnaître une maladie qui n’a tant de 
gravité que parce que généralement on 
ne la reconnaît que lorsqu’elle a eu le 
temps de disposer l’organisme aux plus 
grands et aux plus irréparables désas¬ 
tres ; « Cest, dit encore l’auteur que Je 
viens de citer, une des grandes singula¬ 
rités de la médecine que cette mécon¬ 
naissance habituelle du diabète jusqu’à 



— 215 


nos jours. » La maladie des gencives 
qui fait l’objet de ce traité, et dont on 
vient de voir la signification possible, 
aura pour effet d’aider souvent le mé¬ 
decin à reconnaître le diabète, et ce 
n’est pas un mince résultat. 



CHAPITRE IV 

DE JL’INFLUENCE DE DIVERSES AUTRES 
CIRCOKSTAKCES 

SUR LES MALADIES DES GENCIVES, SUR LE DÉCHAUS¬ 
SEMENT ET l’ébranlement DES DENTS 


43 



CHAPITRE lY 


DE l’influence de DIVERSES AUTRES 
CIRCONSTANCES 

SUR LES MALADIES DES GENCIVES, SUR 'LE DÉCHAUS¬ 
SEMENT ET L’ÉBRANLEMENT DES- DENTS 


ARTICLE PREMIER 

De l’influence du tartre dentaire sur la 
production des maladies des gencives. 

Dans un article spécial de la première 
partie, j’ai considéré le tartre dentaire 
surtout comme effet de l’inflammation 
des gencives; mais j’ai pris soin d’avertir 
qu’il pouvait, inversement^ occasionner 
cette même inflammation et l’entretenir. 

Dans l’article Tartre dentaire du 



— 220 — 


Dictionnaire de Njsten \ « éditioD) que 
je rapporterai textuellement, l’influence 
du tartre sur la production de l’inflam¬ 
mation des gencives et de l’inflamma¬ 
tion des gencives sur la production du 
tartre est très-explicitement signalée. Je- 
crois cependant, avec M. Marchai de 
Calvi, que si, en effet, le tartre est sus¬ 
ceptible de produire, à lui seul, une ir¬ 
ritation habituelle de la marge des gen¬ 
cives, il ne pourrait pas, sans la prédis¬ 
position, donner lieu au degré le plus 
élevé de la maladie, avec _^déchausse- 
ment et ébranlement des dents. J’ai vu, 
pour mon compte, nombre de gens 
n ayant aucun soin de leur bouche, qui 
avaient des dépôts considérables de 
tartre ancien d’une extrême dureté, et 
qui n’avaient les dents ni déchaussées ni 
ébranlées; et cela, nécessairement, par¬ 
ce que la disposition à l’inflammation 



— 221 — 


fongueuse et au ramollissement des gen¬ 
cives et du périoste alvéolo-dentaire 
n’existait pas chez eux. Seulement, lors¬ 
que cette disposition existe, le tartre 
agit très-énergiquement en qualité de* 
cause occasionnelle ou déterminante; 
et quand l’inflammation est développée, 
à son tour elle exagère la production 
du tartre. C’est un cercle vicieux où 
l’effet devient cause et la cause effet, ce 
qui se voit souvent en médecine. (Mar¬ 
chai de Calvi.) 

Je cite maintenant l’article du Dic¬ 
tionnaire de Nysten. 

« Tartre dentaire. Enduit, d’abord 
limoneux, blanchâtre ou jaunâtre, qui 
s’amasse au collet des dents, se durcit 
et forme à la base de la couronne une 
incrustation phosphato-calcaire qui finit 
par en environner la surface si l’on n a 
pas le soin de l’enlever. 



— 222 -- 


« Le tartre dentaire est formé, d’après 
Berzéliiis, de 70,0 de phosphate ter¬ 
reux, 42,5 de mucus, 4,40 de matière 
salivaire et 7,5 d’une matière anim'ale 
^ soluble dans l’acide chlorhydrique. 

« Quelques auteurs ont admis des 
glandes [glandes tartariques) qui au¬ 
raient la propriété de sécréter le tartre 
des dents. L’observation anatomique a 
montré qu’elles n’existent pas. 

« Le tartre des dents, chez Lhomme 
et chez le chien, est un dépôt anormal 
et accidentel des sels de la salive altérée, 
surtout quant a sa substance organique 
ou ptyaline, qui joue un rôle dans la 
dissolution de ces sels. 

« Sa formation est le signe d’un trou¬ 
ble de la sécrétion salivaire dû le plus 
souvent à une perturbation des usages 
de 1 estomac, ou à une lésion de la mu¬ 
queuse buccale. 



. _ 223 — 


« Le tartre détermine une congestion 
des gencives, qui réagit défavorable¬ 
ment, à son tour, sur la sécrétion-sali¬ 
vaire, et qui amène le déchaussqment des 
dents, leur ébranlement, l’inflammation 
du périoste alvéolo-dentaire et hâte la 
chute de ces organes. On doit le faire 
enlever lorsqu’il se forme, et en préve¬ 
nir le dépôt en lavant les dents une ou 

plusieurs fois par jour. » 

On comprend bien, puisque les mala' 
dies de l’estomac s’expriment souvent 
par des enduits de la langue, plus ou 
moins tenaces, plus ou moins chargés, 
qu’il en doive résulter un changement 
dans les liquides de la bouche, une aug¬ 
mentation de leurs matériaux solides, 
et par suite la formation du tartre à la 
surface des dents. Il est même probable 
que le tartre varie suivant le genre de 
maladie de l’estomac, un état bilieux. 



— 224 — 


par exemple, devant donner autre chose 
qu’un état muqueux. 

Toutefois, je connais particulière¬ 
ment des personnes qui ont un mauvais 
estomac, des digestions longues, péni¬ 
bles, souvent des vomissements, une 
notamment dont la digestion est si la¬ 
borieuse, si lente, qu’elle ne peut faire 
qu’un seul repas dans les vingt-quatre 
heures, à midi, et qui ont de très-belles 
dents, faciles à entretenir, et sans au¬ 
cune apparence de tartre. 

Chez certains individus il se produit, 
suitout à la face interne des dents, une 
couche mince de tartre noir extrême¬ 
ment adhérent, qui les encrasse et qui 
se dépose également dans les anfrac¬ 
tuosités de la surface triturante, d’où il 
est très-difficile de l’extraire. 

Ce n est point seulement chez les fu¬ 
meurs que cela se présente; chez eux. 



— 225 — 


rien de plus explicable; mais chez les 
autres, d’où peut provenir cette colora¬ 
tion d’un noir foncé? 

J’ai un client qui ne fume pas, qui a 
été affecté du ramollissement gingival 
avec perte de plusieurs grosses molaires 
à la mâchoire supérieure, et dont les 
dents restantes sont remarquablement 
belles, mais qui a toutes les peines du 
monde à se préserver de la reproduc¬ 
tion de cet enduit noir, particulièrement 
en dedans et en bas. 

11 est aisé de se rendre compte que 
ce soit particulièrement sur les dents 
inférieures que le tartre se dépose,- 
puisque c’est en bas que stagnent le plus 
longtemps les liquides de la bouche, en 
raison de leur propre poids. 

Quant à la nécessité de prévenir le 
dépôt du tartre, on ne saurait y pour¬ 
voir en lavant simplement les dents, 
13 . 



— 226 — 


fut-ce «plusieurs fois par jour. » n y 
faut des moyens autrement efficaces, 
comme on le verra dans la troisième 
partie. 



— 227 — 


À.RTICLE DEUXIÈME 

De l’influence de l’état de l’estomac sur 
les maladies des gencives. 

On vient de voir que, par l’intermé¬ 
diaire du tartre dentaire dont ils favo¬ 
risent la production, certains états de 
l’estomac influent sur le développement 
des maladies des gencives; mais il existe, 
en outre, une influence directe de l’état 
de l’estomac sur celui des gencives. 

On sait aujourd’hui que, pendant la 
digestion, l’estomac est dans un état de 
congestion, sa membrane interne ou 
muqueuse recevant alors plus de sang 
que dans l’état de vacuité. On a pu s en 
assurer sur l’homme même, chez un 
Canadien au service d’un médecin, le 



— 228 — 


docteur Beaumont. Ce Canadien avait 
reçu un coup de fusil dans la région de 
l’estomac, et il lui était resté une large 
fistule gastrique, à travers laquelle on 
voyait ce qui se passait dans Tintérieur 
de l'organe. 

Si l’action de l’estomac, dans la diges¬ 
tion, exagère l’afflux du sang dans ce 
viscère, on comprend que, plus cette 
action sera intense et prolongée, c’est-à- 
dire plus l’organe sera chargé d’ali¬ 
ments, plus la congestion elle-même 
sera intense. 

Or, il existe une sympathie des plus 
évidentes, d’une manière générale, entre 
les différentes pièces d’un appareil, et, 
spécialement en ce qui concerne l’ap¬ 
pareil digestif, entre l’estomac ef la 
houche. C est ainsi que la congestion de 
1 estomac, plus forte chez les gens dont 
1 alimentation est surabondante et en , 



— 229 — 


même temps très-stimulante, se répéte¬ 
rait dans la membrane muqueuse buc¬ 
cale, et amènerait une augmentation de 
l’inflammation gingivale. 

Je ne prétends pas que cette circon¬ 
stance puisse produire de toutes pièces 
le ramollissement fongueux avec ses 
conséquences extrêmes; je dis seule¬ 
ment quelle y ajoute, et je le dis d’apres 
ce que j’ai observé sur plusieurs ma¬ 
lades. 

D’ailleurs, même en faisant abstrac¬ 
tion de la sympathie qui existe entre 
l’estomac et la bouche, il suffit, d’une 
manière générale, que l’affection soit de 
nature inflammatoire, pour que les excès 
de table doivent l’augmenter. 

11 est curieux de voir une condition 
absolument inverse, la vacuité de l’es¬ 
tomac, quand elle se prolonge outre 
mesure, dans l’état de santé, et le besoin 



— 230 — 


de prendre de la nourriture, donner 
lieu à un effet semblable, au moins dans 
une certaine mesure; car il est impos¬ 
sible d’attribuer à autre chose qu’une 
congestion légère et fugace la mauvaise 
odeur de la bouche qui se produit 
généralement dans ces circonstances et 
qui est très-marquée chez certaines 
personnes. 



— 231 — 


ARTICLE TROISIÈME 

De l’influence des dentifrices sur la pro¬ 
duction des maladies des gencives. 

Voilà encore un sujet qui mérite une 
grande attentien, un sujet d’importance 
majeure, et dont personne ne s occupe, 
ni les malades, ni les médecins. 

Quand je dis personne, je vais trop 
loin, car il m’est arrivé quelquefois 
d’entendre des consultants accuser hau' 
tementet justement les dentifrices dont 
ils avaient fait usage, sinon d avoir 
occasionné la maladie des gencives dont 
ils étaient affectés, du moins de l’avoir 
aggravée. 

C’est le cas d’une dame à laquelle je 
donne des soins en ce moment même, et 



— 232 — 


qui attribue avec raison à un élixir très- 
aromatique et très-fort dont elle s’est 
servie, un surcroit d’irritation des gen¬ 
cives et un mauvais goût de la bouche 
qu’elle n’avait jamais senti. 

Plus une poudre dentrifice est efficace 
pour nettoyer les dents, et plus elle 
est suspecte. Cette proposition semblera 
paradoxale, et J’anDesoin de l’expliquer. 
Je ne dis pas qu’une pareille poudre, 
par cela même qu’elle nettoie bien et 
blanchit les dents, est mauvaise et nui¬ 
sible; je dis seulement quelle est sus- 
jyecte, en d’autres termes, qu’il y a lieu 
de rechercher si elle ne doit pas cette 
propriété à des substances irritantes 
pour les gencives, ce qui est malheu¬ 
reusement l’ordinaire. 

Souvent on blanchit ses dents et on 
rougit ses gencives.. 

Je ne le dis pas pour le plaisir de faire 



— 233 — 


une opposition de mots; je le dis pour 
exprimer ma profonde conviction que, 
très-souvent, même communément, les 
poudres les plus efficaces pour les dents 
et les plus réputées exercent l’influence 
la plus défavorable sur les gencives. 

Il en est de môme des élixirs. Pour 
la plupart, et sauf minime exception, ils 
sont simplement agréables et dès lors 
indifférents, ou actifs et dès lors nui¬ 
sibles. 

Le public ne se figure pas ce qu’on 
lui débite sous ce nom d’élixir, et il y 
met lui-même une déplorable légèreté. 
Pourvu qu’une eâd ait une jolie petite 
couleur rouge, un bon petit arôme, 
qu’elle morde un peu, pas trop, mais 
assez, on ne lui en demande pas davan¬ 
tage, et sa fortune est faite. 

Comme s’il était difficile de mettre 
ce qu’il faut de carmin et d’essence 



— 234 — 


dans une certaine quantité d alcool ! 

On tient à ses dents, et beaucoup, on 
tient à ses gencives; et cela n’empêche 
pas qu’on entre chez le premier parfu¬ 
meur venu, sans savoir s’il sait ou ne 
sait pas, s’il a observé par lui-même, s’il 
se doute de ce que c’est que les gencives 
elles affections diverses dont elles peu¬ 
vent être atteintes; on prend ce qu’il 
débite; sa drogue, après avoir excité 
vivement la muqueuse, procure une 
sorte de fraîcheur, ce qui est bien naturel 
après la^ réaction, et l’on ne se dit pas 
que c’est le premier effet, la réaction, 
qui compte, et qu’à force de réactions 
répétées tous les matins, on arrive tout 
doucement à la congestion, puis à l’in¬ 
flammation ! Trop heureux si l’on n’in- 
Siste pas d autant plus sur le topique 
quil exerce des effets plus fâcheux! 

On ne peut s étonner de ces résultats 



— 235 - 


quand on sait comment ces produits sont 
préparés, souvent par un homme de 
peine, étranger aux plus simples no¬ 
tions, passant sa vie à faire des mélan¬ 
ges de poudres et de liquidas, sans autre 
guide que lui-même, sans autre principe 
que l’habitude et la routine, sans sur¬ 
veillance et sans responsabilité. 

Est-ce ainsi que l’on peut obtenir un 
produit d’une véritable utilité? Non, as¬ 
surément; c’est en y travaillant de ses 
mains, en faisant tout par soi-mème, en 
ne donnant rien au hasard, en combi¬ 
nant les proportions avec une exactitude 
mathématique, en y pensant toujours, 
et en cherchant sans cesse à perfection¬ 
ner son œuvre. 

Quelques personnes se servent de ta¬ 
bac en poudre pour nettoyer leurs dents, 
avec l’espoir de raffermir leurs gencives 
irritées ; il n’y a pas de plus sûr moyen 



— 236 — 


cFaugmenter rapidement l’iiTitation. 
Quant à l’usage de la pipe ou du cigare, 
s’il ne va pas jusqu’à l’abus, je ne crois 
pas qu’il soit nuisible; peut-être même 
est-il utile dans uiie certaine' mesure 
pour pallier la mauvaise odeur de la 
bouche. 



TROISIÈME PARTIE 


SOINS ORDINAIRES DE LA BOUCHE. 

MOYENS DE PRÉVENIR ET DE TRAITER LES MALADIES 
DES GENCIVES, LE DÉCHAUSSEMENT 
ET L’ÉBRANLEMENT DES DENTS 



CHAPITRE PREMIER 


SOINS ORDINAIRES DE 


LA BOUCHE 



CHAPITRE PREMIER 


SOINS ORDINAIRES DE LA BOUCHE 


Règle générale, les personnes qui ont 
la bon elle saine agissent comme si elle 
ne pouvait jamais devenir malade. Du 
reste, il en est de même pour tou les 
les maladies : on ne les prévoit pas, ou 
on ne les prévoit guère. Celui qui est 
né de parents goutteux et qui aura la 
goutte, tant qu’il n’en a pas été atteint, 
tant qu’il est libre de ses mouvements 
et exempt de douleur, agit, boit et mange 
comme si la menace ne devait jamais se 
réaliser. 


44 



— 242 — 


On a vu, dans le premier chapitre de 
la deuxième partie, consacré à X^prédis- 
positioii héréditaire, qu’il y a nécessité 
absolue, impérieuse, et, en quelque 
sorte, cas de conscience, pour les pa¬ 
rents affectés de maladies des gencives, 
avec déchaussement et ébranlement 
des dents, de prendre les précautions 
les plus minutieuses pour éviter la 
reproduction du mal chez leurs en¬ 
fants. 

D’un autre côté, la tendance à la 
production du tartre dentaire fait une 
loi générale des soins à donner à la 
bouche. 

Cette tendance, très-commune, est 
beaucoup plus marquée chez ceux qui 
vivent largement et ont un régime suc¬ 
culent que chez ceux qui vivent sobre¬ 
ment et frugalement : différence extrê¬ 
mement remarquable, qui prouve com^ 



— 243 — 


hieu la digestion stomacale et l’état de 
l’estomac ont d’influence sur la produc¬ 
tion du dépôt tartarique. 

Il ne parait pas que les animaux 
vivant à l’état libre, ou mieux à l’état 
naturel, aient jamais de tartre dentaire, 
tandis que les cbiens en ont. G est que 
le chien participe de la vie de l’homme, 
mange plus et autrement qu’il ne devrait 
manger, tandis que l’animal à l’état li¬ 
bre vit selon les lois de son instinct et de 
la nature, mangeant ce qu’il doit man¬ 
ger et autant qu’il doit manger, sans ex¬ 
cès, selon le besoin, qui est sa mesure. 

De deux individus dont l’un fait liabi- ^ 
tnellement des excès de table et dont 
l’autre vit sobrement, toutes choses éga¬ 
les (et sauf exception), le premier a donc 
besoin de soins plus attentifs et plus as¬ 
sidus pour sa bouche. 

Mais tout le monde, indistinctement. 



— 244 - 


se doit à lui-même de prendre ces soins 
journellement. Plus le bien-être se ré¬ 
pandra, plus les notions hygiéniques se 
généraliseront, plus l’individu né dans 
une condition inférieure et vivant du 
travail de ses mains s’habituera à se 
compter et à se considérer selon la juste 
estime que tout honnête homme doit 
avoir de lui-même, plus aussi on appro¬ 
chera du moment où les soins persom 
nels, particulièrement ceux de la bou¬ 
che, qui est une partie si essentielle, 
deviendront habituels dans toutes les 
classes de la société. 

Déjà l’on peut apercevoir un heureux 
changement sous ce rapport, et l’on ne 
rencontre plus en aussi grand nombre 
ces bouches sordides pleines de tartre 
ancien, dont tous les liquides sont alté¬ 
rés, dont toutes les’parties constituantes 
sont dénaturées, et dont on ne peut ap- 



- 245 — 


proclier Foeil et la main sans que les sens 

soient soulevés. 

Tout se tient dans le progrès vers le 
bien. Les améliorations et perfectionne¬ 
ments s’enchaînent, et l’un conduit à 
l’autre. L’homme qui se voit dans de 
belles rues, larges et aérées, dans des 
logements relativement spacieux et bien 
éclairés, éprouve insensiblement, à son 
insu même, une sorte de besoin instinc¬ 
tif de se mettre en rapport avec ce qui 
l’entoure. 

Tel sera le bienfaisant résultat des 
merveilles qui s’accomplissent à nos 
yeux et de la transformation magique 
du vieux Paris, sous l’empire et sous 
l’inspiration du génie organisateur. 

Je reviens à mon sujet. 

Les soins ordinaires de la bouche 
comprennent : 

-1° le curage des dents; 



— 246 — 


2“ Le brossage (4) et le lavage, ou 
plutôt le bain de bouche; 

5" Le nettoyage des dents proprement 
dit. 

(4) Je demande pardon pour ce néologisme, qui est 
nécessaire. Autre chose est le brossage^ et autre chose le 
nettoyage. 



ARTICLE PREMIER 


Curage des dents. 

Oü verra, par ce petit article, au 
moins, je l’espère, que rien n’est à dé- 
daigner en médecine dentaire, comme, 
du reste, en médecine générale, et qu’au¬ 
cun sujet, si mince et si insignifiant qu il 
paraisse, n’est indigne de l’attention de 
l’homme de l’art, quand il s’agit d’éviter 
une souffrance. 

Le cure-dents est nécessaire et, en 
même temps, nuisible. 

Il est nécessaire, attendu que la pré¬ 
sence de parcelles alimentaires, surtout 
des brins de viande, qui sont susceptibles 
de s’altérer, peut occasionner de l’irri¬ 
tation, si les gencives y sont d’ailleurs 



— 248 — 


disposées, outre Tagacemeiit qui en ré¬ 
sulte sur le moment. 

Il est nuisible par Tabus, et l’abus 
provient ou d’une habitude vicieuse ou 
de ce que les gencives sont engorgées 
dans les espaces inter-dentaires, de ma¬ 
nière à donner l’idée de corps étrangers 
qui n’existent pas et que l’on s’obstine à 
vouloir retirer avec le cure-dents. 

De quelque manière que l’abus se 
produise, il a pour effet de déchiqueter, 
d’irriter^ d’enflammer les gencives, et de 
déchausser les dents. 

Que le cure-dents fasse saigner, et 
que ce puisse être un bien en raison du 
dégorgement qui s’ensuit, cela n’est pas 
douteux; mais ce bien, ce dégorgement 
est plus que neutralisé par l’irritation 
qui résulte de la manière dont il est 
obtenu. Grande est la différence, je l’ai 
déjà dit, suivant que le dégorgement est 



opéré par des scarifications judicieuse¬ 
ment pratiquées, ou à tort et à travers, 
sans ménagement comme sans mé¬ 
thode. 

Il faut donc se servir du cure-dents 
avec légèreté, selon le besoin réel, et 
s’arrêter, savoir résister à l’impression 
qui fait croire à la présence de parcelles 
alimentaires, quand ce sont les gencives 
engorgées qui donnent cette impression, 
qui est d’ailleurs très-agaçante et très- 
provocante. 

Les meilleurs cure-dents sont les plus 
simples ; ce sont ceux de plume; ils 
doivent être flexibles et effilés; durs et 
forts, ils sont blessants. Les cure-dents 
en buis, à la mode italienne, et ceux 
d’argent ne les valent pas. 

Un de mes clients affile une allumette 
et la fait brûler de manière que le bout 
soit charbonné; et il se sert de ce bout 



— 250 ~ 


pour frotter la dent à son collet et re^ 
pousser les parcelles d’aliments qui 
peuvent se trouver dans les espaces in¬ 
ter-dentaires. Il obtient ainsi un double 
résultat; mais il est à craindre que le 
bout charbonné ne se trouve plus gros 
qu’il ne faudrait. Dès que l’on introduit 
entre les dents, habituellement, un 
corps un peu volumineux, on tend né¬ 
cessairement à les écarter et à produire 
le déchaussement. 

Une de mes clientes se sert, au lieu 
de cure-dents, d’un ruban mince qu’elle 
glisse légèrement entre les dents, et se 
loue beaucoup de ce procédé, qui lui a 
été recommandé par un des principaux 
dentistes de Paris. 



— 251 — 


ARTICLE DEUXIÈME ‘ 

Brossags das dents et lavage de 
la bouche. 

Brossage des dents. — Dans le brossage 
des dents, il faut considérer la poudre 
et la brosse. 

Mais, d’abord, combien de fois con- 
vient'il de se brosser les dents? Le 
moins, c’est une fois par jour. Il serait 
bon, après tout ce qui est passé par la 
bouche et tout ce qui a pu y Tester, de 
recommencer, le soir, avant de se cou¬ 
cher; mais il ne faut pas trop exiger. 

L’usage du rince-bouche après les 
repas est excellent. Jadis on avait 1 ai¬ 
guière, tenue par des pages, et dont il 
reste d’admirables modèles; l’addition 



— 252 — 


du rince-bouche est un progrès, quoi, 
que les délicats trouvent son emploi 

désagréable,pour les voisins. 

Poudre. Chacun vante la sienne, et 
à cet égard, on pourra dire de moi ce 
que je dis des autres. Seulement j’ai la 
conviction, en recommandant la poudre 
solidifiante dont je suis l’inventeur, de 
ne pas me tromper et de ne tromper 
personne. 

Le quinquina est un tonique, sans 
doute, mais il irrite autant qu’il tonifie; 
or, les maladies des gencives sont essen¬ 
tiellement inflammatoires et demandent 
non des irritants, non des toniques, 
mais des antiphlogistiques ou au moins 
des substances indifférentes. 

Il peut se présenter cependant telle 
circonstance dans laquelle le quinquina 
soit indiqué; mais ce ne sera jamais le 
cas ordinaire. 



Quant aux poudres acides, elles doi¬ 
vent être absolument rejetées. J’en con¬ 
nais une très-célèbre, qui a certainement 
été composée et débitée de la meilleure 
foi du monde, qui se vend encore, et en 
grande quantité, dans une des meilleures 
et des plus honnêtes pharmacies de Pa¬ 
ris, qui est d’une acidité, d’un âcreté 
extrême, au point de faire affluer abon¬ 
damment la salive dans la bouche, qui 
blanchit les dents admirablement (trop 
admirablement}, et qui a dû causer un 
nombre incalculable de maux de gen¬ 
cives, de déchaussements et d’ébranle¬ 
ments des dents. Mieux vaudrait mille 
fois une poudre inerte, la simple poudre 
de charbon, à la condition d’être fine¬ 
ment porphyrisée afin de ne pas rayer 
l’émail, ou encore la magnésie calcinée! 

La poudre solidifiante renferme une 
substance légèrement astringente (si lé- 



254 ~ 


gèrement qull est impossible d’en sentir 
le goût) et en meme temps antiphlogis, 
tique, et c’est à la combinaison de^ces 
deux propriétés, si difficiles à rencontrer 
ensemble, que j’attribue sa supériorité. 
Brosse, C’est un point d’une certaine 
importance que le choix de la brosse à 
dents. Si elle est trop molle, trop douce, 
elle ne nettoie pas les dents, elle n’em¬ 
porte pas le tartre, qui est tenace, même 
en couche mince, et alors il s’épaissit et 
s’accumule. Si elle est trop dure, elle 
déchire les gencives : beaucoup de gens 
croient que c’est un bien, mais ils se 
trompent, attendu que le dégorgement 
des gencives n’est favorable qu’à la 
condition d’être opéré méthodiquement 
au moyen d’un instrument tranchant 
dirigé par une main exercée, qui, du 
reste, peut être celle du sujet lui-même. 
En résumé, il faut que la brosse ne 



— 255 — 


soit ni trop douce ni trop dure, et mal¬ 
heureusement il n’y a pas de numéros 
possibles pour graduer le degré de du¬ 
reté. C’est affaire d’habitude. 

Une précaution essentielle consiste à 
bien laver et à bien sécher la brosse 
avec une serviette, quand on s’en est 
servi, afin que les crins ne se ramollis¬ 
sent pas trop promptement. 

Il va sans dire que la brosse doit 
porter sur la face interne des dents 
autant et même plus que sur leur face 
externe, attendu que c’est surtout en 
dedans que le tartre se dépose. 

Lavage de la bouche. Quelques per¬ 
sonnes peuvent se contenter d’eau pure, 
comme quelques-unes peuvent se passer 
de poudre; et certes c’est ce qui est le 
plus désirable, mais c’est aussi ce qui 
est le plus rare, à cause surtout de nos 
habitudes culinaires. 



— 256 - 

Lorsque, sans poudre, sans éJkir 
rien qu’eu se brossant les dents, ou 
meme sans se les brosser, et eu se rin¬ 
çant la bouche avec de l’eau claire, les 
dents restent propres, exemptes de tar¬ 
tre, et les gencives saines, chose excep¬ 
tionnelle et merveilleuse, on n’a rien 
de mieux à faire que dé continuer. C’est 
ici que le mieux serait l’ennemi du 
bien. 

Mais généralement, on a recours, et 
l’on a besoin de recourir à une liqueur 
aromatique. 

Un peu de rhum ou d’eau-de-vie, 
quelques gouttes d’alcool camphré ou 
d esprit de menthe, dans l’eau, peuvent 
suffire, à la rigueur, lorsque les gencives 
sont parfaitement saines. 

Il vaut mieux cependant faire usage 
d un topique spécial, à la condition qu’il 
soit bien composé. Or, comme je l’ai 



— 257 — 


dit, les élixirs sont, pour la plupart, car 
je ne prétends pas que le mien soit le 
seul convenable, ou indifférents ou ir¬ 
ritants. Quand ils ne sont qu’indiffé¬ 
rents, c’est le moindre mal, du moins 
pour les personnes qui n’ont pas de 
maladies des gencives. Quand ils sont 
irritants, tôt ou tard ils produisent l’état 
qu’ils sont destinés à prévenir : les gen¬ 
cives rougissent et s’engorgent. 

Je ne prétends pas, encore une fois, 
que ma préparation soit la seule bonne, 
tant s’en faut; mais je n’en connais pas 
de meilleure. Elle raffermit les gencives 
sans les irriter, et leur donne cette belle 
couleur blanc rosé légère, qui est le 
signe et le cachet de l’état sain; c^zr il 
nefaut pas que les gencives soient plus 
que rosées. 

Des gencives rouges^ dont certaines 
personnes seraient disposées à se tar- 



— 258 — 


guer, comme d’une beauté, sont tout 
près d’être des gencives malades, si 
même elles ne le sont déjà. 

C est ici qu’il importe de faire remar¬ 
quer expressément que l’élixir solidifiant 
est avant tout et par-dessus tout un 
moyen hygiénique, et qu’il convient 
dans l’état ordinaire, pour maintenir 
1 intégrité des dents et des gencives, au¬ 
tant qu’il convient dans l’état de maladie, 
pour raffermir les gencives, consolider 
les dents et arrêter les progrès de la 
carie. 

On mettra donc quelques gouttes dՎ 
lixir solidifiant dans la quantité d’eau 
nécessaire pour remplir la bouche, et 
l’on gardera l’eau ainsi aiguisée pendant 
deux ou trois minutes, en hain de bou¬ 
che, suivant l’expression de M. le pro¬ 
fesseur Marchai de Calvi, plutôt que de se 
rincer la bouche plusieurs fois de suite 



— 259 — 


et de perdre inutilement une certaine 
quantité d’un topique qui demande trop 
d’ingrédients divers, trop de soins et de 
peines, pour qu’on puisse le donner à 
vil prix. 



- 260 — 


ARTICLE TROISIÈME 

Nettoyage de la bouche ou des dents 
proprement dit. 

Tout ce que nous venons de dire est 
relatif au nettoyage de la bouche ou des 
dents; mais on réserve plus expressé¬ 
ment ce nom pour désigner une opéra¬ 
tion bien connue^ quoique moins sou¬ 
vent pratiquée qu’il ne conviendrait, et 
qui consiste à extraire avec des instru¬ 
ments appropriés le tartre déposé à la 
surface des dents, dont un inconvénient 
majeur, entre autres, est de cacher les 
caries qui peuvent exister. 

On redoute beaucoup, généralement, 
parmi les gens du monde. Faction des 
instruments sur l’émail ; or c’est le moin- 



— 261 — 


dre danger, à moins que l’opérateur n’a¬ 
gisse de la pointe de l’instrument et avec 
violence, ce qui ne doit guère arriver. 

Ce qui est bien plus à craindre, c’est, 
quand des dents sont ébranlées, que l’o¬ 
pération n’ajoute à l’ébranlement. 

J’ai vu nombre de malades accuser le 
dentiste qui leur avait nettoyé les dents 
de les avoir ébranlées ; accusation mal 
fondée le plus souvent, mais juste quel¬ 
quefois. 

Il est très-certain que le nettoyage 
n’ébranle pas des dents solides; mais si 
les dents sont déjà un peu ébranlées, et 
à ce degré elles peuvent l’être sans que 
le sujet en ait connaissance, le nettoyage, 
à la manière dont il est pratiqué généra¬ 
lement, peut l’augmenter, de sorte qu’un 
ébranlement jusque-là inaperçu est aus¬ 
sitôt constaté par le sujet, qui ne man¬ 
que pas de rapporter tout le mal au 



— 262 ~ 


dentiste^ tandis que celui-ci n’y est que 
pour une part. 

Mais comment y est-il pour une part, 
et quel est le vice général de l’opération 
dont il s’agit? 

La réponse à cette question est très- 
simple. On opère sur la dent à l’inverse 
du sens dans lequel on devrait opérer. 
On dirige l’instrument du collet delà 
dent vers son bord libre, tandis qu’on 
devrait le diriger du bord libre vers le 
collet. N’est-il pas évident que, dans le 
premier sens, c’est-à-dire du collet ou 
de la racine vers le bord libre, on agit 
comme si l’on voulait déraciner la dent, 
et que^ pour peu qu’elle soit ébranlée, 
on doit l’ébranler davantage? 

J’avoue que j’ai été effrayé en voyant 
avec quelle force, je puis dire avec quelle 
brutalité, certains dentistes raclent les 
dents ainsi à contre-sens. 



— 263 — 


Quant à moi, voici ma manière de 
pratiquer. Je commence par appuyer le 
doigt sur le bord libre de la dent, de 
manière à la soutenir ou même comme 
si je voulais la pousser vers le fond de 
balvêole ; puis, à Faide d’un instrument 
approprié, j’agis du bord libre vers le 
collet, avec plus de persistance que de 
force. De cette manière, je n’ai aucune 
crainte d’ajouter à l’ébranlement, et il 
ne m’est pas arrivé une seule fois^ de¬ 
puis que je suis cette méthode, qu’un 
de mes clients m’en ait fait le reproche. 

On pensera peut-être qu’en dirigeant 
l’instrument du bord libre vers la ra¬ 
cine, on doit nécessairement décoller et 
repousser la gencive à sa marge ou ser¬ 
tissure. Mais d’abord il y a une mesure 
que tout homme de sens et de quelque 
habileté ne dépasse jamais, et ensuite, 
quant au petit saignement de la generve 



— 264 — 


que l’opération peut produire, loin a>ê. 
tre un mal, il est d’un effet salutaire 
par le dégorgement qui s’ensuit. 

Lorsque le dépôt tartarique est peu 
considérable, en couche mince et peu 
tenace, le sujet peut s’en débarrassée lui- 
même, en se conformant aux règles que 
je viens d'établir; sinon, il doit s’adres- 
ser à rhomme de Fart. 

Les personnes chez lesquelles, par 
nne cause ou par Faulre, — soit qu’elles 
souffrent de l’estomac, soit que les liqui¬ 
des buccaux contiennent, sans raison 
connue, un excès de matériaux solides, 

le tartre se dépose et s’épaissit promp¬ 
tement, peuvent obvier à cette disposi¬ 
tion par une surveillance attentive, et 
en faisant elles-mêmes, une ou deux fois 
par semaine, l’opération dont je viens de 
parler, qui est d’autant plus simple, 
d autant plus facile et plus courte, qu’on 



— 265 — 


la réitère plus souvent, à la condition 
pourtant de ne pas tomber dans l’excès; 
mais c’est ce qui est le moins à prévoir. 

Pour peu cependant qu’il y ait de dif¬ 
ficultés, ou fera sagement de s’adresser 
au dentiste, qui lui-même devra agir 
comme il vient d’être dit, à peine de 
s’exposer à augmenter le mal déjà exis¬ 
tant; bien entendu, je parle des cas dans 
lesquels les gencives sont enflammées et 
où l’inflammation s’est étendue au pé¬ 
rioste de quelques dents, dès lors plus 
ou moins ébranlées. 



CHAPITRE II 


DES MOYENS DE REMÉDIER 
AUX MALADIES DES GENCIVES, AVEC DÉCHAUSSEMENT 
ET ÉBRANLEMENT DES DENTS 



CHAPITRE II 


des moyens de remédier adx maladies des gencives 

AVEC DÉCHAUSSEMENT ET ÉBRANLEMENT DES DENTS 


ARTICLE PREMIER 

Méthode de traitement par Tiode. 

C’est la méthode de M. le professeur 
Marchai de Calvi, cà qui j’en emprunte la 
description textuelle. 

«Je me sers^ dit rauteur_, d’une solu¬ 
tion aqueuse presque à saturation, mais 
je l’applique rarement pure; le plus 
souvent j’y ajoute de l’eau en quantité 
variable, et quelquefois je la rends très- 
légère. Le mode d’application est très- 



- 270 - 


Simple. On fait un pinceau en roulant 
un peu d’ouale de coton à rextrémité 
d’un bois d’allumette, et l’on touche les 
parties malades avec ce pinceau trempé 
dans la solution, en ayant soin de res¬ 
pecter les dents (quoi qu’il suffise d’un 
léger grattage pour les nettoyer quand 
1 usage de l’iode les a noircies). 

« Le pinceau d’ouate est préférable au 
pinceau ordinaire, parce qu’il permet 
de presser davantage et laisse moins fa¬ 
cilement couler la solution. 

(f On est obligé de renouveler l’appli¬ 
cation tous les jours, à moins que l’on 
ne se serve de la liqueur très-concentrée> 
auquel cas l’épithélium se détache et 
laisse la muqueuse trop sensible au con¬ 
tact du médicament. 

« J’avais obtenu par cette méthode 
des résultats très-satisfaisants, surtout eu 
égard à l’extrême insuffisance des mé- 


- 271 — 


dicatioîis employées jusqu’alors, et je 
croyais avoir trouvé une sorte de spéci¬ 
fique. Il a fallu en rabattre. Je m’expli¬ 
que : riode reste le meilleur moyen, 
je dirai même le seul efficace contre le 
ramollissement fongueux des gencives ; 
mais il n’a d’efficacité réelle que si l’af¬ 
fection est récente. A une période avan^ 
cée, il améliore très-appréciablement, 
mais il ne guérit pas, et il y faut revenir 
sans cesse, l’affection étant des plus opi¬ 
niâtres. 

« À un certain degré, elle ne cesse 
qu’à la cliute ou à l’avulsion des dents, 
qui agissent sur la gencive enflammée, 
fongueuse, ulcérée, à la manière de 
corps étrangers. 

« Dans le cas de M. Leudet, l’affection 
gingivale persistait, même après la perte 
des dents : seul exemple que je con¬ 
naisse d’une pareille ténacité, explicable 



— 272 — 

d’ailleurs par la persistance de la cause 
générale, le diabète. 

« Lorsque deux dents correspondantes 
sont vacillantes, par suite de l’affection 
gingivale existant en haut et en bas 
1 avulsion de l’une peut avoir pour effet 
le raffermissement de l’autre; ce qui 
n’est pas d’un grand avantage pour la 
mastication, puisque la dent restante 
na plus quune action très-minime, 
mais ce qui n’est pas sans in térêt pour la 
conservation de la forme des traits, et 
ce qui montre, en outre, avec toute évi¬ 
dence, que la pression forte et réitérée 
des dents ébranlées l’une contre l’autre 
a une extrême influence sur la marche 
presque irrésistible et la faible curabi¬ 
lité de l’affectipn : d’où la nécessité de 
modérer les efforts masticateurs par 
1 usage d’aliments qui ne soient pas d’une 
grande résistance. 



— 273 — 


« Je n’employais d’abord que l’iode, 
en applications au moyen d’un pin¬ 
ceau... J’ai reconnu depuis la nécessité 
d’autres moyens, surtout de la scarifi¬ 
cation des gencives, que l’on renouvelle 
tous les jours, et au moyen de laquelle 
on obtient un dégorgement qui rend 
beaucoup plus sûre l’action de l’iode...» 

Telle est la méthode de traitement de 
M. Marchai de Calvi, connue sous le 
nom de traitement par l’iode. 

Que son auteur l’ait employée et l’em¬ 
ploie avec succès, on n’en peut douter, 
moi, moins que personne, puisque, sou¬ 
vent, pour des cas graves, j’ai eu recours 
à son expérience, à la grande satisfac¬ 
tion des malades. 

Mais je crois que les opérations di¬ 
verses et réitérées qui entrent dans le 
traitement, scarifications, incisions, ex¬ 
cisions, etc., ont au moins autant d in- 



- 274 — 


fluence sur la guérison que les applica¬ 
tions d’iode. 

Ce que je puis affirmer c’est que, jour¬ 
nellement, il se présente à mon cabinet 
des consultants qui ont pris les conseils 
de dentistes plus ou moins réputés, et 
n’ont retiré aucun profit de l’usage de 
l’iode. 

Quelquefois même il semblerait que 
l’iode, probablement à l’état de solution 
trop concentrée, et employé en applica¬ 
tions trop fortes et trop rapprochées, ait 
détruit les liens qui retenaient encore 
la dent à l’alvéole et amené dans un 
court espace de temps, un ébranlement 
excessif. 

C’était le cas d’un officier supérieur 
de l’armée, très-jeune, qui me disait 
que, depuis l’emploi de l’iode, sa dent 
était devenue tellemenl vacillante qu’il 
la mangeait^ J’en fis l’extraction, à la 


— 275 — 


demande instante de ce client^ et je la 
remplaçai à sa grande satisfaction; car 
il s’est promptement habitué à la pré¬ 
sence de la dent artificielle^ qui lui sert 
au lieu de le gêner^ tandis que la dent na¬ 
turelle, si fortement ébranlée, l’incom- 
modait, l’embarrassait outre mesure, et 
l’excédait. 

Quand l’iode a été appliqué à un cer¬ 
tain degré de concentration, le lende¬ 
main ou le surlendemain l’épiderme 
muqueux [epitheliunT),e9>QhdiV\^é comme 
par un caustique, se détache par petits 
lambeaux, sous forme de peaux blan¬ 
ches; et l’on peut comprendre, par cette 
perte de substance, que la dent soit 
moins fixée, moins retenue, en d’autres 
termes plus vacillanfe après qu’avant. 
Aussi M. Marchai de Galvi conseille-t-il 
expressément de varier, selon les cas, le 
degré de la solution; mais il faut pour 



— 276 — 


cela une grande habitude du médica¬ 
ment, et il n’est que trop facile de se 
tromper. Or, l’erreur peut être irrépa¬ 
rable. Témoin le cas du jeune et brillant 
officier dont il vient d’être question. 

J’ai vu un autre exemple du même 
genre; il est vrai que le malade avait 
jugé à propos de se servir lui-même de 
l’iode, ce qui lui avait paru très-simple; 
mais les choses les plus simples ont leurs 
difficultés, surtout en médecine. 

Ainsi, tout en admettant les résultats 
obtenus par Fauteur de la méthode, je 
suis forcé de les attribuer à un mode' 
d emploi tout à fait spécial et personnel, 
et plus encore peut-être aux opérations 
qu’il pratique en même temps, surtout 
au grand dégorgement des gencives au¬ 
quel il donne lieu chaque jour. 

Au surplus, n’a-t-on pas vu, par la 
citation ci-dessus, que M. Marchai de 



277 — 


Calvi avoue lui-même, avec une entière 
franchise, que l’observation ultérieure 
a diminué la confiance exclusive qu’il 
avait mise d’abord dans le traitement 
par l’iode. 

Pour moi, j’ai rarement besoin de 
l’iode, à cause de l’usage de l’élixir soli¬ 
difiant, qui produit tous les effets que je 
puis désirer. 

Maintenant, il est juste d’ajouter que, 
méconnaissant les indications fournies 
par M. Marchai de Calvi, la plupart des 
dentistes, jepourrais dire tous, emploient 
la teinture diode, au lieu de la solution 
aqueuse d’iode iodurée; or l’alcool de 
la teinture resserre les tissus et s’oppose 
à la pénétration et à l’action complète 
de l’iode. 

En résumé, je suis loin de proscrire 
l’iode et j’admets sans restriction les 
faits de M. Marchai; seulement je répète 

46 



— 278 — 


qu’avec l’élixir solidifiant je suis^ sauf 
minime exception, dans le cas de m’en 
passer. 

De plus, et cette remarque est très- 
importante, l’emploi de l’iode, qui n’a 
lieu qu’une fois par jour, ou même, 
pour peu que la solution soit chargée, 
tous les deux ou trois jours, n’empêche 
pas l’usage et la nécessité des bains de 
bouche avec l’eau tiède aiguisée d’élixir 
solidifiant, matin et soir et après les 
repas. Je puis ici m’appuyer de l’exem¬ 
ple et de l’autorité de M. Blarchal, qui le 
prescrit invariablement, de préférence 
à tous les dentifrices connus. 



— 279 — 


ARTICLE DEÜXIÈMÈ 

De quelques opérations qui peuvent de¬ 
venir nécessaires dans le traitement 
des maladies des gencives. 

Ce sont : 

Les scarifications; 

Les incisions; 

Les excisions; 

Les cautérisations ; 

Le limage; 

L’avulsion des dents et leur rempla¬ 
cement. ^ 

Scarifications. — Je donne ce nom 
à de petites incisions qui se pratiquent 
sur le côté des languettes gingivales 
interdentaires, et qui sont un moyen 
excellent de dégorgement des gencives. 



— 280 — 


Dans certains cas on est obligé d’y 
recourir journellement ou au moins 
tous les deux jours, tant l’engorgement 
met de ténacité à se reproduire. 

On y procède au moyen d’un instru¬ 
ment à lame mince, étroite et effilée, 
que l’on glisse sous la languette inter¬ 
dentaire, tant en avant qu’en arrière, 
jusqu à ce que Ion sente une légère 
résistance vaincue. 

Il ne faut pas craindre de produire 
le décollement; c’est l’engorgement, c’est 
1 inflammation, qui décolle; la scariflca- 
tion, au contraire, quand elle est prati¬ 
quée à temps, rétablit l’adhésion.' 

Pour aider à la sortie du sang, il faut 
ordonner au malade de faire des mou¬ 
vements de succion réitérés. On réussit 
mieux quelquefois, et l’on prolonge 
davantage le saignement, en se servant 
d une boulette un peu forte d’ouate de 



— 281 — 


coton avec laquelle on essuie le sang, 
en pressant légèrement ou même assez 
fortement. 

Au début, le dégorgement par les 
scarifications est souverainement effi¬ 
cace, et je ne puis dire combien j’ai fait 
avorter ainsi d’inflammations commen¬ 
çantes, qui auraient causé de grands 
désordres; car ces petites inflammations 
des languettes interdentaires vont loin 
si on ne sait pas ce qu’elles sont capa¬ 
bles de produire, et si on ne les arrête 
pas immédiatement. 

Tout dernièrement encore un de mes 
clients qui a perdu cinq rnolaires à la 
mâchoire supérieure par suite de maladie 
des gencives et de déchaussement, étant 
resté pendant une soirée dans un salon 
très-froid, à la campagne, s’aperçut dès 
le lendemain que la gencive était en¬ 
gorgée entre la canine et la petite incise 

46 . 



— 282 — 


gauches; la languette antérieure était 
gonflée et d’un rouge violacé, et, en 
arrière, la pointe de la langue sentait 
une tuméfaction arrondie, correspon¬ 
dante, un peu plus grosse qu’un grain 
de millet ; ces parties étaient légère¬ 
ment douloureuses, sensibles comme 
on dit. Tout aussitôt, mon client, 
que j’ai instruit à cet effet, pratiqua 
deux scarifications en avant et en ar¬ 
rière, se fit ainsi saigner abondamment, 
prit dans la journée plusieurs bains de 
bouche à l’élixir, et le lendemain il n’y 
paraissait plus. 

Quel que soit le bon effet des scarifi¬ 
cations, il ne faut pas, en pareil cas, s’at¬ 
tendre à la cessation instantanée de l’en¬ 
gorgement et de tout ce qui s’ensuit; j’en 
fais la remarque expresse parce qüe l’on 
pourrait être tènté d’employer d’autres 
moyens sans utilité, en ne voyant pas 



l’inflammation cédnr de tout point aus¬ 
sitôt après la petite saignée locale. 

Il faut généralement que la nuit se 
passe pour que le petit accident soit 
complètement dissipé ; mais, dès que le 
saignement a été opéré, on s’aperçoit 
d’une sensible atténuation. 

Les personnes qui ont les gencives 
prédisposées ne doivent pas supporter 

que ces petites mais redoutables inflam¬ 
mations des languettes interdentaires 
s’établissent ; il y faut couper court dès 
le début par les scarifications et l’élixir. 
Attendre la résolution spontanée serait 
s’exposer à la propagation du phénomène 
inflammatoire, car c’est chose bientôt 
faite que le passage de l’inflammation 
de ces petites languettes au périoste 
alvéoln-dentaire, et alors le mal a fait 
un grand pas. 

Incisions et excisions. — Les scarifi- 



— 284 — 


cations sont do petites incisions dont 
j ai traité à part à raison des détails 
tout à fait spéciaux qui s’y rattachent. 

Les incisions proprement dites sont 
moins souvent nécessaires. Il faut en 
venir là pourtant dans certains cas 
d’engorgement excessif, comme aussi 
dans ces grands décollements dont j’ai 
parlé à diverses reprises et qui permet¬ 
tent de découvrir la racine de toutes les 
incisives et même des canines, quand 
on tire sur la lèvre inférieure. 

Dans ce dernier cas, à l’aide d’un 
bistouri à lame mince, introduit entre 
les dents, on entaille perpendiculaire¬ 
ment, la gencive interdentaire, et l’on 
obtient le recollement au moins partiel. 

Parfois la gencive est tellement en¬ 
gorgée, tuméfiée et épaissie, qu’elle 
couvre une grande partie fie la surface 
émaillée des dents, sans que l’on puisse 



— 285 — 


se flatter de Tespoir de pouvoir la 
déprimer et la faire rentrer dans ses 
limites par l’usage des topiques. Il faut 
alors pratiquer l’incision de la partie 
exubérante en conservant la forme na* 
turelle des parties, et l’on y procède à 
l’aide du bistouri et de ciseaux fins, 
bien aiguisés. 

J’ai réussi à merveille, dans divers cas 
de ce genre, notamment chez une jeune 
personne d’une vingtaine d’années, 
remarquablement belle et robuste, qui 
n’avait contre elle qu’un épaississement 
considérable et même surprenant des 
gencives en haut et en bas, particuliè¬ 
rement en bas. 

Mais, soit que l’on scarifie, soit que l’on 
incise, soit que l’on excise, on n’obtien¬ 
drait pas un résultat favorable complet 
sans l’élixir solidifiant, qui est toujours 
pour une bonne part dans le succès. 



Cautérisation. — L’iode, dont il a été 
question plus haut, à moins d’être très- 
concentré, n’agit pas comme caustique. 
On peut le rendre tel et s’en servir pour 
toucher des points circonscrits, par 
exemple une languette interdentaire 
engorgée. On se servira également, se¬ 
lon le cas, d’alun, de nitrate d’argent 
(pierre infernale), etc. 

Limage. — Je puis renvoyer le lec¬ 
teur à ce que j’en ai dit, dans la première 
partie, en traitant de l’allongement ap¬ 
parent des dents. 

Extraction et remplacement des dents. 
— Quand les dents sont profondément 
déchaussées et vacillantes au plus haut 
degré, quand elles ne sont plus et ne 
peuvent plus être qu’une cause de gêne, 
de mauvaise odeur, d’irritation pour la 
partie dans laquelle elles sont implantées, 
et pour le reste des gencives, sur les- 



— 287 — 


quelles elles agissent par voie de propa¬ 
gation et de sympathie, il faut bien se 
décider à les extraire. 11 n’y a plus que 
ce moyen de nettoyer, de purifier la 
bouche et de la mettre en état, par les 
moyens artificiels, de servir à ses diffé¬ 
rents usages, surtout à la mastication, 
dont l’importance est si grande pour la 
digestion. 

Que de gens atteints de dyspepsies, 
de gastralgie, faute de dents, nu parce 
qu’ils souffrent de la bouche et ne peu¬ 
vent triturer convenablement les ali¬ 
ments solides ! 

Non-seulement l’estomac souffre, dans 
ces cas, qui sont malheureusemeni si 
communs, mais, nécessairement, la nu¬ 
trition, la réparation générales sont di¬ 
minuées, et les forces flécbissenti 
Yoilà ce que peuvent produire les 
affections des gencives; des affections 




— 288 — 

qui semblent sans gravité pour la santé 
générale et pour la vie. 

Chez les personnes âgées, cet état de 
choses ne peut se prolonger sans danger, 
et il faut y pourvoir promptement. 

Lorsque la mastication est rétablie, 
la souffrance de l’estomac cesse quelque¬ 
fois très-vite, et il s’opère dans la cons- 
titution un changement également très- 
prompt, de sorte que l’on ne peut douter 
de la cause du désordre qui avait lieu. 

li faut donc, je le répète, quand les 
choses en sont venues au point que Je 
caractérisais tout à l’heure, extraire les 
dents ébranlées, et, après les avoir ex¬ 
traites, il faut les remplacer. 

Cest ce que j’ai fait nombre de fois, 
et ce que je fais souvent, chez des per¬ 
sonnes qui ont trop attendu pour de¬ 
mander les avis et les soins que l’état 
de leurs gencives réclamait impérieuse- 



— 289 — 


meut. Seulement^ et conformément à 
une règle invariable que j’ai déjà fait 
connaître, je ne pose la pièce artificielle 
que lorsque la gencive a repris les di¬ 
mensions convenables, lorsqu’elle s’est 
bien dégonflée, afin de n’avoir pas à re¬ 
toucher l’appareil. Pour remettre la 
gencive en état, pour la raffermir et h⬠
ter le moment de la pose de la pièce 
prothétique, toujours impatiemment 
attendu par le sujet, je prescris les bains 
de bouche réitérés avec l’eau addition¬ 
née de l’élixir solidifiant, qui réussissent 
admirablement. Aucun autre moyen ne 
donnerait un résultat aussi prompt et 
aussi complet. 


47 



— 290 — 


ARTICLE TROISIÈME 

Emollients. Calmants. Dérivatifs. Cure 
sulfureuse. Moyens hygiéniques. 

Emollients, Calmants .—^ Les garga¬ 
rismes avec la racine de guimauve et le 
miel^ avec la tête de pavot, laudanisés, 
au chlorate de potasse, les bains de pied 
à la moutarde, conviennent momenta¬ 
nément lorsque les douleurs produites 
par Linfiammation des gencives ont une 
grande intensité ; et Ton sait que par¬ 
fois elles, sont cruelles, intolérables. Le 
chaud, le froid, la moindre pression 
dans l’acte de la mastication, les exas¬ 
pèrent], et la.vie devientnii supplice. 
Malheureusement les émollients et 


— 291 — 


les calmants ont plus de réputation que 
d’efficacité, et ce qui réussit encore 
le mieux, c’est de procurer le dégorge¬ 
ment par le moyen des scarifications et 
de les faire suivre de l’emploi de l’élixir. 
Mais il faut savoir que ces douleurs de 
gencives sont souvent rebelles, quel que 
soit le remède employé. Les malades 
cessent l’iisa^ge de l’élixir pour les émol¬ 
lients et les calmants; puis, rebutés, ils 
y reviennent. 

Les douleurs de gencives, à ce degré, 
deviennent une indication spéciale, en 
ce sens que l’on ne peut guère y obvier 
que par l’extraction des dents, qui agis¬ 
sent comme corps étranger et maintien¬ 
nent l’irritation. La dent ou les dents 
extraites, la douleur cesse presque com¬ 
plètement tout de suite. 

11 n’est pas moins pénible d’en venir 
à cette extrémité, d’autant que quelque- 


— 292 — 


fois la douleur cesse par l’effet de l’é¬ 
lixir solidifiant, et qu’alors on n’a qu’à 
se féliciter d’avoir eu le courage de ré¬ 
sister aux prières du sujet. 

Je me rappelle un de mes clients qui, 
après l’extraction de plusieurs grosses 
molaires déchaussées et vacillantes au 
plus haut degré, fut pris de la même 
affection à la gencive de la deuxième 
petite molaire supérieure droite. Un jour 
il souffrait cruellement d’une fluxion qui 
s’était formée au-dessus de cette dent, et 
comme ce n’était pas la première fois, il 
se présenta chez jnoi pour se faire ex¬ 
traire cette dent. C’était un dimanche, 
et je n’étais pas à mon cabinet. Mon 
client remit au lendemain; or, le leiide-, 
main, la douleur avait diminué par suite 
de la formation de l’abcès; celui-ci s’ou- 
vritsans trop ajouter à l’ébranlement, 
grâce à l’élixir solidifiant; finalement. 



-• 293 — 


la dent resta; il la conserve depuis trois 
ans, et il n’y a pas apparence qu’il doive 
de sitôt en faire le sacrifice. 

Dérivatifs .—Les bains de pied à la 
moutarde, plusieurs fois par jour, sont 
utiles dans les inflammations de la bou¬ 
che, de la gorge, des yeux, etc. Ils agis¬ 
sent en portant, comme on dit, le sang 
aux extrémités. C’est un moyen à ne pas 
négliger, mais qui ne peut avoir d’effet 
curatif proprement dit. Il pallie, il sou¬ 
lage, et c’est beaucoup, mais il ne peut 
pas guérir. 

Quelquefois on se trouve bien d’un 
purgatif. Un de mes clients prend habi¬ 
tuellement de l’aloès : une ou deux fois 
par semaine, au dîner, avant le potage 
(une pilule argentée de 20 centigrammes 
ou 4 grains! ; il en résulte un mouve¬ 
ment congestif vers l’anus, toutefois sans 
production de tumeurs hémorrhoï- 


— 294 — 


daires, et l’effet en est exceilentsur l’état 
des gencives. 

Cure sulfureuse. —En parlant des 
causes de l’inflammation gingivale et 
de ses conséquences, dans la seconde 
partie de ce traité, j’ai mentionné 
l’opinion de M. Marchai de Galvi, qui 
regarde cette affection comme étant de 
nature catarrhale, au même titre qu’une 
foule d autres affections des membranes 
muqueuses. 

Conformément à cette opinion, et 
à raison des succès de la cure sulfureuse 
contre les maladies catarrhales en gé¬ 
néral, laquelle cure a presque qualité 
de spécifique, M. Marchai l’a prescrite à 
plusieurs de ses clients, atteints de 
gingivite expulsive opiniâtre et rebelle, 
et qui s’en sont très-bien trouvés. 

Il est difficile de faire comprendre aux 
malades qu’une affection circonscrite. 



— 295 — 


une affection insignifiante, comme on 
dit, mais qui est très-loin d’être insi¬ 
gnifiante, suffise à motiver un dérange¬ 
ment comme celui qu’entraîne une cure 
thermale. 

Mais que l’affection soit petite ou 
grande, qu’elle soit située aux gencives 
ou ailleurs, si elle est catarrhale, elle 
est passible de toutes les médications 
qui sont reconnues efficaces contre le 
catarrhe en générai, et la question à 
poser au consultant est celle de savoir 
s’il veut guérir et faire tout ce qu’il faut 
à cette fin. 

Quaiÿ à moi, je n’ai pas de faits per- 
sonnels pour me prononcer sur la valeur 
de la cure sulfureuse contre les affections 
des.gencivesy tout ce que je puis dire, 
et je pourrais m’en dispenser, c’est que 
l’idée de cette cure-procède d’une in¬ 
duction rigoureuse. 


— 296 — 


Soins hygiéniques. — Us consistent 
surtout à éviter l’action du froid, 
particulièrement du froid humide. 

J’ai souvent parlé de la nécessité de 
porter du coton dans les oreilles et 
d’empêcher ainsi l’action du froid sur 
les gencives. On trouve à ce sujet 
quelque résistance chez les consultants, 
notamment de la part des femmes, qui 
craignent qu’on ne voie le coton. Mais 
il n’est pas nécessaire qu’on le voie, 
attendu qu’il n’est pas nécessaire d’en 
mettre une grande quantité ; il suffit 
d’une houlette qui couvre la membrane 
du tympan. 

D’ailleurs, on peut l’enfoncer profoiv » 
dément, et il faut même qu’il en soit 
ainsi. Il va sans dire que la boulette de 
coton doit être renouvelée tous les jours. 

J ai eu tant d’occasions de constater 
1 efficacité de cette précaution, que je 



— 297 — 


ne puis assez la recommander. Cette 
efficacité se constate moins directement 
qu’indirectement, par les effets de l’oubli 
de la précaution dont il s’agit. Plus 
d’une fois^ des gens qui s’observent bien 
m’ont dit qu’ayant oublié de mettre du 
coton dans leurs oreilles, ils n’avaient 
pas tardé à souffrir des gencives, et que, 
déshabitués de souffrir, ils avaient 
cherché la cause de ce retour et l’avaient 
trouvée, si clairement, si incontesta¬ 
blement, que la reprise de la précaution 
avait fait cesser le mal presque aussitôt, 
sans préjudice toutefois de l’élixir. 

ün de mes clients les plus anciens et 
les plus dociles, muni encore de très- 
belles dents, quoiqu’il en ait perdu 
plusieurs (dans le fond), par suite de 
maladies des gencives, ayant retiré son 
coton, comme il fait tous les matins, 
pour se curer les oreilles, fut dérangé 

47 . 



— 298 — 


pendant sa toilette et ne songea pas à le 
remplacer. Il faisait un vent froid, aigu. 
Dès le lendemain, une petite élevure 
douloureuse existait à l’union des deux 
incisives supérieures. Très-étonnp d’a¬ 
bord, il ne tarda pas à s’apercevoir de 
son oubli, qu’il répara aussitôt. Il fit 
saigner la gencive dans le point menacé, 
moyennant quelques scarifications, ap¬ 
pliqua un peu d’élixir pur, doubla les 
bains de bouche d’eau tiède additionnée 
de ce même élixir, et tout rentra dans 
l’ordre accoutumé. 

Les esprits forts de l’hygiène et de la 
santé traiteront ces considérations de 
minuties, et, au besoin, en plaisante¬ 
ront. Mais, dans les questions les plus 
graves, dans les événements les plus 
douloureux, en remontant à la source, 
on trouve souvent une minutie. Ce sont 
des minuties qui fournissent l’occasion 



— 299 — 


des maladies, quand la prédisposition 
existe. La convulsion est un terrible ac¬ 
cident; eb bien! chez Fenfantprédisposé 
par le travail de la dentition, le froid 
des pieds prolongé, qui estime minutie, 
déterminera l’attaque convulsive et jet¬ 
tera une famille dans l’épouvante; une 
autre fois ce sera un aliment indigeste. 

Ce n’est point as'sez, pour les gens af¬ 
fectés du déchaussement, de mettre du 
coton dans les oreilles; il faut éviter le 
froid à la tète et le froid aux pieds, les 
courants d’air, les vents coulis, comme 
on dit vulgairement, sur les joues. 

Un de mes consultants, qui est chauve, 
s’est bien trouvé de porter perruque. 
Minutie! Un autre, à qui cet artifice dé¬ 
plaisait, fait usage d’une calotte dont il 
ne manque jamais de se couvrir quand 
l’occasion le lui conseille, et bien lui 
en a pris. Minutie! minutie! Le bien et 


— 300 ~ 


le mal tiennent souvent à une minutie! 

Je ne fais que mentionner, m’en étant 
déjà expliqué à diverses reprises, la né¬ 
cessité d’extraire le tartre dentaire, ou, 
mieux, de l’empêcher de se déposer, par 
des soins quotidiens; comme aussi je ne 
fais que rappeler le mauvais efPet, sur 
les gencives malades, d’une trop grande 
réplétion habituelle de l’estomac, d’où 
l’indication d’une sage réserve, qui d’ail¬ 
leurs rentre dans l’hygiène générale. 



— 301 — 


ARTICLE QUATRIÈME 

Mode d’emploi de l’élixir. 

On emploielelixir pur ou ajouté, en 
petite quantité, à l’eau tiède. 

On l’applique pur, par exception^ sur 
de petits points où l’inflammation est 
plus intense et plus tenace, comme, par 
exemple, sur une languette interden¬ 
taire engorgée et déjà plusieurs fois 
scarifiée. 

La règle est qu’on l’emploie addi¬ 
tionné à une bouchée d’eau tiède, en bain 
de bouche.' 

L’eau doit être tiède, attendu d’abord 
que les gencives sont douloureuses, 
du moins en général, au contact d’un 
liquide froid, et ensuite parce que quand 


— 302 — 


même il n’y aurait pas douleur^ Faction 
du froid est toujours suivie d’une réac¬ 
tion qui ajoute à l’inflammation. 

C’est ainsi que l’application du froid 
sur une partie enflammée,, sur la tête 
par exemple^ dans une inflammation ou 
une congestion du cerveau, est nuisible, 
si elle nest pas continue. 

Si l’on manque d’eau tiède, on garde 
l’eau froide un moment dans la bouche, 
sans lui laisser toucher les gencives, ce 
qui est facile, et on ne l’amène au con¬ 
tact des parties affectées que lorsqu’elle 
a eu le temps de se réchauffer un peu, 

La quantité d’élixir qui doit être ajou¬ 
tée à l’eau est la même que celle des 
autres élixirs : quelques gouttes, un filet, 
comme on dit, plus ou moins, d’ailleurs, 
selon l’état des parties, selon leur sensi¬ 
bilité et selon l’effet produit. 11 faut 
aussi tenir compte de l’habitude qui 



^ 303 — 


émousse toutes les impressions, de sorte 
que par l’usage de l’élixir on est amené 
à en augmenter la dose, sans que 1 on 
doive jamais dépasser une certaine me¬ 
sure. Il doit en résulter un goût assez 
fort, mais non jusqu’à produire une sen¬ 
sation pénible. 

Tandis que, dans l’état sain des gen¬ 
cives, un seul bain de bouche, à la toi¬ 
lette du matin/est suffisant, il faut, dans 
l’état de maladie, y revenir le soir, et 
encore après les repas, ou même plus 
souvent, s’il y a mauvaise odeur de la 
bouche; et, chaque fois, le liquide doit 
être gardé de trois à cinq minutes dans 
la cavité buccale. 



— 304 — 


Mais quoi! dira-t-on; quoi! tant de 
précautions, tant de soins, tant de sujé¬ 
tion, une préoccupation si constante 
pour un si petit mal! Ce ne sont pas 
ceux qui en souffrent qui parleront ainsi. 
Cq petit mal, par l’imperfection de la 
mastication, trouble la digestion et affai¬ 
blit la constitution; par l’absence des 
dents antérieures, gêne l’articulation des 
mots; par la mauvaise odeur qu’il occa¬ 
sionne, est un sujet d’appréhension pour 
le sujet et pour les tiers; par la chute des 
^ grosses dents creuse les joues et change 
la physionomie et lui donne l’aspect an¬ 
ticipé de la vieillesse; enfin, par les dou¬ 
leurs et les accidents divers qu’il entraine 
à sa suite, devient une cause d’ennui, de 
tristesse et d’obsession ; sans compter 
qu’il n’y a pas de beauté possible avec de 
mauvaises gencives. Voilà ce que c’est 
que ce petit mal ! 



Quant à moi, en m’étudiant à le faire 
connaître et à fournir les moyens de 
le prévenir et de le combattre, je n’hé¬ 
site pas à dire que je crois avoir rendu 
un véritable service, dont je me fais un 
devoir de rapporter tout l’honneur à 
mon cher et regretté père. 


TABLE DES MATIÈRES 


Avant propos. .. vij 

PREWllRE PARTIE 

Du DÉCHAUSSEMENT ET DE L’ÉBRANLEMENT DES 

DENTS. .. 3 

Chapitre premier. — Des formes diverses de 
l’inflammation des gencives qui produit 
le déchaussement et l’ébranlement des 

dents.. • ,9 

Article premier. Agacement des gencives. . . 9 

Article deuxième. Engorgement simple des 

gencives ... ^ ^ 

Articlp troisième. Engorgement des gencives 
avec ébranlement des dents.. . 20 







-- 308 ~ 

Article quatrième. Décollement. 26 

Article cinquième. Ulcération. 30 

Article sixième. Tumeurs. 33 

Article septième. Tartre dentaire.. 40 

Chapitre II. — De la fluxion, des abcès et des 
fistules, dans leurs rapports avec l'inflam¬ 
mation des gencives et avec le déchausse¬ 
ment et l’ébranlement des dents. ..... 49 

Article premier. Fluxion. 49 

Article deuxième. Abcès ... . 57 

Article troisième. Fistules .. 64 

Chapitre III. — Du déchaussement, de l’ébran¬ 
lement, de l’allongement et de la déviation 

des dents.77 

Article premier. Du déchaussement. 77 

Article deuxième. De l’ébranlement. 87 

Article troisième. De l’allongement des dents. \ 03 
Article quatrième. De la déviation des dents . 409 

Chapitre IV. — Des aphthes. 415 

Chapitre V. — Du scorbut.. 421 

Chapitre VI., — De .la carie dentaire ...... 429 

Chapitre VII. — Des accidents résultant de l’u- 

sage des dents artificielles . ........ 439 

















— 309 — 


Chapitre Vill. — Du mauvais goût de la bouche 
et de la mauvaise odeur ou fétidité de l’ha- 
leine.. ' 

DEUXIÈME PARTIE 

Des causes de l’inflammation des gencives 
AVEC déchaussement ET ÉBRANLEMENT 
DES DENTS.163 

Chapitre premier. — De la prédisposition hé¬ 
réditaire à l’inflammation des gencives, au 
déchaussement et à l’ébranlement des 
dents.. 169 

Chapitre IL — De l’influence du froid, du froid 
humide et du climat, sur la production de 
l’inflammation des gencives, et sur le dé¬ 
chaussement et l’ébranlement des dents. . 187 

Chapitre III. — De l’influence du diabète sur 
les maladies des gencives, sur le déchaus¬ 
sement et l’ébranlement des dents. .... 201 

Chapitre IV.—- De l’influence de diverses autres 
circonstances sur les maladies des gen¬ 
cives, sur le déchaussement et l’ébranle¬ 
ment des dents. . . . ‘. 219 

Article premier. De l'influeace du, tartre den- 








— 310 — 

taire sur la production des maladies des 
gencives . . , 

^ .. 

Article deuxième. De l’influence de l’état de 

l’estomac sur les maladies des gencives. . m 
Article troisième. De l’influence des denti¬ 
frices sur la production des maladies des 
gencives. 


troisième partie 


Soins ..ordinaires de la bouche. Moyens de 

PRÉVENIR ET DE TRAITER LES MALADIES 
DES GENCIVES, LE DÉCHAUSSEMENT ET 
L ÉBRANLEMENT DES DENTS 

Chapitre premier. — Soins ordinaires de la 
bouche. 


Article premier. Curage des dents ....... 

Article deuxième. Brossage des dents et la¬ 
vage de la bouche .. 

Article troisième. Nettoyage de la bouche ou 
des dents proprement-dit.. 

Chapitre Ii.^ - Des moyens de remédier aux 
maladies des gencives avec déchaussement 
et ébranlement des dents. ^ . 











-- 311 — 

Article premier. Méthode de traitement par 

l’iode... 271 

Article deuxième. De quelques opérations qui 
peuvent devenir nécessaires dans le traite¬ 
ment des maladies des gencives.279 

Article troisième. Émollients. Calmants. Dé¬ 
rivatifs. Cure sulfureuse. Moyens hygié¬ 
niques . 290 

Article quatrième. Mode d’emploi de l’élixir,. 301 



PARIS. — JMP. V. GOCPY ET C®, RUS GARASCtÈRE. 5.